Cie de création et de diffusion de spectacles vivants – Montpellier

Le vin des poètes

Publication en une vingtaine d’épisodes – comme un véritable feuilleton donc – du livre-disque éponyme de Jacques Palliès

On sait la minutie avec laquelle Christian Stalla construit ses toiles. Dans le fourmillement qui le caractérise, personnages, situations, attitudes, sont longuement étudiés avant de prendre place sur la grande agora que constitue le tableau… Ainsi aujourd’hui ces deux études pour son « Saint-Saturnin de Lucian ».

Philippe FORCIOLI

« A pas de loup, à plume d’oiseau, à voix de sarment et de source, il a fait de la chanson son territoire d’homme libre. » (Anne-Marie Paquotte – Télérama)

Amoureux des Lettres, de la nature et de la Corse, un petit peu des Corbières aussi, enfant de Brassens et de Félix Leclerc, depuis plus de trente ans Philippe Forcioli roule sa bosse poétique aux quatre vents, indifférent aux tentations du showbiz comme au flux des modes.

Chanteur par excellence de la connivence, de la complicité avec le public, il aime plus encore cette même connivence et cette même complicité avec dame Nature et c’est dans cette sorte d’idéal qu’il a croisé la route du vin, à hauteur d’hommes !

[audio:http://www.actechanson.fr/wp-content/upload/Vendémiaire-Philippe-Forcioli1.mp3|titles=Vendémiaire – Philippe Forcioli] 

VENDEMIAIRE 

Je suis de race d’hommes Ouverts sur le côté

Si je meurs à l’été Je renais en automne

Les raisins des vendanges Me font ressusciter

Il me plait de chanter À la vigne louange

 

Ah les vignes Au petit matin

Soleil cligne Au creux des chemins

On est là pour se jeter Sur les grappes comme des bêtes

Elles ont la hanche fluette Et le sein lourd dans la main

 

Je trépigne comme un jouvenceau C’est ma ligne

Qu’on me donne un seau À pleine gueule que je l’emplisse

De tous ces petits soleils bruns Que 9a saigne que ça pisse

La boucherie va son train

 

Vin vin Sang de la misère

Vin vin Cœur du grand mystère

Le Christ qui t’a béni Il avait bon goût pardi

Il savait l’âme humaine L’enfer et le paradis

Vin vin Cul de la bouteille

Vin vin Larmes de la treille

Je perlerai mes sanglots Au ballon de tes voyages

Et riant de mes mirages Je roulerai dans le caveau

Je m’en tape C’est la fête ici

Tournez grappes Jusque dans mon lit

J’en ai brassé des myriades Constellations de raisins

Des entailles aux doigts des mains Me rappellent la bataille

Grasse ivresse Aux guirlandes d’or

Joie paresse Et caresse encore

J’suis moitié gréco-latin Dyonisiaques et bacchanales

Moitié judéo-chrétien À Cana j’étais à table

 

Vin vin Sang de la misère

Vin vin Cœur du grand mystère

Allah et ses interdits Et yoga et ses régimes

Ah ça jamais je le crie N’arracheront ma feuille de vigne

Vin vin Cul de la bouteille

Vin vin Larmes de la treille

Je perlerai mes sanglots Au ballon de tes voyages

Et riant de mes mirages Je roulerai dans le caveau

 

Tournez tournez tonneaux Sifflez gargantes à tous les pots 

À tire-larigot oh oh oh À tire-larigot

 

Un vent des anges M’a décoiffé

Sont-ce des vendanges de malignes fées

Qui m’auraient versé dans le coteau

Oh oh oh

Pour tirer de ma glotte Chansons de poivrot

 

Vigneronne trinquons à l’amour

Viens luronne Il nous reste un jour

Sur un lit de feuilles rousses De mousse ou de champignons

Te croquerai le menton La Madelon faisait carrousse

 

Viens viens Novembre s’approche

Viens viens Soleil s’effiloche

Viens viens  Cache-toi dans ma poche

Viens viens Nous ferons les cloches

 

Je suis de race d’hommes Ouverts sur le côté

Si je meurs à l’été Je renais en automne

Les raisins des vendanges Me font ressusciter

Il me plait de chanter

 

Allain LEPREST

Si le vin n’avait pas existé, Allain Leprest l’aurait inventé. Lui qui fut le plus grand auteur, récent, de chansons françaises a toujours eu un rapport très fort avec le vin.

