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La Chronique

L’univers très personnel de Valentin Spoeb

Sous le titre « existentiel », Valentin Spoeb (que nous avons déjà entendu avec plaisir sur scène) donne son premier album : un premier disque de 10 titres qui décrivent un univers très personnel, sombre (trop sans doute !) que l’artiste revendique cependant pleinement, à travers notamment des arrangements qui font une belle place aux musiques actuelles, mais comme le faisait un Gainsbourg par exemple…

Certes on peut regretter un peu trop de « machine » dans ces vagues de sons qui enveloppent les chansons… mais la guitare, la basse, la batterie ne sont jamais loin qui font surgir soudain les sens cachés. Et c’est dans ces ambiances recherchées que les mots étincellent (même dans la difficulté auditive) : un « pied en muselière » pour un grand échassier, un « homme-tronc qui n’est pas de bois », ce « temps qui passe et nous revient en plein dans la figure », ce « naufragé d’un océan de larmes, un mâle… de mer ! »

Manifestement Valentin (Spoeb !) ne veut pas qu’on le dérange dans sa quête intime qui s’accomode si bien de tous les sujets : un tableau de Francis Bacon, l’histoire du Minotaure… C’est beau ! C’est noir ! Et l’on hésite en effet à bousculer l’artiste qui se voit enfin, tout au bout du voyage, en « brindille, radeau en perdition »…

Sans doute faudra-t-il un deuxième disque pour tout saisir.

Chemin des crêtes et/ou paysage au sommet

Lu sous la plume de Michel Chastaing, militant culturel et élu de Clapiers, à la suite de notre spectacle « Le Grand chemin des crêtes de l’Hérault » à Montferrier.

Samedi 2 avril 2011, un spectacle complet a permis la présentation du livre de Luigi di Zarlo : « Le grand chemin des crêtes de l’Hérault », à Montferrier, dans le cadre de la magnifique salle du Dévézou.

C’est l’Association Marco Polo qui a accepté d’éditer ce livre de 240 pages et de 1.000 photos, illustrant un circuit de 450 km fait de chemins aériens et de falaises calcaires. Des chemins balisés bien sûr mais aussi bien d’autres où Luigi di Zarlo a eu l’impression que personne n’était passé avant lui.

Contrairement à d’autres éditeurs, Marco Polo a accepté la parution de photos atypiques, dites « photos d’appoint », notamment prises des jours privés de soleil. Luigi di Zarlo, qui est en réalité appelé Gino, est randonneur. Il aime escalader et saisir des vues imprenables. Originaire de Calabre, il retrouve dans notre région des paysages méditerranéens très voisins. Son livre de photographe illustre la beauté de nos montagnes héraultaises vues sous des angles souvent inédits.

La soirée a consisté en fait en un spectacle complet alliant un diaporama dynamique de quelques clichés du livre, un accompagnement à la guitare par Gino di Zarlo lui-même, guitariste à ses heures, et l’intervention de Jacques Palliès, au travers de lectures, d’improvisations, de chants et de récits. Ce dernier, bien connu à Montpellier et à Montferrier, est un fervent défenseur de la chanson d’auteur. Il a accompagné le diaporama de textes anciens mais aussi de créations poétiques de sa part.

Gino di Zarlo et Jacques Palliès, à l’image de Frédécic Bazille qui a inventé la peinture de paysage, ont suscité, pour un soir à Montferrier, la musique et la poésie de paysage, pour le plus grand bonheur d’une assistance attentive et captivée. L’Association montferriéraine « Association Culture et Loisirs », regroupant 750 adhérents, pouvait être fière de cette animation ainsi que du concert caritatif organisé le lendemain, toujours dans la salle du Dévézou.

Si Jacques Paillès est poète, auteur-compositeur, interprète, il est aussi la cheville ouvrière d’une association très importante pour la chanson française : l’Acte Chanson. « Nous sommes des militants de la chanson d’auteur, celle que vous ne connaissez pas. Les choses pour exister ont besoin d’être vues ». L’Acte Chanson est en fait une compagnie de création existant en Languedoc-Roussillon depuis 15 ans. Cette association est au service des artistes et de leur professionnalisation. Acte Chanson milite inlassablement au profit de la chanson de création, pour le spectacle vivant et la culture de proximité : elle s’inscrit donc dans la longue tradition de l’éducation populaire et de l’accès à la culture pour tous.

