Le vin des poètes
Publication en une vingtaine d’épisodes – comme un véritable feuilleton donc – du livre-disque éponyme de Jacques Palliès
Vin des poètes : Intermède 16
Ah ! Vinisud, mesures-tu ta chance de pouvoir écouter cette voix d’un autre temps qui chante le poète Norge et ce magnifique poème « Du temps » que Piermy mit en musique dans les années soixante alors qu’il était élève au Conservatoire national d’art dramatique de Paris…
Merci à Patrick Hannais d’avoir retrouvé dans ses archives cet enregistrement et de nous l’avoir adressé. Encore un peu de vin profond !
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LE VIN DES POETES – Episode 16 : Calligrammes

C’est une unité de poids : le gramme, le kilogramme, le…
LA DIVE BOUTEILLE
Ici maintenons que non rire mais boire est le propre de l’homme;
et je ne dis pas boire simplement et absolument, car aussi bien boivent les bêtes,
je dis boire vin bon et frais.
Si j’en crois les spécialistes, le calligramme aurait été inventé au 4ème siècle par Simmias de Rhodes dont nous devons être un certain nombre à ignorer totalement l’existence et l’oeuvre. .. Bien entendu c’est Guillaume Apollinaire qui en est, en France, la référence, avec François Rabelais qui « inventa » avec cette technique la dive bouteille grâce à laquelle ce livre existe.
C’est dans le 5ème livre, quand Pantagruel arrive au temple de la Dive Bouteille où un oracle doit lui être rendu, qu’il invoque cet oracle sous la forme du calligramme universellement reconnu.

CHARLES-FRANCOIS PANARD
Oui ! Encore lui ! Ne sont-ils pas magnifiques ces deux célèbres calligrammes dus à Charles-François Panard ? Manifestement il s’agit bien de cristal du 18ème siècle, n’est-ce pas ? Dans le recueil de ses poésies « fugitives », ils se font face et, dans les jours de canicule, c’est eux que l’on entend glouglouter dans la poche des marcheurs intrépides qui affrontent le soleil mais ne sortent jamais sans les oeuvres du poète. Ah ! Se désaltérer à larges gorgées de poésie !


FREDERIC-JACQUES TEMPLE
Enfin un calligramme contemporain ! L’oeuvre d’un grand poète et romancier montpelliérain, longtemps homme de radio, ami d’Henri Miller, de Lawrence Durrel et de Joseph Delteil : Frédéric-Jacques Temple qui dans son recueil La chasse infinie a relevé le défi du calligramme et de la dive bouteille.
On remarquera qu’après l’amphore moyen-âgeuse et le cristal du 18ème siècle, on est ici dans une bouteille bourguignonne et… dans un magnifique poème d’amour !

DU VIN ESTHETIQUE ?
Pour conclure ce chapître consacré aux calligrammes, voici un autre exemple de leur utilisation dans un domaine que l’on pourrait certes qualifier de non-poétique puisqu’il s’agit de publicité.
En fait certains spectateurs du Cabaret du Vin m’ont transmis quelques-uns de ces calligrammes démonstratifs (que l’on peut même parfois qualifier de réussite esthétique), telle cette réclame pour un vin mousseux de Saumur.
Tiens ! Un lipogramme…
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(à suivre)
Vin des Poètes : Intermède 14

Merci à vous amis lecteurs qui non seulement m’encourageaient à poursuivre, mais enrichissaient l’aventure… A moi conte !
Vin des Poètes : Intermède 13
En hommage au peuple grec cette silhouette surprise par l’appareil photo de Gino de Zarlo et qui grâce à un cep de vigne nous rappelle ce qu’on doit à ce peuple : ce que nous sommes !
LE VIN DES POETES – Episode 15 : Un grand voyage en poésie (5)
Le froid et l’informatique étaient contre nous ces derniers jours, mais nous avons résisté. Il faut résister ! Et ça vaut pour cette nouvelle étape du Grand voyage en poésie qu’a entrepris le Vin des Poètes… Du passé à la modernité !
