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Les billets d’humeur

Après Brassens… Et maintenant ?

Après le festival « Saint-Gély chante Brassens » que nous venons d’organiser, la compagnie « L’Acte Chanson » entre dans une période nettement plus calme, que le « statut d’intermittent du spectacle » permet cependant d’aborder sans trop de crainte, et qui peut se vouer avant tout à l’écriture et à la création.

C’est ainsi qu’à l’exception de quelques rendez-vous dans le courant de ce mois de novembre : une soirée privée autour de Jean Ferrat (le 12), une « Dive bouteille » dans le cadre de la sortie à Pérols du Beaujolais nouveau (le 17), l’accompagnement administratif d’un concert de Marakay au Casino de la Grande Motte (le 20) et la sonorisation du dernier concert à Montpellier de notre ami Yamari Cumpa avant son retour définitif en Argentine (le 25),…, nous allons essentiellement nous occuper de la publication du « Vin des Poètes » (en « feuilleton » sur ce blog à partir de la semaine prochaine, puis sous la forme du livre-disque prévu dès que l’ensemble des autorisations aura été réuni.)

Nous allons également préparer un « Hommage à Allain Leprest » dont on connaissait les liens avec Julien Heurtebise, et qui, à la mi-janvier, devrait ouvrir une série de rendez-vous réguliers avec la chanson, dans le caveau de Trinque Fougasse à Montpellier aménagé en cabaret d’une soixantaine de places.

Nous allons enfin commencer les répétitions du spectacle autour de l’oeuvre de Louis Aragon mis en musique par de très nombreux compositeurs dans la deuxième moitié du siècle dernier. En compagnie de Cécile Veyrat (dont je salue le retour) et de Julien Heurtebise, c’est une sorte de prolongement naturel du spectacle consacré à Jean Ferrat que nous entendons mener.

Et puis n’en doutez pas : il y aura sans doute beaucoup d’autres rendez-vous que nous ignorons nous-mêmes totalement à cet instant. C’est passionnant la chanson quand ce n’est pas une marchandise !

Brassens : Toujours la même musique ?

Difficile d’ignorer que cela fait trente ans que Georges Brassens a cassé sa pipe et la chanterelle de son coeur, car c’est le moment des hommages – et c’est très bien !. Un bon coup de Brassens, avant de partir, c’est le coup de l’étrier sur le dur chemin de la vie. Personnellement, j’ai vécu jusqu’à ce jour trente ans avec Brassens et ses chansons et trente ans sans Brassens, mais heureusement toujours avec ses chansons.

A ce sujet, s’il est une chose qui m’exaspère, ce sont les propos de certaines personnes (que René Fallet qualifiait d’ »oreilles de lavabo ») affirmant avec l’assurance des imbéciles : « Brassens c’est toujours la même musique », alors que ce dernier disait toujours que ses musiques étaient encore plus travaillées que ses textes… De plus si on fouille dans les chansons des uns et des autres (je ne citerai pas de noms pour ne vexer personne) on peut s’apercevoir que l’on trouve souvent des musiques peu variées ou construites sur des suites harmoniques plutôt éculées mais qui peuvent faire impression sur le profane par des arrangements pléthoriques (nappes de violon, synthé, etc…).

Chez Brassens, rien de tout ça. Sur scène, l’accompagnement était minimaliste, et avec juste une guitare et une contrebasse, difficile de sonner comme le big band de Count Basie, mais cela sonnait… Sur disque, une deuxième guitare (« madame plus » de l’enregistrement) se glissait sur les harmonies que ceux qui, comme moi, ont appris la guitare avec les chansons de Brassens, ont mis quelque temps à apprivoiser… Je tiens d’ailleurs à rendre hommage à ces guitaristes de talent : Barthelemy Rosso, Victor Apicella (à ne pas confondre avec « Gégé a pissé là » qui est le surnom de Depardieu dans les compagnies aériennes) et le dernier et non le moindre, Joël Favreau, qui continue à chanter l’oeuvre du maître.

