Cie de création et de diffusion de spectacles vivants – Montpellier

Les billets d’humeur

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Je suis au rayon des guides touristiques chez Sauramps et je bouquine un guide sur l’Angleterre… Tout à coup j’entends : « Papa, c’est quoi cette méthode de guitare dont tu m’as parlée ? ». Pas de réponse. La suite n’est pas tombée dans l’oreille d’un sourd. Il y a pas mal de monde autour de moi et j’aperçois un jeune homme avec son téléphone portable. Je n’ai pas tout de suite pris la mesure de ce qui se passait mais j’ai essayé de me mettre au diapason de cette scène incongrue. « Papa, c’est quoi le nom de cette méthode de guitare ? » De plus en plus fort, le jeune homme réitère sa demande dans son téléphone auprès de son paternel sans doute un peu dur de la feuille. Ça commençe à me titiller l’étagère à mégot. Je continue à lire, Liverpool, les Beatles, Lucy in the strawberry fields with diamonds… Je me dis : Il n’a rien compris ce mec, il mélange tout, il est dans le rayon des guides touristiques, il veut des méthodes de guitare et en plus son père est sourd comme un pot. Dix lignes de bling, dix lignes de blang et puis terminado la rigolada ! Mais non il continue : « Allo, papa pourquoi tu t’mouches ? ». Visiblement ils ne s’entendent pas. « Papa, cette méthode de guitare, alors ? ». Comme ça six ou sept fois. Les gens autour de moi se retournent et sourient, plus ou moins interloqués. Je reste coi. Pas besoin d’aller recruter un intérimaire chez Scotland Yard, le dénouement est aussi jouissif qu’inattendu : « Allo ? l’Oreille Absolue ? ah bon d’accord, merci papa ».

Les couleurs des vacances sont parties avec la rentrée, et je ne vois que du gris autour de moi.
Au Soudan on emprisonne les femmes et on veut les bastonner parce qu’elles portent des pantalons jugés indécents. Peut-être les hommes ont-ils peur là-bas que les femmes à force de porter le pantalon finissent par porter la culotte… Triste pantalonnade !
Sim est mort emportant avec lui un des derniers souvenirs des émissions de Jean Nohain… Salut l’artiste, toi au moins tu savais chanter !
En changeant les cordes de mon ukulélé je me suis aperçu qu’il y avait du carbone dans leur composition ; ça y est, je suis bon pour la taxe !
Chirac va sortir ses mémoires en librairie… Etonnant car pour lui amnistie = amnésie.
Le forfait hospitalier va passer à 20 € par jour… Au fait forfait ça veut dire impôt, mais ça veut dire aussi délit !
… Enfin il y a la grippe et son vaccin approximatif ; alors, et si on en profitait pour re-écouter Brigitte Fontaine et Areski :
« La grippe vous va très bien
M’a dit mon amant ce soir
Ça vous donne un joli teint
Ça vous va mieux que le noir. »

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Quelques nouveautés en cette rentrée sur ce site/blog, qui, reconnaissons-le, nous donne pas mal de travail mais nous amuse aussi beaucoup…

1- Nous élargissons le champ de ceux qui vont vous proposer régulièrement leurs billets d’humeur… En fait c’est tout le bureau de l’association qui devrait désormais être sur la brèche.

2- Nous allons également ouvrir le champ de nos « Immanquables » à des spectacles que nous considérons comme « obligatoires » d’être vus, même si nous ne sommes pour rien dans leur organisation.

3- La revue de presse va continuer, mais elle va être aussi commentée… Plus aucune ambiguïté désormais dans ces morceaux de bravoure de la presse écrite régionale à l’égard de la chanson.

4- La chronique va être poursuivie… Mais va apparaître une nouvelle rubrique : l’interview du mois, toujours avec le souci d’aller au fond des choses en partant des réalités (vaste programme !).

5- Les documents à destination des organisateurs vont enfin être mis à jour et disponibles dans leur totalité à partir du site.


… Sans blague, je vous le (re)dit : ceci est un blog… et un site aussi !

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La question culturelle est une question déterminante pour l’avenir de l’humanité.
En ces temps de crise où « ceux qui savent » s’en prennent évidemment en priorité au superflu, au « supplément d’âme » que constitue le combat culturel, il est temps de dire haut et fort que c’est le contraire qui est absolument nécessaire, car sinon on abandonne totalement le terrain aux seuls « marchands de culture », aux producteurs, aux affairistes…
Certes, dans le domaine musical, ceux-ci sont incontestablement à l’origine d’une culture la plus extraordinaire qui soit, une sorte de culture-piranha que l’on voit s’imposer inéluctablement à toute la planète, à coups de clips, de CD, d’internet (tous outils existant hors de notre bonne vieille galaxie Gutenberg) et qui s’adresse simultanément partout à des millions de consommateurs parmi les plus fragiles, les jeunes en priorité…
On comprendra facilement que pour les marchands (de toutes sortes) il est en effet extraordinairement plus efficace de réunir 100000 personnes face à un seul artiste oeuvrant électroniquement (c’est-à-dire sans musiciens, n’est-ce pas) pendant trois ou quatre heures… Et peu importe le résultat : que la communication soit réduite à sa plus simple expression, que les personnalités des participants soient niées au profit d’une pseudo identité collective imposée pareillement de Toronto à Melbourne, de Dakar à Arkhangelsk, et même de Nîmes à Montpellier…
En vérité dans nos sociétés cette culture là a tous les droits d’exister, et il n’est pas question d’y mettre le moindre obstacle, mais que la collectivité publique, quelle qu’elle soit, lui accorde un seul centime pour ça est pour moi un crime : le crime de non-assistance à cultures en danger.