CHARLES-FRANCOIS PANARD
Poète et auteur dramatique, chansonnier, Charles-François Panard fut un de ces innombrables poètes du 18ème siècle français, auteur de vaudevilles, d’opéra-comiques, de divertissements… Au total plus de cent pièces de théâtre et un nombre quasi incalculable d’oeuvres diverses : fables, allégories, épigrammes, madrigaux, énigmes et autres bouquets… qu’on appelait alors des « poésies fugitives ».
Né en 1694 en Eure et Loire, il aimait, nous dit-on, boire, chanter et rire. Et c’est ainsi qu’il vécut, modestement. On connait de lui quelques poèmes voués à la célébration du vin et surtout deux calligrammes – le verre et le flacon – qui en font un trait d’union inattendu entre Rabelais et Apollinaire (voir le prochain épisode). Mais écoutons aujourd’hui cette chanson « L’enfant de Cythère » qu’il y a bien longtems je me suis permis de mettre en musique.
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L’ENFANT DE CYTHERE (Pièce anacréontique)

Un jour l’enfant de Cythère
Panier et serpette en mains
S’offrit à Bacchus pour faire
La cueillette du bon vin
Bacchus reconnut le traître :
Ah ! C’est vous beau vendangeur !
Je vais vous faire connaître
Comme on traite un imposteur »
« Vite, vite, que l’on mette
Dans la hotte l’étourdi,
Qu’on le porte et qu’on le jette
Dans la cuve tout brandi ! »
La sentence s’exécute,
Et le pauvre Cupidon
Fut baigné dans la minute,
Des pieds jusques au menton.
Il fuit enfin, mais il reste
Dans le vin dont il sortit,
Certaine vapeur funeste
Qui fait que l’on s’attendrit.
Ah ! C’est de ce vin sans doute
Qu’Iris nous verse en ce jour ;
Je n’en ai bu qu’une goutte
Et mon cœur brûle d’amour.
PIERRE DE RONSARD
Voilà quelques temps déjà que l’on sait que ce que nous avons appris scolairement de Ronsard est loin de refléter la vérité d’un homme de la Renaissance qui était finalement tout sauf mièvre (vous savez : Mignone allons voir si la rose… etc) et obséquieux (on disait « courtisan » à l’époque). Dans sa vie comme dans sa poésie, Ronsard fut même plutôt courageux. Il écrivait par exemple de lui-même : Je suis opiniâtre, indiscret, fantastique, Farouche, soupçonneux, triste et mélancolique, Content et non content, mal propre et mal courtois, Au reste craignant Dieu, les princes et les lois… Un homme de son temps !
De nombreux poèmes sur le thème du vin, dont ce Chant de folie à Bacchus, le démontrent amplement. N’écrivait-il pas :
Que saurais-je mieux faire en ce temps de vendanges,
Après avoir chanté d’un verre les louanges,
Sinon chanter Bacchus et ses fêtes, à fin
De célébrer le Dieu des verres et du vin ?
CHANT DE FOLIE A BACCHUS
Délaisse les peuples vaincus
Qui sont sous le lit de l’Aurore,
Et la ville qui, ô Bacchus,
Cérémonieuse t’adore.
De tes tigres tourne la bride
En France, où tu es invoqué,
Et par l’air ton chariot guide
Dessus en pompe collocqué
Que cette fête ne se fasse
Sans t’y trouver, Père joyeux,
C’est de ton nom la dédicace,
Et le jour où l’on rit le mieux.
Le voici, je le sens venir,
Et mon cœur étonné ne peut
Sa grande divinité tenir
Tant elle l’agite et l’émeut
Quels sont ces rochers où je vois,
Léger d’esprit, quel est ce fleuve
Quels sont ces antres et ces bois
Où seul égaré je me trouve
J’entends le bruit des cimbales
Et les champs sonner Evoe.