Le concert-conférence, organisé dans le cadre du Festival des voix et des sens de Montpellier fut donc en ce samedi 2 avril 2011, une expérience très riche. Chacun a pu voir dans les photographies les crêtes de son enfance ou de ses ballades. Luigi di Zarlo a été ému en rencontrant les mouflons ou encore ces stèles de maquisards assassinés par l’Occupant et ses Collaborateurs français. Le chemin des crêtes ce n’est pas qu’une ligne de partage des eaux, c’est aussi le souvenir de la vie de ces paysans et de ces familles qui l’ont parcouru, au cours des siècles. L’aspect naturaliste est aussi précieux avec par exemple les forêts héraultaises de séquoïas. Quant au pouvoir évocatoire de la toponymie, il est magique quand les images l’illustrent et l’accompagnent : forêts des Avants-Monts, Somail, Escandorgue, Espinouse, Larzac méridional, Aigoual, Pic de Vissous, Caroux, Cardonille, Ortus, Pic Saint-Loup, …Pour ce dernier, l’inoubliable définition de Gaston Baissettes a été rappelée par Jacques Palliès : « Ni colline, ni montagne, mais résolument pic. »

Un débat a clos la soirée montferriéraine avec questions-réponses.

« Si au sommet d’une crête, tu n’aperçois pas la vérité, ouvre les yeux et tu la verras. »

Oh ! Oh ! Oh ! Balmino !

Quand j’étais petit, dans ma famille encore occitanisée, « cantar Manon » (« chanter Manon ») voulait dire hurler de douleur, pleurer de toutes ses forces… et je compris pourquoi un jour en écoutant de l’Opéra.

Or voilà quelques temps déjà que je sais que « chanter Manon » peut être aussi un immense bonheur, celui d’abord d’un auteur-compositeur-interprète : Balmino, qui manifestement, sur scène, est l’égal des plus grands… Celui d’un public aussi, même étroit, qui découvre fasciné au bout d’un récital coup de poing, une chanson toute de sensibilité et de finesse. Mais… Chut !

Balmino, nous l’avons revu mardi soir au théâtre Gérard Philipe à Montpellier, grâce à Cédric et à toute l’équipe des Mardis du Chat. Ni les médias (évidemment), ni le public (dommage) n’étaient vraiment au rendez-vous… mais qu’importe, la chanson continue à exister, même de qualité !

Plein succés pour le Chemin des crêtes à Montferrier

70 personnes exactement se sont retrouvées samedi soir au Devezou de Montferrier pour parcourir le « Grand chemin des crêtes de l’Hérault ». Arpenté, disséqué, cent fois refait et photographié par Gino de Zarlo, ce chemin de la beauté des sites de notre département est aussi devenu aujourd’hui une sorte de parcours initiatique en quête d’une autre idée de l’homme et de ses rapports avec la nature… D’où le spectacle présenté au public où guitare et poèmes accompagnent les images soigneusement sélectionnées du voyage. Pendant près d’une heure, voix, notes et images se répondent et rebondissent pour le plus grand plaisir de tous.

Le spectacle sera également donné à la médiathèque de Castries ce vendredi 8 avril à 18h30 et à la salle Georges Brassens du Crès (dans le cadre d’Equitable Concert) le vendredi 15 avril à 20h45.

Chez Jeanne Brassens-Arbatz !

Chanter Brassens… Pour le trentième anniversaire de sa mort, combien de nouveaux spectacles allons-nous voir surgir ? Combien de chansons ? Combien d’initiatives de toutes sortes ? Festival ? Exposition ? Disque ?…Brassens devenu en quelque sorte produit de marketing, comme Bernadette à Lourdes, cela aurait sans doute défrisé la moustache de Georges, même si l’on sait bien qu’aujourd’hui il s’en fout…

Et puis, au milieu de la multitude, des tristes créations aux objectifs minables, il y aura bien des joyaux délivrés de leur gangue mercantile, et qui iront à la rencontre du public, dans le simple rapport de l’art passeur d’émotions, d’images, de poésie, de sens…

Ainsi va, je le dis sans détours, le nouveau spectacle de Michel Arbatz consacré à la jeunesse de Brassens avant qu’il ne devienne lui-même – « Chez Jeanne  » quoi ! – A partir de chansons, de textes, de lettres, Arbatz a remonté pour nous le fil de cette histoire d’un homme en route vers la gloire et l’immortalité et qui ne le sait pas encore… Arbatz nous le dit dans un simple décor, ingénieux, où les draps qui pendent aux fenêtres deviennent aussi des écrans; Arbatz nous le chante avec le souci de l’originalité, de l’invention qui ne nuit pas au sens… A un point tel de précision que l’on voudrait en savoir davantage sur la génèse des chansons; avec un plaisir tel que l’on voudrait entendre davantage la guitare d’Olivier-Roman Garcia, être aussi dans un vrai théâtre pour pénêtrer, sans parasite, au fond et au large du spectacle…

Cela s’appelle « Chez Jeanne ». C’était vendredi dernier au centre culturel François Villon de Frontignan. C’est à voir absolument.