Tout ceci pour dire que si « les oreilles de lavabo » faisaient l’effort de bien écouter les mélodies de Brassens et de les comparer à celles de ses pairs, ils s’apercevraient que les seules « mêmes musiques » qu’ils entendraient seraient celles du coeur !

Commentaires sur commentaires

Il faudra me pardonner ma naïveté, mais voilà que je viens de découvrir ce soir que la plupart de vos commentaires échappaient à notre lecture… Comment ? Pourquoi ? Je n’en sais rien… Est-ce un mauvais réglage ? Je n’imagine pas une punition. Pour qui ? Pour quoi ?… En tous cas ce n’est qu’aujourd’hui que j’ai lu tout ce que vous avez écrit sur notre ami Chango, sur Camaret, sur les différents billets de Jean-Pierre et sur quelques unes de mes colères, pas toujours bien comprises d’ailleurs… Ah ! les vieux amis qui nous faisaient signe et qui devaient se demander pourquoi nous ne répondions pas ! Ceux qui tenaient à participer au débat ouvert sur telle ou telle question et qui rencontraient le silence…

Amis, nous ne savions pas… Et à cet instant je ne sais toujours pas pourquoi, et cela me chagrine…

Alors un seul mot supplémentaire à ce billet de contrition : nous allons tout faire pour que cela ne se reproduise pas !

Cora Vaucaire : ma Dame Blanche !

On connaît tous la fameuse histoire de la Dame Blanche, cette auto-stoppeuse toute de blanc vêtue que certains automobilistes prenaient en charge sur le bord de la route du côté de Palavas et qui, quelques  kilomètres plus loin, poussait soudain un grand cri et disparaissait comme par enchantement… On apprenait plus tard (les faits étaient relatés par notre grand quotidien local) qu’à l’endroit où la Dame Blanche avait hurlé un dramatique accident avait eu lieu quelques trente ans auparavant.

… Il y a longtemps, j’ai moi aussi croisé la route d’une Dame Blanche qui faisait de l’autostop pour pénêtrer dans mon coeur et dans mon âme. Elle venait de Saint-Germain-des-Prés et sur quelques petites notes de musique, comblait soudain mon désir de mélodie et de poésie : Ferré, Fanon, Prévert, Apollinaire, Colpi, Debronckart… « Bonne chanson dans la mémoire » aurait dit Philippe Forcioli… Et puis, par un triste jour, sans pousser de cri effrayant, ma Dame Blanche a disparu, sur la pointe de deux petits chaussons, blancs comme sa robe…

N’en doutez pas, si je la croise un jour sur la route des quatre chansons, je m’arrêterai pour la prendre. Au revoir Mme Cora Vaucaire !

                                                                                                                               Jean-Pierre Leques

Les statistiques du CNV : fragile ?

Le CNV (centre national de la chanson, des variétés et du jazz) vient de publier ses statistiques annuelles sur les spectacles de variétés et de musiques actuelles en France. Globalement en France, en 2010, cela concerne 45000 représentations (dont 15% gratuites), 20,4 millions de spectateurs et… un peu plus de 600 millions d’euros de billeterie.

Ce dernier chiffre, impressionnant mais qui à mon avis devrait être encore valorisé (1 milliard d’euros ne serait-il pas plus proche de la vérité ?)révèle pourtant pour le CNV une fragilité du secteur dûe : hier (en 2009) aux difficultés croissantes des projets « difficiles » et des artistes émergents, aujourd’hui (en 2010) au ralentissement des grosses productions…

A l’échelle de la région Languedoc-Roussillon, les chiffres indiquent 1200 représentations en 2010 (1000 en 2009) dont plus de 40 % sont gratuites, 350000 spectateurs et… un peu plus de 20 millions d’euros de chiffre d’affaires.