J’ai la rage des Bacchanales
Et le son du cor enroué.
Ici le chancellant Silène
Sur un tardif âne monté
Les inconstants satyres mène
Qui le soutiennent d’un côté
Qu’on boute du vin dans la tasse,
Sommelier, qu’on en verse tant
Qu’il se répande dans la place ;
Qu’on mange, qu’on boive d’autant
Amoureux, menez vos aimées,
Ballez et dansez sans séjour,
Que les torches soient allumées
Jusques à la pointe du jour.
Sus, sus ! mignons, sus confitures,
Le codignac vous semble bon,
Vous n’avez les dents assez dures
Pour faire peur à ce jambon.
Amis, à force de bien boire
Repoussez de vous le souci,
Que jamais plus n’en soit mémoire ;
Là donques, faites tous ainsi.
Hélas ! que c’est un doux tourment
Suivre ce Dieu qui environne
Son chef de vigne et de sarment,
En lieu de royale couronne.
DANS LA POESIE CONTEMPORAINE
Ayant considérablement élargi le champ poétique, voire la conception même de la poésie, aujourd’hui décelable partout – dans les figurations, les gestes, les sons… – la poésie contemporaine s’est largement offerte au vin, à l’ivresse, à leur célébration.
Comme nous le verrons, la chanson en fait désormais un grand usage… Mais écoutez quelques unes de ces voix réunies dans un « éloge des poètes par le vin » (Obsidiane 1998)
La vigne est une harpe plantée sur la colline
Nous avons enfoncé dans le dos de la terre
Ces pieux alignés sous le ciel
Tendu le fil de fer
Maintenant c’est le vent qui joue avec les cordes
Francis Combes
Nous rangions dans le cellier les bouteilles et les cueillades de fruits frais Nous Nous allions à peine nés vers les demoiselles uniformes levant la jupe et dégrafant le corsage Nous avions hâte de saouleries et d’avaler le frais des gentes étendues jambes ouvertes
Hubert Juin
… L’écho le vin l’immensité
La blancheur de la nappe où dans le langage
Le dévalement ressemble à la mémoire
Bernard Vargaftig
Au fond de son cratère ou de son verre, le non-philosophe sait qu’il n’y a rien à voir. Seulement à boire.
Francis Wybrands
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(à suivre)
LE VIN DES POETES – Episode 14 : Un grand voyage en poésie (4)
… des Cévennes à la Belgique, de Colette à Alfred de Musset.
JEAN CEVENOL

C’est par un mystère que nous poursuivons notre voyage : qui se cache derrière le nom de Jean Cévenol ? Son poème Hymne au vin pur figure dans toutes les anthologies poétiques consacrées au vin, mais on ne sait rien d’autre et internet reste muet… Alors j’y vais de ma proposition personnelle : et si, derrière le masque, il y avait un Jean Carrière, ou un Jean-Pierre Chabrol ? J’avoue que je verrais bien L’épervier de Maheux à l’origine de ce très beau poème que j’ai mis en musique il y a déjà plusieurs années.
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HYMNE AU VIN PUR
Bois du vin pur ! Du vin de feu ! Du vin qui rit !
Et qu’un cep merveilleux enlace ton esprit !
Car cette terre, d’où cette vigne s’élance,
Un jour t’engloutira dans l’éternel silence !
Bois du vin rouge ou blanc ! Sa vivante couleur
Te mettra dans le sang la magique chaleur
Qui fait monter l’amour à ton cœur solitaire !
Bois du vin pétillant qui fait bondir ton verre !
Bois le vin du bonheur, et le vin de l’oubli
Et quand l’automne d’or, sur le jardin pâli,
Tend son brocart divin où le ciel se prolonge,
Bois le vin du désir et bois le vin du songe !
Virgile, et Rabelais, et Ronsard, et Mistral,
Buvaient sans lésiner et sans penser à mal !