Sympa la conférence au caveau

C’est certes un poncif, mais c’est vrai : les absents ont toujours tort. Particulièrement en période électorale quand ils refusent d’aller voter… Mais aussi, et surtout, quand ils ne viennent pas écouter la conférence que Michel Trihoreau, ancien journaliste de Paroles et Musiques et de Chorus, donnait jeudi dans le caveau de dégustation de Trinque Fougasse à Montpellier sur le thème de « La chanson de proximité ».

Soucieux de ne pas déflorer le sujet de son livre (récemment paru aux éditions de l’Harmattan), le conférencier choisissait plutôt la provocation en argumentant sur le « débat » Gainsbourg / Guy Béart autour de la chanson « art mineur » comme l’avait qualifiée l’auteur de La Javanaise… En vérité démontrait Michel Trihoreau si l’on a toujours tenté de classifier les arts, cela a donné lieu à d’étonnantes appellations, tel ce « commerce de draps » venant en tête des arts majeurs au 14ème siècle (je sens que ma mémoire hésite sur cette précision…), ou encore, pour parler d’aujourd’hui, l’absence totale de la chanson des classifications actuelles…

Art évidemment avant tout populaire, la chanson met à mal les critères des classificateurs, et même si on lui reconnait une place majeure, il n’est pas facile alors de la cerner. Quelle différence faire, concluait par exemple l’orateur, entre une belle chanson de Jean-Jacques Goldman et une belle chanson de Louis Capart ? Au-delà des conditions même de la création des deux chansons, des buts de l’oeuvre ou du produit,…, on pourrait répondre, cher Michel, qu’il suffit de les écouter (une chanson c’est aussi une musique et une voix)… Et puisque chez Trinque Fougasse tout finit par du vin et des chansons, nous avons salué comme il se doit les Sigalière d’André Moulières, rehaussées par le piment comique des chansons de Jérar Slabski.

… Que les absents se mordent !

Et toujours Ferrat

Il y avait eu Montferrier, Juvignac, il y avait eu Cabestany, il y avait Castelnau-le-Lez, Jacou… Les villes tombaient les unes après les autres, sans dégâts collatéraux, avec l’accueil enthousiaste des populations, et donc dans l’indifférence générale des médias… 120 personnes dans la belle petite salle de la MJC André Malraux, un peu plus de 200 soudain dans le nouveau magnifique théâtre de Jacou, encore au bout de nulle part… Notre « Amour Cerise » continuait à se vivre sans nuage avec Jean Ferrat. Un an après sa mort, tous les fidèles étaient là, plus nombreux encore, partageant émotion et paroles fortes, sans se soucier de la couleur politique des cités, avec une histoire, un pays, une fierté, une sorte d’âme universelle que l’on pouvait nous envier…

Sachez-le, jeunes gens qui en avez assez de vous taire, de ne plus rien voir ni entendre, que la poudre aux yeux des marchands : nous allons continuer !

Le poème de Cabestany

J’avais, je l’avoue, un des plus beaux cadeaux qui soient : le massif du Canigou enneigé posé sur le ciel comme un autre nuage surgi d’un ciel très pur confondant la montagne et l’air… Déjà Cabestany pointait au bout de la route, Cabestany et ses superbes équipements culturels, Cabestany où, pour le printemps des Poètes, nous devions porter, au plus près possible des habitants, la parole de Jean Ferrat. Une belle expérience professionnelle pour des artistes de la proximité !… Et tout au long de la journée, nous l’avons proclamée cette parole unique construite du plus intime à l’universalité : dans les squares, à la terrasse d’un bistrot, chez les « anciens » et devant la chorale de la Maison de retraite, à la mairie puis enfin au centre culturel lui-même (à la fois bibliothèque, cinéma, salle de spectacle…) qui bientôt, en juin prochain semble-t-il, portera le nom du chanteur d’Entraigues… Déjà, Cécile et moi, remplis des rencontres que nous avions faites, du partage souvent très fort qui nous avait été permis, de l’accueil d’Emmanuelle, de Catherine… nous repartions, droit sur le Canigou. Car mon cadeau était toujours là bien sûr, teinté de ciel et de nuages… Merci à tous !

Que le bonheur est simple, pourtant !