On notera également que, bien qu’en baisse, la chanson reste le genre le plus important du secteur en termes de recettes et de fréquentation. C’est vrai à l’échelle nationale, comme dans notre région ce qui peut paraître surprenant quand on sait ici le petit nombre de festivals de chansons.

En Languedoc-Roussillon, chansons et comédies musicales génèrent 8 millions d’euros d’entrées et de contrats de cession, la pop, le rock et le rap également 8 millions, les spectacles d’humour 1,2 million, les musiques du monde 1 million, le jazz et les musiques improvisées 900000 €, enfin les musiques électro près de 300000 €…

Faut-il s’étonner que les « marchands » aient les dents de plus en plus longues sur ce gâteau ?

Non ! Non ! Non ! l’Acte Chanson n’est pas mort…

Je sais, mon titre n’est pas terrible… Mais avouez qu’il est assez extraordinaire que notre spectacle « Les Amis de Georges » donné samedi dernier place Dionysos à Montpellier devant 350 spectateurs – en création « mondiale » s’il vous plait et consacré au grand Sétois dont le trentième anniversaire de la disparition donne lieu quasi quotidiennement à des informations dans la presse – n’ait suscité aucune autre information dans les médias régionaux que trois lignes dans un hebdomadaire et deux minutes sur une radio locale…

Etant le premier concerné, je confirme avoir adressé à tous les organes de presse toutes les informations concernant notre rendez-vous. De plus cela fait dix ans que cette initiative, bâtie avec le soutien de la ville de Montpellier, existe à la même date et au même lieu… Alors vous comprendrez que je tienne à préciser que nous ne sommes pas encore morts et que, n’en déplaise à ceux qui font silence, nous continuons à chanter, à créer, à monter des spectacles, à affirmer notre passion pour la chanson, mais aussi à exercer notre exigeant métier d’artiste…

Et tant pis pour les minables qui ne réussiront pas à nous décourager.

Après la disparition d’Allain Leprest

Quelques paroles seulement pour arrêter le temps…

Mec il fait nuit t’es là sur ta chaise et la vie n’est jamais autant là que quand tu fais le mort avec juste la voix de ta main qui écrit…

Tu es l’enfant le fils tout craché de tes pleurs tu passes entre les vents les murs et les amours les pluies les lits sans sueur les phrases sans contour les printemps gris les cris les cailloux les couleurs les siècles les chansons les jours…

J’ai peur des rues des quais du sang des croix de l’eau du feu des becs d’un printemps fragile et cassant comme les pattes d’un insecte j’ai peur de moi de vous j’ai peur des yeux terribles des enfants du ciel des fleurs du jour de l’heure d’aimer de vieillir et du vent…

Va fais leur l’affront d’une rime un vers qui coupe un vers qui blesse d’une encre pourpre chaude épaisse enfante une mémoire au crime…

Nous aimions Allain Leprest, mort dans la nuit du 14 au 15 août 2011 à Antraygues-sur-Volane où vécut Jean Ferrat.

Adieu Chango !

Notre ami Chango Ibarra n’est plus. En tournée avec la compagnie Musicabras, il a été retrouvé mort dans son lit au matin d’un jour qui devait être comme les autres, entièrement voué à son métier d’artiste, à sa passion, à son art…

Chango ne chantera plus. Nous n’entendrons plus sa voix argentine, puissante et nuancée,… Nous ne vibrerons plus avec sa guitare, ses percus et, de plus en plus, avec les mots, les poèmes en français qu’il avait choisi d’éparpiller dans ses spectacles, lui l’Argentin jusqu’au bout des ongles, devenu citoyen du monde par les nécessités de sa vie.