Et je songe à Laforgue, à Corbières, à Verlaine
Qui dans l’absinthe bleue, hélas, noyaient leur peine !
Bois le sang du soleil ! C’est le sang de l’amour !
C’est la pourpre du soir ou l’or tremblant du jour !
Une fille enivrante éclose au fond d’un rêve !
La blondeur d’une grappe, et Vénus qui se lève !
GEO NORGE
Geo Norge est un poète belge de la deuxième moitié du 20ème siècle aujourd’hui reconnu comme un poète majeur.
Pierre Seghers qui a contribué à la connaissance de son œuvre, disait de lui qu’il était : gouleyant, interférentiel, fricassant, ayant du punch et le faisant brûler, inquiétant bien sûr, comme tous les tendres qui sont d’affreux cruels (et vice-versa), maître es-langage de la composition au contrepoint, de la matière au boyau de chat sous l’archet, il invente, non pas en virtuose (ce qu’il est) mais en magicien. Ah ! On ne s’ennuie jamais avec Norge, qui pose cependant les questions les plus graves…
DU TEMPS…
Dans l’eau du temps qui coule à petit bruit,
Dans l’air du temps qui souffle à petit vent,
Dans l’eau du temps qui parle à petits mots
Et sourdement touche l’herbe et le sable ;
Dans l’eau du temps qui traverse les marbres,
Usant au front le rêve des statues,
Dans l’eau du temps qui muse au lourd jardin,
Le vent du temps qui fuse au lourd feuillage
Dans l’air du temps qui ruse aux quatre vents,
Et qui jamais ne pose son envol,
Dans l’air du temps qui pousse un hurlement
Puis va baiser les flores de la vague,
Dans l’eau du temps qui retourne à la mer,
Dans l’air du temps qui n’a point de maison,
Dans l’eau, dans l’air, dans la changeante humeur
Du temps, du temps sans heure et sans visage,
J’aurais vécu à profonde saveur,
Cherchant un peu de terre sous mes pieds,
J’aurais vécu à profondes gorgées,
Buvant le temps, buvant tout l’air du temps
Et tout le vin qui coule dans le temps.
Il faut également lire de Géo Norge le recueil Le Vin profond où le poète, en phrases amples, célèbre sa bien-aimée :
… Elle est ma grappe, elle est ma vigne, et dans le sommeil du cellier, elle est mon vin profond.
COLETTE
Les femmes occupent une place de plus en plus importante et assumée dans le domaine du vin : productrice, consommatrice, œnologue, communicante,.., elles sont aussi de plus en plus présentes dans la littérature du vin.
On nous permettra de saluer ici cette présence en rendant hommage à celle qui fut une des pionnières en la matière, Colette qui, de son propre aveu, découvrit le vin à l’âge de trois ans… pour ne plus jamais le quitter. C’était un vin mordoré : le muscat de Frontignan.
LE VIN DES FEMMES ?
Ecoutez la voix de Colette…
La vigne et le vin sont de grands mystères. Seule, dans le règne végétal, le vigne nous rend intelligible ce qu’est la véritable saveur de la terre.. Quelle fidélité dans la traduction ! Elle ressent, exprime par la grappe les secrets du sol. Le silex, par elle, nous fait connaître qu’il est vivant, fusible, nourricier. La craie ingrate pleure, en vin, des larmes d’or. Un plant de vigne, transporté par-delà les monts et les mers, lutte pour garder sa personnalité et parfois triomphe des puissantes chimies minérales. Récolté près d’Alger, un vin blanc se souvient ponctuellement, depuis des années, du noble greffon bordelais qui le sucra juste assez, l’allégea et le rendit gai. Et c’est Xérès lointaine qui colore, échauffe le vin liquoreux et sec qui mûrit à Château-Chalon, au faîte d’un étroit plateau rocheux.