Déjà en son adolescence il écrivait dans Madola, chanson écrite avec son ami Fabrice Plaquevent (Julien Heurtebise) et publiée dans le disque « Chansons du temps qu’il fait » : Encore un verre j’arrive, encore un verre personne poinçonne mon billet dans les charters du spleen…

Ces charters qui ont fini par s’envoler et disparaître avec le poète.

[audio:http://www.actechanson.fr/wp-content/upload/Le-temps-de-finir-la-bouteille-Allain-Leprest.mp3|titles=Le temps de finir la bouteille – Allain Leprest]

 

LE TEMPS DE FINIR LA BOUTEILLE

J’aurai rallumé un soleil
J’aurai réchauffé une étoile
J’aurai reprisé une voile
J’aurai arraché des bras maigres
De leurs destins mille enfants nègres
En moins de deux, j’aurai repeint
En bleu le coeur de la putain
J’aurai renfanté mes parents
J’aurai peint l’avenir moins grand
Et fait la vieillesse moins vieille
Le temps de finir la bouteille

Le temps de finir la bouteille
J’aurai touché la double paye
J’aurai ach’té un cerf-volant
Pour mieux t’envoler, mon enfant
Un lit doux et un abat-jour
Pour mieux l’éteindre mon amour
Dans une heure, un litre environ
J’aurai des lauriers sur le front
Je s’rai champion, j’aurai cassé
La grande gueule du passé
Ca s’ra enfin demain la veille
Le temps de finir la bouteille

Le temps de finir la boutanche
Et vendredi sera dimanche
J’aurai planté des îles neuves
Sur les vagues de la mère veuve
J’aurai dilué la lumière
Dans la perfusion de grand-mère
J’aurai agrandi la maison
Pour y loger tes illusions
J’aurai trouvé du pain qui rime
Avec des pièces d’un centime
Rire et pleurer, ce s’ra pareil
Le temps de finir la bouteille

Le temps de finir la bouteille
Et chiche que la poule essaye
De voler plus haut qu’un gerfeau
Chiche que le vrai devient le faux
Que j’abolis le noir, le blanc,
La prochaine guerre et celle d’avant
Les adjudants de syndicats
La soutane des avocats
Les carnets bleus du tout-Paris
Le dernier-né du dernier cri
La force, le sang et l’oseille
Le temps de tuer la bouteille
Le temps de tuer la bouteille

Le temps de finir la bouteille
Je t’aurai recollé l’oreille
Van Gogh et tué le corbeau
Qui se perche sur ton pinceau
Encore un pleur, encore un verre
La rue marchera de travers
Le vent poussera mon voilier
Je serai près de vous à lier

Tout au bout de la ville morte
Des loups m’attendront à la porte
J’voudrais qu’mes couplets les effrayent
Le temps de tuer la bouteille

 

L’écriture d’Allain Leprest est à la fois ce batonnet qui pétille sur le gâteau des fêtes d’enfants et l’explosif que le résistant accroche aux piliers d’un pont à l’approche du convoi ennemi…

Allain Leprest qui nous a quitté en août 2011, écrivait comme Paul Fort « cultivait ses pommes », comme une évidence qui parcourait toute la partition des émotions humaines, les bonheurs comme les drames, c’est à dire aussi les jeux et les joies. 

 [audio:http://www.actechanson.fr/wp-content/upload/17-AudioTrack-17.mp3|titles=17-AudioTrack 17]

Chanté par Gérard Pierron

OU VA LE VIN QUAND IL EST BU

1- Où va le vin quand il est bu 

A Miami à Malibu

Qu’importe les pissotières du monde

Quand le tonneau lâche la bonde

Les saisons s’en trouvent repues

Où va le vin quand il est bu

 

2- Quand il est bu où va le vin 

Dans un caniveau, un ravin

Il faut bien que ton cœur s’abreuve

Que la rivière enfante un fleuve

Ce que la Garonne devint

Quand il est bu où va le vin

 