Il peut paraître dérisoire de parler de chansons alors que le monde regarde le Japon avouer chaque jour son impuissance face aux apprentis sorciers du nucléaire plongés dans les colères de la terre; alors que le monde se tape haineusement sur la poitrine pour punir Khadafi quelles qu’en soient les conséquences; alors que le monde se moque que les idées du Front National soient méritées par la France de Sarkozy… Dérisoire, presque ridicule, et pourtant, que le bonheur est simple semblent dire les poètes, les chansonniers quand on vient les écouter dans la proximité d’un village, d’une petite salle de quartier; que le bonheur est simple quand il peut s’affirmer hors des routes tracées par les puissants…

Vendredi soir à Montferrier, c’était Jean Tardieu dont nous portions la parole – une dernière fois peut-être malgré les qualités du spectacle reconnues par tous ceux qui l’ont vu mais ignorées par tant d’autres, « ceux qui savent » n’est-ce pas – … Trente personnes dans la petite salle du Devézou, trente personnes stupéfaites de la parole urgente et nécessaire du poète sans cesse en quête de lui-même et donc des autres… Et les lumières de Soisic, la guitare de Jean-Loïc, les voix de Patrick et Jacques résonaient comme autant d’appels à reconnaître cette nécessité et cette urgence de retrouver le chemin de l’humanité.

Presque en même temps à Agde, dans la belle Maison des Savoirs, les Zbroufs proposaient leur passion pour les mots et les musiques de Claude Nougaro, ce « tic-tac nouveau » qu’ils veulent  continuer à faire entendre malgré les dérèglements de « l’horlogerie du monde », à cause de ces dérèglements plutôt qu’il est (je me répète) tellement urgent et nécessaire de combattre… Une centaine de personnes étaient présentes parmi lesquelles Hélène Nougaro venue, avec son association vouée au souvenir du grand Toulousain, mesurer le travail fait en terre agathoise… Et là encore c’etait bien d’humanité qu’il était question…

Le lendemain, à Juvignac, nous avons vécu une soirée étrange, une de ces soirées qui restent dans la mémoire pas seulement parce que la salle Jean-Louis Herrault était pleine à craquer, pas davantage parce que notre « Amour cerise » a désormais une assurance qui lui permet de franchir les obstacles… mais plutôt parce qu’elle pouvait être vécue comme une sorte de ferveur humaniste que seule la parole de Jean Ferrat pouvait sans doute offrir… Alors on me permettra de me poser à haute voix cette question : comment après cela, à l’heure des élections, refuser de choisir entre la gauche et le Front National ? Comment prétendre sauver un peuple en détruisant son pays ? Comment refuser d’être Japonais ?

Mais oui, c’est le printemps…

C’est bon ça : la poésie est partout en ce printemps 2011 pourtant si peu réjouissant quand on ouvre son poste de radio ou de télévision… Et les poètes disent, déclament, récitent, lisent, jouent, presque jusques dans le plus petit village. Résultat ? Parfois le bonheur, la foi raffermie; quelquefois la déception, l’incompréhension au bord des lèvres…

Ainsi, quoiqu’il en soit de la richesse et de la force imprécatrice des écrits « politiques » de Léo Ferré (et tout est politique, on le sait), quoiqu’il en soit des évidentes qualités d’un jeune comédien montpelliérain manifestement apprécié de tous, l’idée de chanter « Y’en a marre » ou « La mémoire et la mer » sans musique – strictement a cappella –  peut paraître d’abord improbable, puis absurde, pour finalement se révéler ridicule… Cependant, à en juger par les applaudissements saluant la fin du spectacle, j’avoue avoir été bien seul à l’apprécier ainsi.

Nous avons quant à nous présenté notre Tardieu le mercredi 9 mars à la salle Saint-Ravy, et je crois que, face à cette salle habituellement pleine pour le printemps des Poètes, la parole de Jean Tardieu est passée, bien passée même, dans le plaisir du jeu et de l’échange, le plaisir de la musique, des lumières et du son… Mais que faut-il faire pour que d’autres que nous – dans le métier - en aient aussi conscience ?

Car aussi surprenant que cela puisse paraître, je dois être un des très rares artistes qui va voir le travail des autres et qui – certes personne ne me demande rien -  croit intéressant d’en souligner les qualités ou les défauts, à l’aune de ma propre expérience. Pour avancer !… Nous souffrons énormément de l’absence d’une critique médiatique digne de ce nom… Alors pourquoi me priverais-je de dire ce que je pense ?

Par exemple encore, pourquoi me priverais-je de dire ici tout le plaisir ressenti au travail musical de Franck Nicolas accompagnant le long poème, tout de sincérité, de Camille Decourcy, donné le lendemain dans le même lieu. Franck Nicolas au mélodica, à la conque marine, au piano-jouet, et aussi, mais oui, quelquefois à la trompette, cela valait le déplacement et la poésie en était sublimée…

Etrange printemps des Poètes débuté dans le froid place de la Comédie à Montpellier, et qui cette semaine va rebondir partout et chanter, même sous la pluie.