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… grâce à la technique holographique, le même concert, au même instant, partout sur la planète (fi des écrans plats ou courbes)…
Vous imaginez l’hologramme de David Guetta (et de madame !) en train de « mixer » en même temps sur la muraille de Chine, en haut du phare d’Alexandrie, dans la prison de Mandela tout au bout de l’Afrique, chez Gudule à Meudon, à Cap d’Agde, avec le pull over rouge de Christian Ranucci, le string du Général de Gaulle (Yvonne n’en portait pas), la hanche de Georges Frêche, la tronche d’un facho, à Picadilly Circus, Washington Square, Big Sur, sous le mur de Berlin et de Jérusalem, à Petchawar (non ! impossible !), au Cap Nord, sous la Croix du Sud, sur le plus grand porte-avion nucléaire du monde, dans la station lunaire en construction, rue des gagne-petits à Montpellier, avec Obama en meneuse de revue, Sarkozy en militant de la cause homosexuelle, et madame pour les hétéros, Louis XIV pour satisfaire ses besoins sous la scène… et même David Guetta chez lui (en exclusivité !)…


– Ô David ! –

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… Et chacun aujourd’hui de reconnaître que la diversité biologique est une des grandes richesses de notre planète, et qu’il faut à tout prix la préserver, l’encourager, voire l’enrichir en permettant à des espèces de renaître et de reprendre leur place dans la grande chaîne de la vie sur terre…

Exercice, sur un cahier propre, remplacer le mot biologie par le mot culture et développer l’idée : la diversité culturelle est une de nos grandes richesses et il faut à tout prix la préserver, l’encourager et même l’enrichir en permettant à des cultures, des langues, des arts pratiquement disparus, de revivre et de reprendre leur place dans la grande chaîne de l’humanité…

Résultat : vous faites apparaître la nécessité d’un grand service public planétaire pour la culture avec des relais jusques dans les plus humbles quartiers, jusques dans les plus petits villages… Vous vous opposez farouchement à la mondialisation et à la marchandisation de la culture… Vous descendez de votre tour d’ivoire, vous mettez les mains dans le cambouis… En Languedoc-Roussillon sud de France aussi (Mais comment Alexandra va-t-elle traduire ça en affiche ?)

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Certes je pouvais vous parler ici du désastre culturel que représente l’été en Languedoc-Roussillon. Moi qui ne prend pas de vacances et qui persiste à lire les journaux chaque jour, je suis effondré par ce qui nous est proposé, par le niveau revendiqué et par cette profusion totalement pervertie par l’idée de se vendre à tous prix…
Je pouvais aussi vous parler des désastres humains qui se profilent dans les fractures sociales absolues (en haut comme… en bas) qui nous sont offertes, dans un même pays pourtant, en toute impunité et qui annoncent que le pire est toujours à venir…
Je pouvais, mais l’information vient de me rattraper et de me prendre à la gorge : Thierry Jonquet, l’écrivain Thierry Jonquet, vient de mourir : à 55 ans ! Au début de l’été il avait été pour moi qui le lisait depuis plusieurs années (comme je lis Daenninckx, Jean-Bernard Pouy ou Gérard Delteil), un véritable choc intellectuel avec son livre « Ils sont votre épouvante, vous êtes leur crainte », un livre incandescent, totalement désespéré car d’une humanité tellement décryptée, percée à jour dans ses rouages les plus obscurs… Oui ! Thierry Jonquet est mort, et je vous le dis : demain qui pourra encore dire les vérités de ce que nous vivons ? Nous qui nous ignorons comme jamais les uns les autres, découragés de comprendre et d’agir, imperturbablement conviés aux seules agapes du décervelement, dans la sarabande des faux prophètes et des penseurs patentés, payés, engraissés, pour que rien ne bouge…
Oui ! je pouvais dire ici que les désastres culturels sont le terreau de tous les autres… Je le dis, et je suis dégoûté !