3- Le vin bu sait-on où il va 

En Jamaïque ou en Java

Ainsi nos os au cimetière

Il retourne arroser sa terre

Comme le raisin en rêva

Le vin bu sait-on où il va

 

4- Où va le vin quand il est bu

On pourrait croire qu’il est bu

Au lieu où nos baisers se forgent

Redescendre dans notre gorge

A l’endroit pile où il a plu

Où va le vin quand il est bu

 

5- Où va le vin quand il est bu

Me vient un dessin de Cabu

Qui peignait Eugène Bizeau

Né vigneron dans le berceau

Mort à cent cinquante guère plus

Où va le vin quand il est bu

 

6- Quand il est bu où va le vin

Le buveur n’est pas un devin

Terres en friche ou terres riches

Quand on se le trinque on s’en fiche

Moi je m’en fous j’écris des vers

Qui veut le savoir offre un verre

 

Gérard PIERRON

On l’a vu dans les pages qui précèdent : les chanteurs « connus » qui ont célébré le vin sont finalement assez nombreux,…, comme s’il s’agissait d’une sorte de passage obligé pour affirmer son… humanité… libre…

Parmi eux Gérard Pierron, qui n’est certes pas le plus connu, occupe une place tout à fait particulière, celle d’avoir consacré toute une partie de sa vie d’artiste et d’homme à ces célébrations dont le but est de nous grandir et non de nous réduire à quelques veuleries, d’aller chercher en nous les signes, même les plus ténus, de ce qui fait la grandeur des hommes et non ce qui les rabaisse à de pâles instincts…

Cette chanson d’Yves Sandrier qui a donné son nom à l’album de Gérard Pierron en est la belle illustration.

[audio:http://www.actechanson.fr/wp-content/upload/Chante-vigne-chante-vin.mp3|titles=Chante vigne chante vin] 

CHANTE VIGNE CHANTE VIN

Ce soir-là j’avais du bon temps

Un bel amour à mes côtés

Les rayons du soleil couchant

Au fond de mon verre étoilé

Ce beau soir-là je voulais vivre

Loin de ce que j’avais connu

Ce soir-là j’étais un peu ivre

Plus que je ne l’aurais voulu

 

Chante vigne chante vin

Chasse la peine des hommes

chante vigne chante vin

la vraie chanson de l’automne

sans la vigne sans le vin

ce beau soir-là ne vaudrait rien

 

Autour de moi comme à la foire

La terre se mit à tourner

Donc il aurait fallu ce soir

Etre ivre mort pour en douter

C’est que le ciel était si pur

C’est que le vent m’était si bon

C’est que la grappe était si mûre

Et le baiser tellement long

 

Chante vigne chante vin

Chasse la peine des hommes

chante vigne chante vin

la vraie chanson de l’automne

sans la vigne sans le vin

mon amour ne vaudrait rien

 

Pardonne-moi ma tant aimée

Si ce soir-là je n’ai pas su

Du vin nouveau de ton baiser

Lequel des deux valait le plus

Tu l’oublieras ta jalousie

Si tu savais si tu savais

Comme ce soir de sa magie

Le vin nouveau t’embellissait

 

Chante vigne chante vin

Chasse la peine des hommes

chante vigne chante vin

la vraie chanson de l’automne

sans la vigne sans le vin

ma chanson ne vaudrait rien

ma chanson ne vaudrait rien

Le temps des chansons continue : quand boire est le lieu de toutes les nostalgies…

Francis LEMARQUE 

« A Paris », « Marjolaine », « Quand un soldat »… tels sont quelques uns des titres de chansons attachés au nom de Francis Lemarque qui – près de dix ans après sa mort – demeure encore un des grands noms de la chanson française.

Dans ses plongées dans la capitale qu’il a chantée mieux que personne, il ne pouvait que s’arrêter dans un de ces multiples bistrots qui accompagnaient alors le Paris populaire.