De la grappe brandie par le cep tourmenté, lourde d’agate transparente, ou bleue et poudrée d’argent, l’œil remonte jusqu ‘au bois dénudé, serpent ligneux coincé entre deux rocs : de quoi donc s’alimente, par exemple, ce plant méridional qui ignore la pluie, qu’un chanvre de racines retient seul suspendu ? La rosée des nuits, le soleil des jours y suffisent – le feu d’un astre, la sueur essentielle d’un autre astre – merveilles…
ALFRED DE MUSSET
On connaît le propos de Musset : Qu’importe la maîtresse Qu’importe le flacon, pourvu qu’on ait l’ivresse. Bien sûr, ce n’est pas de vin qu’il est ici question, mais d’ »amour »… et on peut en effet penser que le grand poète romantique a heureusement écrit bien d’autres choses à propos des femmes.
Des femmes et… du vin par exemple. Ecoutez, dans l’acte II des Caprices de Marianne, Marianne donnant la leçon à Octave. C’est d’un Lacrima Christi qu’il est ici question.
LE VIN ROMANTIQUE ?
Je croyais qu’il en était du vin comme des femmes. Une femme n’est-elle pas aussi un vase précieux, scellé comme ce flacon de cristal ? Ne renferme-t-elle pas une ivresse grossière ou divine, selon sa force et sa valeur ? Et n’y-a-t-il pas parmi elles le vin du peuple et les larmes du Christ ? Quel misérable cœur est-ce donc que le vôtre, pour que vos lèvres lui fassent la leçon ? Vous ne boiriez pas le vin que boit le peuple ; vous aimez les femmes qu’il aime ; l’esprit généreux et poétique de ce flacon doré, ces sucs merveilleux que la lave du Vésuve a cuvés sous son ardent soleil, vous conduiront chancelant et sans force dans les bras d’une fille de joie ; vous rougiriez de boire un vin grossier ; votre gorge se soulèverait. Ah ! vos lèvres sont délicates, mais votre cœur s’enivre à bon marché…

(à suivre)
LE VIN DES POETES / épisode 13 : Un grand voyage en poésie (3)
… et nous voilà arrivés chez les poètes francs buveurs.
Un homme qui ne boit que de l’eau a un secret à cacher à ses semblables disait encore Baudelaire qui s’y connaissait beaucoup dans la psychologie des adonnés aux paradis artificiels…
Blaise Pascal dont la réputation de parieur était plus affirmée que celle de buveur disait lui les buveurs d’eau ont mauvais caractère…
Est-il besoin de préciser que les poètes dont il va être à présent question n’avaient pas mauvais caractère, qu’ils étaient même de francs buveurs et qu’il n’y aura donc aucun secret honteux dans les pages qui suivent ?
GASTON COUTE
Né sur les bords de Loire au sud de la Beauce, Gaston Couté fut de ces poètes qui tentèrent, dans les premières années du 20ème siècle, de gagner leur vie avec leurs poèmes, dans les cabarets parisiens. Certes, à peu près à la même époque, Bruant fit fortune sur les mêmes chemins, Rictus en vécut bourgeoisement… Couté lui, disparut en 1911 dans la plus extrême misère.
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Sur une musique de Jacques Florencie
FEU DE VIGNE
Ils avaient de très belles vignes
Dont le vin loyal et rosé
Etait couleur de leurs baisers ;
Leurs vingt ans furent doux et dignes ;
Puis champ par champ, pièce par pièce,
Dans le sol de pierres à fusil
La vigne est morte de vieillesse
Et le beau temps est mort aussi.
Refrain :
Y’a plus de vin dans le cellier !
Y’a plus d’amour sous l’oreiller !
Mais (jette une souche la vieille !)
Une flamme rose ensoleille
Leur âtre et leur cœur de janvier
L’esprit du bon vin qu’ils révèrent
S’en vient pour eux flamber encor
Parmi le feu de sarments morts
Comme il a flambé dans leurs verres.
Leur passé, sur leurs lèvres blêmes,
Brûle à ne pouvoir préciser
Si ce qui s’envole d’eux-mêmes
Est un mot ou bien un baiser.