Pour moi, et pour beaucoup d’entre nous à l’Acte Chanson, Chango personnifiait avant tout le chant, le chant dans toute sa pureté, toutes ses exigences,… Mais aussi quel musicien il était ! Je pense à toutes ces harmonies latines qu’il a fait découvrir à tant de musiciens de jazz de notre région : Christian Lavigne bien sûr, mais aussi Michel Marre, Michel Altier et tant d’autres avec qui il continuait de travailler… Chango était aussi musicien de rue, depuis le steel band de Montagnac dont il avait été un des membres fondateurs jusqu’à la compagnie Musicabras avec laquelle il tournait depuis plusieurs années…

Qu’on me permette enfin de me souvenir et de réentendre la flûte andine qu’il avait mise sur une de mes chansons. C’était aux tout-débuts de l’Acte Chanson… Adieu Chango ! Et merci !

Hécatombe !

Moi, je crois que c’est le syndicat d’initiatives de Brive-la-Gaillarde qui a fomenté cette opération baptisée « Hécatombe » par un certain Brassens…

Après tout les flics ne sont pas si bêtes d’avoir attendu 60 ans, ou presque, pour prendre enfin leur revanche et prétendre faire taire Georges – 30 ans après sa mort !- en interdisant sa chanson… Et j’ai bien dit « en interdisant » car on ne peut appeler autrement la mise au placard d’un inconnu nantais, puis de quelques Toulousains, parce qu’ils ont osé chanter « Hécatombe » au nez et à la barbe de policiers…

Il est vrai que parlant des pandores en voie d’extinction grâce à l’action gendarmicide que l’on sait, Georges écrivait : « Moi j’bichais car je les adore sous la forme de macchabés ! », ce que des milliers de rappeurs dans le monde ne cessent depuis de répéter – pas tout à fait avec les mêmes octosyllabes, mais tout de même… – en tous cas avec les mêmes conséquences judiciaires…

Ferrat lui, dans sa chanson « Hou ! Hou ! Méfions-nous ! », se contentait de gloser sur les mœurs à la mode en usage dans les commissariats : « Dieu seul sait quel fut mon supplice quand je lui grimpais sur le dos / Mais pour une fois que la Police on peut la baiser comme il faut… »

Le Léo Ferré post soixante-huitard appelait lui le pavé salvateur qui, inévitablement, devait finir sa course dans la tronche d’un flic (« Comme une fille »)…

Beaucoup d’autres sans doute, même des repentis, dont on va redécouvrir avec appétit les œuvres anarcho-meurtrières…

Ils sont très forts à Brive.

… Et Claude Guéant se masturbait tout triste.

Tu te rappelles, Frédéric ?

J’étais une bonne chanson… – Oui ! je sais ! Henri Salvador a écrit et chanté la même chose il y a 45 ans, mais ça ne fait rien : J’étais une bonne chanson ! – Mon nom ? Ou plutôt, mon titre ? C’était « Frédéric »… Vous vous souvenez ? Bien sûr je m’adresse à ceux qui ont un certain âge, parce que je suis née au début des années soixante, juste avant que les yéyés fassent leurs premiers dégats… Et ça faisait : Je me fous du monde entier / Quand Frédéric me rappelle / Les amours de nos 20 ans… C’était bon !

Mon père s’appelait Claude Léveillée, auteur-compositeur-interprète canadien qui m’a donné beaucoup de grandes et de petites soeurs, et même des demi-soeurs quand des gens comme Gilles Vignault par exemple écrivait des paroles sur sa musique… Certaines de ces chansons sont même allées se nicher dans la bouche d’Edith Piaf. Excusez du peu !

En vérité, mon père a fait mille choses. C’était, comme disaient les journalistes d’alors, « un artiste protéïforme ». Il fut aussi acteur au cinéma et à la télé. Il a écrit des scénarii, composé des comédies musicales,…, pendant près de 50 ans. Robert Charlebois le considérait comme son grand frère… Hélas, le 10 juin dernier, je suis devenue orpheline. A 78 ans mon père s’en est allé pour jouer sur le piano céleste au paradis des musiciens…

Depuis, je suis très triste… Mais je sais aussi que si quelqu’un écoute ou chante une de ses chansons, où qu’il soit mon père doit faire un large sourire… Tu te souviens Frédéric ?