[audio:http://www.actechanson.fr/wp-content/upload/Le_Bar_Du_Dernier_Verre.mp3|titles=Le_Bar_Du_Dernier_Verre]

AU BAR DU DERNIER VERRE

Au bar du dernier verre, un soir

Que j’étais seul, j’ai cru revoir

Comme à travers un vieux miroir

Tous les amis de ma jeunesse

Aucun ne paraissait me voir

Cette nuit-là, j’ai bu sans cesse

Au bar du dernier verre, un soir

Que j’étais seul, j’ai cru revoir

 

{Refrain:}

Amis, buvons

Comme au beau temps

De nos vingt ans

Amis, buvons

Comme naguère

Si l’un seul de vous m’est rendu

Rien n’est perdu

Amis, buvons

Un dernier verre

Amis, buvons 

J’ai bu jusqu’au petit matin

A leur santé, d’un air lointain

Le miroir n’avait plus de tain

Ils semblaient m’attendre derrière

Et souriaient d’un air lointain

Pour chacun, j’ai levé mon verre

Buvant jusqu’au petit matin

A leur santé, d’un air lointain

{au Refrain} 

Peut-être bien qu’ils étaient morts

Il pleuvait doucement dehors

Et j’emportais comme un remords

Ma solitude et ma misère

Quand j’ai laissé mes amis morts

Ce soir, au bar du dernier verre

Il pleuvait doucement dehors

Et j’emportais comme un remords

{au Refrain} 

Mes amis, je vois le temps

De nos vingt ans

Glisser dans l’ombre et la poussière

Aucun de vous ne m’est rendu

Tout est perdu

Mais je veux boire encore un verre

Le dernier verre

Au temps perdu

Au temps perdu

 

Claude NOUGARO

Quelle étrange chanson que cet impossible hommage à un clochard, même pas céleste, et dont le vin, l’impossible pinard-vinasse que nous ne connaissons plus, accompagne la déchéance !

L’ivresse a souvent été présente dans les chansons de Claude Nougaro – on se souvient bien sûr de « Je suis saoul » – mais rarement (et aussi violemment) autant que dans ce pauvre Clodi Clodo où elle atteint un tel degré de destruction, presque d’inhumanité…

Permettez-moi de ne pas me demander pourquoi et de considérer cette chanson passant dans ces pages comme les Grecs, au milieu des orgies, faisaient apporter un cadavre : pour ne pas oublier la condition humaine ! 

[audio:http://www.actechanson.fr/wp-content/upload/Clodi_Clodo.mp3|titles=Clodi_Clodo]

CLODI CLODO

Litron dans la poche, traînant la galoche
Voici que s’approche le clodo
Tous les quinze mètres, minute, il s’arrête
Pour visser sa tête à son goulot
Sur un banc bien stable de l’avenue Junot
Il se met à table, sort son livarot
Et malheur aux mouches, qui ont l’eau à la bouche
Il fait toujours mouche, il les tue d’un rot
Clodi Clodo

Ensuite il allonge sa carcasse et plonge
Plein comme l’éponge l’est de l’eau
Dans une ronflette avec sa liquette
Hors de sa braguette anti-porno
Car pour lui le sexe, c’est plus qu’un tuyau
Fait pour qu’on déverse du champagne chaud
Car pour lui, la femme, c’est plus au programme
De sa vie d’infâme chiqueur de mégots
Clodi Clodo

A part cette garce, harnachée de crasse
Dont la seule grâce, le seul joyau
C’est qu’elle semble faite pour payer les fêtes,
Sauciflard, baguette, tord-boyaux
Parfois il l’entraîne voir couler le flot
Du fleuve la Seine au pont Mirabeau
Quand la lune, jaune camembert, se donne
Ses airs de madone d’avant Apollo
Clodi Clodo

Soyons bonne poire, versons un pourboire
Dans la patte noire du clodo
Pendant que tout foire, lui sur la mer Noire
De son rouge pinard, ho hisse et ho
Il craque et titube comme un vieux rafiot
En gueulant un tube de tuberculo
Litron dans la fouille, traînant sa gadouille
Il part en quenouille dans l’avenue Junot
Clodi Clodo
Clodi Clodo

 

 JULIETTE 

Je me souviens de la première fois où j’entendis Juliette : nous étions douze dans une toute petite salle de Montpellier et c’était… fascinant !

Quelques centaines de milliers de spectateurs après, elle est toujours l’une des plus étonnantes chanteuses d’aujourd’hui, et aucun sujet ne lui est étranger : surtout pas le vin

 !