Refrain
Devant la flamme enchanteresse
Le vieux buveur qui ne boit plus
Sent, parmi ses membres perclus,
Couler les douceurs de l’ivresse ;
Et la vieille dont la pensée
S’échauffe au feu du souvenir
Sent battre en sa poitrine usée
L’amour qui ne veut pas mourir.
Refrain
Ils avaient de très belles vignes
Dont le vin loyal et rosé
Etait couleur de leurs baisers ;
Leurs vingt ans furent doux et dignes ;
Et dans l’attente de l’épreuve
Qui doit faire passer un jour
Leur âme en quelque vigne neuve
Au vin clair comme un peu d’amour…
RAOUL PONCHON
Sans le savoir la plupart du temps, tout le monde connaît Raoul Ponchon, ce doux poète natif (1848) de La Roche-sur-Yon, qui lui aussi tenta de vivre de sa poésie, par exemple en commentant l’actualité en vers dans les journaux ou les revues de son époque… Consommateur verlainien de toutes sortes de breuvages, il nous a laissé une oeuvre poétique toute entière vouée au vin, à l’ivresse, dans des livres aux titres très évocateurs : La muse gaillarde, La muse au cabaret.
Raoul Ponchon le premier écrivit : Quand mon verre est plein, je le vide. Quand mon verre est vide je le plains… Presque une philisophie !
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SI J’ETAIS ROI
Dessin de Martin Ziegler

BERNARD DIMEY
Nul ne s’étonnera à présent de trouver parmi ces poètes francs buveurs le nom de Bernard Dimey. Outre d’avoir laissé au coeur du vingtième siècle quelques-unes de ses plus belles chansons (Syracuse créée sur un coin de table avec Henri Salvador, mais aussi Mon truc en plumes cher à Zizi Jammaire, ou encore Mémère immortalisée par Michel Simon) il fut aussi l’auteur d’une oeuvre poétique toute d’émotion et toute entière vouée à la nostalgie et à l’ivrognerie, montrant qu’au coeur de toute chose il y a l’homme et la vie.
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IVROGNE

Ivrogne, c’est un mot qui nous vient de province
Et qui ne veut rien dire à Tulle ou Châteauroux
Mais au cœur de Paris je connais quelques princes
Qui sont selon les heures archange ou loup-garou
L’ivresse n’est jamais qu’un bonheur de rencontre
Ça dure une heure ou deux ça vaut ce que ça vaut
Qu’il soit minuit passé ou cinq heures à ma montre
Je ne sais plus monter que sur mes grands chevaux
Ivrogne ça veut dire un peu de ma jeunesse
Un peu de mes trente ans pour une île au trésor
Et c’est entre Pigalle et la rue des Abbesses
Que je ressuscitais quand j’étais ivre mort
J’avais dans le regard des feux inexplicables
Et je disais des mots cent fois plus grands que moi
Je pouvais bien finir ma soirée sous la table
Ce naufrage après tout ne concernait que moi
Ivrogne c’est un mot que ni les dictionnaires
Ni les intellectuels ni les gens du gratin
Ne comprendront jamais… c’est un mot de misère
Qui ressemble à de l’or à cinq heures du matin
Ivrogne… et pourquoi pas ? Je connais cent fois pire
Ceux qui ne boivent pas qui baisent par hasard
Qui sont moches en troupeau et qui n’ont rien à dire
Venez boire avec moi… On s’ennuiera plus tard.
LA TAMISE
Voici bientôt vingt ans que je me beaujolise
Dans tous les mauvais lieux ouverts après minuit.
Je commence à pencher comme la Tour de Pise,
Je m’accoude au Pont Neuf… La Seine va sans bruit
Et je dis au clochard : « Tu vois… C’est la Tamise… ! »
Alors on va s’asseoir, on fouille un peu ses poches,
On parle d’Henri IV et d’un certain troquet
Qui reste ouvert la nuit et qui n’est pas trop moche
A cinq ou six cents mètres par là sur les quais,
Et l’on a le cœur pur comme un cristal de roche.