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Pensée : sans les nazis de tous âges et de toutes ignominies pour le soutenir, Hitler serait peut-être resté un chef d’état anonyme… Sans le zèle des Staliniens de toutes les Russies, Staline n’aurait sans doute pas pu commettre tous ses crimes… Sans les magouilleurs quotidiens, marchands de tout poil et de toute marchandise jusqu’à même la pensée humaine et ses plus belles expressions artistiques, le système capitaliste n’étendrait pas aussi impunément ses griffes sur l’Humanité…


Question : qu’est-ce que ça veut dire au jour le jour, la culture (comme la santé, l’éducation…) n’est pas une marchandise ?

Voici quelques mots pour rendre un hommage à deux disparus qui reposent à jamais dans mon Panthéon personnel : le professeur Robert Lafont dont la langue était l’occitan dont on fait les beaux textes, et le Père Jean Cardonnel dont la langue n’était pas du bois dont on fait les croix…
La presse locale a tout dit sur eux, je n’aurais donc pas l’outrecuidance d’en rajouter, je dirais simplement que ce sont deux phares qui ont éclairé et éclaireront longtemps mon chemin. Tous les deux s’étaient rencontrés au cours d’un procès en tant que témoins médiatiques à décharge à l’orée des années 70. Deux militants maoïstes étaient jugés en correctionnelle pour avoir écrit des graffitis (à l’époque on ne parlait ni de graphs ni de tags) sur les murs de la ville, graffitis insultants pour un certain commissaire de police qui s’était montré particulièrement zélé et véhément au cours des événements de mai 68, et même après… Le Père Cardonnel avait fait une véritable homélie au cours de laquelle il avait magnifié la révolte des accusés et l’ignominie de l’accusateur ; le professeur Lafont, lui, avait fait référence aux inscriptions gravées sur les monuments romains…

Je garde encore le souvenir ému de mes chères études, et notamment d’un examen de fin d’année d’une UV d’occitan, la seule que j’ai réussie, avec le professeur Lafont. Celui-ci, après m’avoir demandé quelles études je suivais (histoire de l’Art en l’occurrence) s’écria en souriant : Aquo es pas de historia, es de l’art !

Je terminerai en précisant que le professeur Lafont a tout à fait sa place dans ce blog, car Gui Broglia qui fut le premier chanteur occitan avait mis en musique et enregistré quatre de ses poèmes… Peut-on encore les écouter ?

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Gratuit ! le gros mot de l’été est lâché… Spectacle gratuit ! se réjouissent les gazettes et les hommes politiques… Gratuit ! Gratuit ! s’en va clamant la déesse aux cent bouches… Et en effet, félicitations garçons, vous avez réussi à mettre un million de personnes sous la tour Eiffel avec Johnny pour le 14 juillet, 50000 au moins à l’automne prochain sur le Peyrou de Montpellier avec Joan Baez, 37,5 un soir d’été dans un tout petit village sud de France, sans Alexandra, mais avec Jacques Palliès… Magnifique ! Merveilleux ! Quelle avancée enfin pour la culture et pour les arts !

… Et il est vrai qu’il est temps de se réjouir que des millions de personnes en été oublient enfin leurs télés et retrouvent le chemin du spectacle vivant. (Rien qu’aujourd’hui par exemple j’ai relevé Herbert Léonard à Palavas, Adamo à Agde, Patricia Kass à Port Barcarès… ce qui est mieux qu’à la télé, n’est-ce pas !)

Bien sûr, devant une telle débauche, on se demandera au profit de qui se font ces retrouvailles, certes gratuites, mais peut-être pas pour tout le monde.

Soyons clairs en effet. Les artistes eux – et c’est bien naturel – sont payés : 1,9 million d’euros au total (chiffres confirmés par le Ministère de la Culture) pour Johnny, 50000 € pour le plateau artistique de Joan Baez, 300 € de masse salariale pour J.P…. Pas mal, n’est-ce pas, d’autant qu’au passage – et c’est bien naturel – les techniciens eux aussi sont payés, les droits d’auteur également, et tous les frais (communication, administration, déplacement…) qui accompagnent de telles manifestations… (Tiens, à force de travailler avec l’Acte Chanson, j’ai failli oublier qu’il y a aussi des producteurs qui doivent se sucrer au passage…)

… Les organisateurs ? Généreux en diable avec l’argent public, c’est eux qui payent (c’est-à-dire : nous !). Directement le ministère pour Johnny, la mairie de Montpellier pour Joan Baez (via les Internationales de la Guitare), une communauté de communes très discrète pour J.P…. Et pour quoi en échange ? Soyons brutaux : pour les seules retombées « politiques » qui peuvent en advenir (et en politique aussi on a ses « excellences »)

Reste donc le public pour lequel chacun se gargarise de cette « gratuité » imposée. Est-il vraiment le grand gagnant ? Certes ce qui est pris est bon à prendre, disait ma cousine, mais n’est-ce pas un leurre de plus qui développe à outrance le besoin de consommation au dépens du goût de la découverte, au dépens de cette curiosité sans laquelle il n’est pas d’aventure artistique possible ?

Et si la gratuité allait à l’encontre des besoins de la création ? La question au moins mérite d’être posée.

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