[audio:http://www.actechanson.fr/wp-content/upload/04-Létoile-Rouge.mp3|titles=04 L’étoile Rouge]

L’ETOILE ROUGE

Au bar de l’Étoile Rouge
Il y a bien longtemps
Je servais des canons de rouge
Aux potes à maman
Ça s’enivrait à la gloire
Du kir et des communards
Rêvant du Grand Soir
Je m’souviens de Vassiliev
Parti en dix-sept à Kiev
Donner vie au rêve
Pauvre moujik qui, autrefois,
N’possédais pas même tes mains
Il ne te resta qu’un bras
Au moins, c’était le tien

Gais rossignols
Cerises et carmagnoles
Quels choeurs, quels luths
Rechanteront ces luttes
Pour ressusciter les Rouges
Du bar de l’Étoile Rouge ?

C’est en trente-six que Pablo
S’en alla bâtir
L’avenir et les châteaux
Sur l’Guadalquivir
Il tomba sous la mitraille
En braillant à plein poitrail
« Ay Carmela ay ! »
Puis Anna chez Benito
A fait changer le tempo
Ô bella ciao, ciao, ciao !
L’hymne eut raison de l’idole
Bottes en l’air et nez au sol
Mais toutes ces cabrioles
Rendirent Anna folle

Et mon index
Trempé dans le Jerez
Sur le mur blanc
Traça « No pasaran »
En hommage à tous les Rouges
Du bar de l’Étoile Rouge

Au bar de l’Étoile Rouge
Reste plus que moi
Une vieille que les canons d’rouge
Ne mettent plus en joie
Il y a toujours sur le mur
Écrit le cri des purs et durs
Mais chacun s’en moque
« No pasaran, c’est du passé ! »
Me disent des clients pressés
Faut changer d’époque
Mais même si ce goût de goulag
Dans mon verre en cristal de Prague
M’a tiré des pleurs
L’avenir est-il si radieux
Que l’on oublie celles et ceux
Qui l’ont rêvé meilleur ?

Anna, Pablo,
Vassiliev, de là-haut
De tout là-haut
Prév’nez vos petits frères
Que le bar
Même tard
Restera ouvert

 

Anne SYLVESTRE

Bourguignonne, comme Colette, Anne Sylvestre (que l’on appelait alors la « Brassens en jupons ») a manifestement sacrifié avec plaisir et connivence au rite de la chanson sur le thème du vin.

Nous n’étions alors il est vrai qu’au milieu des années 60 et on pouvait, sans crainte de la maréchaussée, avouer sa passion pour la dive bouteille… Déjà elle écrivait : Je m’effraye qu’on ne sache plus, merveille, boire un coup… Que dirait-elle aujourd’hui ? Peut-être après tout qu’on ne connaît guère de poète ou de chansonnier qui ait revendiqué d’être sponsorisé par le Ministère de la Santé…

Heureusement !

COMME MON GRAND-PERE LOUIS

Comme mon grand-père Louis

Saluant d’un chapeau digne

Ses arpents de pieds de vigne

Reconnaissant, ébloui

Comme mon grand-père qui 

Devant un crû de Bourgogne

Se découvrait sans vergogne

Avec le sérieux requis

Je voudrais modestement

Esquisser quoiqu’on en pense

La petite révérence

Que m’apprirent mes parents

Car bien que je ne sois vieille

Que de trente et pas beaucoup

Quand j’y pense, je m’effraye

Qu’on ne sache plus, merveille,

Boire un coup !

 

Comme mon grand-père Louis

Composant avec science

De subtiles alliances

Entre Pommard et Rôti

Comme mon grand-père qui

Ne recevait à sa table

Que de vrais buveurs capables

Que des gosiers aguerris

Je voudrais pieusement

Rappeler qu’en mon enfance

Je m’y tenais vaillamment

Car…

 

Comme mon grand-père Louis

Faisant creuser dans la pierre

Bien avant sa maison mère

Une cave et ses replis

Comme mon grand-père qui

A nous sa progéniture

Apprit la grande aventure

Des raisins de son pays

Je voudrais à tout venant

Me vanter d’avoir en cave

Deux ou trois bouteilles graves

De riches bourgs triomphants

Car…

 