Le désir impérieux de raconter sa vie,
Son servic’ militaire, ses embarras d’argent,
Son besoin d’amitié, la jeunesse… partie…
La connerie surtout de la plupart des gens,
Le rouquin renversé et que la manche essuie…
Alors on se relève, on longe des murailles,
On s’en va jusqu’au Louvre et jusqu’à l’Opéra,
On a la jambe molle et la voix qui s’éraille…
On va retourner boire !… Lequel des deux paiera ?
On a l’œil un peu vague et le sang qui se caille…
A sept heur’s du matin, au métro Pyramides
Un loufiat mal luné met ses tables dehors.
On dit n’importe quoi… J’ai les yeux tout humides,
Mon copain de la nuit a l’air d’être ivre-mort ;
Je le laisse tout seul achever son suicide…
Voici bientôt vingt ans, peut être davantage,
Que je fais le guignol à n’importe quel prix
Entre le délirium, la sagesse et la rage.
Revenez donc me voir quand vous aurez compris
Et ne condamnez rien avant d’avoir mon âge.
Beaucoup se vantent d’avoir connu Bernard Dimey et d’avoir partagé avec lui quelques-unes de ses longues plongées au fin fond de l’ivresse où il trouvait nécessairement la source de ses inspirations… On me permettra de douter d’une telle nécessité. L’oeuvre il est vrai y puise une sorte de noblesse un peu perverse, mais elle n’avait décidément pas besoin de ça.

(à suivre)
Vin des poètes : intermède 12
A l’occasion du salon du vin bio de Montpellier, deux oeuvres magnifiques du peintre de Montferrier Albert Masri, maître du pastel, du dessin et de la couleur, qualités qu’il a promenées partout dans le monde, et bien sûr au coeur des vignes de notre région. De la belle ouvrage, non ?
Pour en découvrir plus : http://albert-masri.com/

LE VIN DES POETES – épisode 12 : Un grand voyage en poésie (2)
PAUL VALERY
Les hauteurs de Sète et les vieilles rues du centre historique de Montpellier le savent encore et le murmurent parfois à ceux qui savent écouter : Paul Valery a été lui aussi un jeune homme comme tous les jeunes hommes avant tout soucieux de vivre et d’être heureux… Qui peut s’en étonner ?
Ce toit tranquille où marchent des colombes,
entre les pins palpitent entre les tombes.
Midi le juste y compose de feux
la mer, la mer toujours recommencée…
Ô récompense après une pensée
qu’un long regard sur le calme des dieux.
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Le Vin perdu chanté par Jacques Palliès sur une musique de Gilbert Maurin
LE VIN PERDU
J’ai quelque jour, dans l’Océan
(Mais je ne sais plus sous quels cieux)
Jeté comme offrande au néant
Tout un peu de vin précieux…
Qui voulut ta perte, ô liqueur ?
J’obéis peut-être au devin ?
Peut-être au souci de mon cœur,
Songeant au sang, versant le vin ?
Sa transparence accoutumée
Après une rose fumée
Reprit aussi pure la mer…
Perdu ce vin, ivres les ondes !
J’ai vu bondir dans l’air amer
Les figures les plus profondes…
ROBERT DESNOS
Le cadavre exquis boira le vin nouveau est le premier « cadavre exquis » produit par les Surréalistes. Robert Desnos n’était pas encore du nombre, mais il s’est bien rattrapé par la suite, notamment dans les « vagues de rêves » que suscitèrent les jeux de ses amis d’alors : André Breton, Paul Eluard, Louis Aragon, tous ceux qui littéralement firent exploser la poésie française pour la faire entrer dans la modernité.
Je ne suis pas philosophe, je ne suis pas métaphysicien… Et j’aime le vin pur disait Robert Desnos. La preuve !