Comme mon grand-père Louis

Comme Albert à qui je ressemble

Et qui reposent ensemble

Sur la colline fleurie

Où il fit coucher aussi

Pour les côtoyer sous terre

Madeleine et Philibert

Et la très douce Marie

Je voudrais finalement 

M’y coucher un jour, pareille

A une quelconque bouteille

Mais pourtant en attendant

Sans rien avoir d’un ivrogne

Je voudrais qu’on sache enfin

Qu’on peut être de Bourgogne

Qu’on peut aimer sans vergogne

Le bon vin

Car…

(à suivre)

 

Ouvert depuis juillet 2009 le Sentier du vin des poètes parcourt le terroir des vins de Saint Saturnin. Créé à l’initiative de la Cave coopérative il donne depuis à découvrir le travail des vignerons du crû dans des paysages magnifiques où vigne et garrigue mêlent leurs moutonnements, où ciel et pierre se conjuguent dans des mariages colorés splendides, où modernité et tradition se rejoignent dans l’humain… Il faut aller parcourir ce chemin qui, au travers du vignoble, vous mène de Max Rouquette à Pierre Reverdy, d’Antonio Machado à Omar Khayamm, de Frédéric Mistral à Virgile…

Renseignements :

Les Vins de Saint-Saturnin 34725 Saint-Saturnin-de-Lucian. Tel : 04 67 96 61 52  Mel ; contact@vins-saint-saturnin.com

Les Quatre Barbus

 Ils s’appelaient Jacques Trisch, Marcel Quinton, Pierre Jamet et Georges Thibaut… et c’étaient les Quatre Barbus, un de ces groupes vocaux (tels encore Les Frères Jacques) nés dans l’immédiat après-guerre et qui entendaient porter auprès du plus grand nombre la chanson comique de qualité.

Appréciées à la fois par les publics populaires et par les intellectuels, leurs chansons, traditionnelles, paillardes, ou même anarchistes, étaient en effet drôles et intelligentes.

Comme tant d’autres ils furent balayés par la vague yéyé. La chanson que nous donnons ici est un chant traditionnel venu de Haute Bourgogne.

[audio:http://www.actechanson.fr/wp-content/upload/Les-4-barbus-Ah-que-nos-pères-etaient-heureux.mp3|titles=Les 4 barbus – Ah ! que nos pères etaient heureux]

 

AH ! QUE NOS PERES ETAIENT HEUREUX

Ah! Que nos pèr’s étaient heureux
Ah! Que nos pèr’s étaient heureux
Quand ils étaient à table
Le vin coulait à flot pour eux
Le vin coulait à flot pour eux
Ça leur était fort agréable!

Refrain :
Et ils buvaient à pleins tonneaux
Comme des trous
Comme des trous, morbleu!
Bien autrement que nous, morbleu!
Bien autrement que nous!

Ils n’avaient ni riches buffets
Ils n’avaient ni riches buffets
Ni verres de Venise
Mais ils avaient des gobelets
Mais ils avaient des gobelets
Aussi grands que leur barbe grise

Refrain

Ils ne savaient ni le latin
Ils ne savaient ni le latin
Ni la théologie
Mais ils avaient le goût du vin
Mais ils avaient le goût du vin
C’était là leur philosophie

Refrain 

Quand ils avaient quelque chagrin
Quand ils avaient quelque chagrin
Ou quelque maladie
Ils plantaient là le médecin
Ils plantaient là le médecin
L’apothicair’, la pharmacie

Refrain

Celui qui planta le provin
Celui qui planta le provin
Au beau pays de France
Dans l’éclat du rubis divin
Dans l’éclat du rubis divin
Il a planté notre espérance

Refrain 

Boris VIAN

Bien sûr il y eut la mythologie des caves de Saint-Germain-des-Prés, dans l’effervescence de la liberté retrouvée… Il y eut la trompinette et le jazz… une vie intense, multiple, sublimée par la maladie qui le guetta tout au long de ses 39 ans d’existence et qui finit évidemment par l’emporter… Mais c’était bien la maladie, pas les excès.

Car Boris Vian était aussi un homme très organisé qui sut mener de front les multiples taches qu’il s’était fixées : écrire (il faut relire ses romans), composer (avec Henri Salvador cela donna des dizaines de titres), chanter, inventer, aimer… vivre !

 [audio:http://www.actechanson.fr/wp-content/upload/Boris-Vian-Je-bois.mp3|titles=Boris Vian – Je bois]

JE BOIS

Je bois
Systématiquement
Pour oublier les amis de ma femme
Je bois
Systématiquement
Pour oublier tous mes emmerdements

Je bois
N’importe quel jaja
Pourvu qu’il fasse ses douze degrés cinque
Je bois
La pire des vinasses
C’est dégueulasse, mais ça fait passer l’temps

La vie est-elle tell’ment marrante
La vie est-elle tell’ment vivante
Je pose ces deux questions
La vie vaut-elle d’être vécue
L’amour vaut-il qu’on soit cocu
Je pose ces deux questions
Auxquelles personne ne répond… et

Je bois
Systématiquement
Pour oublier le prochain jour du terme
Je bois
Systématiquement
Pour oublier que je n’ai plus vingt ans

Je bois
Dès que j’ai des loisirs
Pour être saoul, pour ne plus voir ma gueule
Je bois
Sans y prendre plaisir
Pour pas me dire qu’il faudrait en finir…

 

Ricet BARRIER

C’est en 1958 que le nom de Ricet Barrier apparaît pour la première fois parmi les chanteurs, auteurs-compositeurs, connus et reconnus de notre pays. Grâce à La servante du château il accède à la notoruété et débute une carrière qui, hier encore, à plus de 80 ans, l’amenait sur la plupart des grandes scènes françaises.

La chanson que nous donnons ici date de 1978 et la musique, comme souvent avec Ricet, est signée Bernard Lelou.

L’écriture de ce livre se terminait quand nous avons appris la disparition de Ricet Barrier. Au-delà du choix d’une chanson , ayons une pensée pour ce chanteur atypique qui a marqué son temps.

 

BACCHUS BOURREE

(parlé) Bacchus, Dieu du vin et de l’inspiration,
De la vigueur féconde et de la procréation.
Né du Feu, élevé par la Pluie,
C’est le Dieu des plaisirs de la Vie.
Il vide les tonneaux et remplit les vessies,
Fait rire les chameaux et pleurer le Messie.

 

Quand on fait la fête, qu’on est un peu bourré,
Qu’on trouv’ la vi’ belle et les fill’s à croquer,
Pour peu qu’un guitareux se mette à la gratter,
Ça y est c’est parti, Bacchus est arrivé …

 

Refrain : La Bourré’, la bourré’ qui balance,
La bourré’ des bourrés, c’est Bacchus qui la danse
Et tout en louvoyant de barrique en jupon,
Il goutte le bon vin et les jolis tétons.

 

La bourré’ fait sauter les fillettes,
Bacchus, l’oeil allumé, leur verse une piquette
Et dans la vigne au vin, dans le creux d’un sillon,
L’entonnoir à la main, il trousse leur cotillon.

 

Bacchus aime tout excepté … Le thé !
Il boit toujours en société, Santé !

 

Débondez les tonneaux, percez les barillets,
Allez, tous au goulot et videz les pichets,
Quand on voit la vie
Couleur de paradis,
On est bon pour danser
La Bourré’ des bourrés.

Refrain 

La Bourré’ chasse tous les soucis,
La Bourré’ des bourrés vous fait voir du pays.
Dans les fumé’s du vin,
Le pauvre a des écus,
Les moines sont coquins
Et contents les cocus !

 

Bacchus ne connaît qu’un fléau C’est l’eau !
Un seul pays a sa confiance, La France !

 

Bacchus est malicieux,
En vidant les tonneaux
Il pouss’ les amoureux à remplir les berceaux,
Mariage ou enterrement,
Ca finit en buvant,
Les jamb’s en compote,
Mais l’printemps dans la culotte !

 

Des goguettes aux comiques troupiers…

Charles GILLE

Alors qu’au coeur du 19ème siècle, la bourgeoisie étend son emprise économique et politique sur la société française, dans les goguettes mûrit l’esprit révolutionnaire. Charles Gille qui a vingt ans en 1840 est un de ces « goguettiers » qui confèrent à la chanson une véritable mission éducatrice : « Le grand peuple se réveille aux refrains du cabaret » écrit-il.