Inclus dans le disque du Vin des Poètes, le poème Couplet du verre de vin a été mis en musique pour la première fois par le pianiste Jean-Luc Michel et chanté par Michel Arbatz dans son très beau disque « Michel Arbatz chante Robert Desnos ».
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COUPLET DU VERRE DE VIN
Quand le train partira n’agite pas la main,
Ni ton mouchoir, ni ton ombrelle,
Mais emplis un verre de vin
Et lance vers le train dont chantent les ridelles
La longue flamme du vin,
La sanglante flamme du vin pareille à ta langue
Et partageant avec elle
Le palais et la couche
De tes lèvres de ta bouche.

Le groupe surréaliste (ou Le rendez-vous des amis) d’après Max Ernst
LOUIS ARAGON
… Etrange dialogue que celui mené par Louis Aragon avec son ami Pablo Neruda.
C’était en septembre 1965 ; une fois encore un violent tremblement de terre avait ravagé le Chili et détruit la maison de Pablo Neruda, la Isla Negra, au bord du Pacifique.
Aragon, estimant que la terre les avait trahis, avait alors mêlé ses vers à ceux de son ami, parlant d’ une atroce vendange…
Le Vin des Poètes est parfois chose étrange.
Le premier vin est vin rosé Il est doux comme un enfant tendre
Le second vin est robuste Comme la voix d’un marinier
Le troisième est une topaze Incendie et coquelicot
Pablo Neruda
IL SE FAIT TOUT A COUP PAR LE CIEL…
… Je parle de la terre une fois de plus qui nous a
Trahis…
Terre du peuple où mes genoux s’appuient terre du peuple où je meurtris ce front d’orgueil terre du peuple sans pardon terre du peuple ma patrie
Sourde à mon chant sourde à mon cœur à ma parole ô bien-aimée ainsi que toute bien-aimée
Sourde à l’amour de toi qu’humblement je t’apporte
Pablo donne-moi la main je me perds entre tous ces mots pareils et différents qui semblent fausses portes
Que disais-tu Pablo de ces pieds dans le vin
De ces pieds qui foulaient les raisins de l’automne
Ce vin qui naît des pieds du peuple.
Ah ce n’est pas le vin qui naît des pieds du peuple
Mon ami mais c’est notre sang
Palpe la nuit palpe la pluie palpe tes pleurs
Nous sommes neige d’or naissant
Ô poésie
Nous sommes cette sorte atroce de vendange
Nous sommes le chant égorgé
Nous sommes cette fin du monde cette danse
De septembre
Ô pressoir ô tambour cruel ô pitié de mon ventre
Et pas un vers n’est autre chose que le cri…
(à suivre)
Intermède 11 : La souscription pour le Vin des Poètes
- un CD de 13 titres dits et chantés par l’auteur (poèmes de Baudelaire, Apollinaire, Dimey, Ponchon, Desnos, Couté, Valery, Brassens, Panard, Omar Khayyam, Jean Cévenol,…, arrangements de Gilbert Maurin)
- un livre, abondamment illustré, qui décline une large part de ce que le vin a inspiré aux poètes, aux écrivains, aux chansonniers…
Comme nous l’avons fait depuis le mois d’octobre dernier, nous vous le proposons à nouveau en souscription.
Prix public : 35 € – prix souscription : 30 €
Bon de commande (à adresser à l’Acte Chanson BP 44136 – 34091 cedex 5) :
NOM………………………………………………………………………………………………………………………………………PRENOM …………………………………………………………………………………………………………………….
ADRESSE……………………………………………………………………………………………………………………..
TEL…………………………………………MEL……………………………………………………………………………
Veuillez me réserver…………exemplaire(s) du livre-disque « Le Vin des Poètes ».
Ci-joint un chèque de………….x 30 € =…………….€ (Nous consulter au-delà de 5 exemplaires)
Date et signature :………………………………………………………………………………………………………