Vivant le plus souvent dans la misère, pourchassé par la police, il subsiste maigrement grâce à divers métiers toujours provisoires… et peu rémunérateurs. Fatigué, démoralisé, il finit par se suicider le 24 avril 1856. Il laissait derrière lui 150 chansons « une oeuvre qui compte dans l’histoire littéraire et philosophique du 19ème siècle et qu’il faut sauver de l’oubli ».

LE CABARET DE RAMPONNEAU

Nous  allons à la Courtille,

N’en soyez pas étonnés.

Femme, laisse ta mantille,

Moi, mes habits galonnés.

Le casaquin des bourgeoises

Pour cet endroit est trop beau

    (Refrain)

 Vivent les chansons grivoises

Et le vin de Ramponneau.

 

C’est la… Regardez ces bandes

De buveurs autours des pots ;

On jurerait des guirlandes

De rouges coquelicots.

Point de figures sournoises,

De cafards, surtout pas d’eau.

(Refrain)

On y voit aussi des femmes

Venir avec leurs maris ;

Haut, tout haut, trop haut, ces dames

Les appellent leurs chéris,

Car de l’hymen ces matoises

Savent élargir l’anneau.

(Refrain)

A la table où l’on regarde

Deux vieux soldats s’étaient mis,

Le vin tapant la cocarde

En a fait deux ennemis.

Baisse le fer que tu croises,

On pleure sur le tombeau.

(Refrain)

Très simples dans leurs toilettes,

Mais avec de bien beau yeux,

Voici de gentes grisettes

Que suivent des amoureux.

Sans diamants, sans turquoises,

La jeunesse est leur joyau.

(Refrain)

Pas de prêtre qui dédaigne

De visiter le dit lieu,

Car on voit sur son enseigne

Le fantôme d’un vieux Dieu.

Il est là, bravant les noises,

A cheval sur un tonneau.

 (Refrain)

Partons… Vêtus en livrée

De grands seigneurs vont venir.

Et bientôt, l’âme enivrée,

Ils oublieront l’avenir.

Grand, ce vilain que tu toises

Sape en riant ton tréteau.

(Refrain)

 

Pierre-Jean de BERANGER

Pierre-Jean de Béranger est un des premiers grands auteurs de chansons révolutionnaires de notre pays !… « L’homme-nation » dira de lui Lamartine, tant il sut se faire l’écho dans ses chansons de la voix du peuple.

Véritable star des goguettes qui fleurissaient alors à Paris (vers le milieu du 19ème siècle) il construisit en fait une œuvre véritable et consciente.

En préface à ses œuvres il écrivait : la chanson devait s’élever à la hauteur des impressions de joie ou de tristesse que les triomphes ou les désastres produisaient sur la classe la plus nombreuse. Le vin et l’amour ne pouvaient guère plus que fournir des cadres pour les idées qui préoccupaient le peuple… Ces « vendanges » en sont une parfaite illustration.

LES VENDANGES

BACH

Pourquoi les chansons qui parlent du vin – ici du pinard – échapperaient-elles à l’idéologie dominante ? On est ici dans l’état d’esprit franchouillard qui accompagne les va-t-en-guerre, les généraux toujours triomphants à la veille des batailles, les folliculaires toujours prêts à séduire les puissants…

Ah ! le pinard ! On sait aujourd’hui le rôle qu’il a joué dans le cours de la guerre 14 / 18 : amener les hommes à accepter l’inaccepteble.

« Vive le pinard » a été créé par Bach (interprète de La caissière du grand café, La Madelon) vers 1916 sur des paroles de Louis Bousquet et une musique de Georges Picquet pour servir de chanson de route au 140ème de ligne… Pas d’autres commentaires !

[audio:http://www.actechanson.fr/wp-content/upload/Les-Charlots-Vive-le-pinard.mp3|titles=Les Charlots – Vive le pinard]

Cette chanson mérite-t-elle mieux que cette interprétation par les Charlots ?

VIVE LE PINARD 

Sur les chemins de France et de Navarre
Le soldat chante en portant son bazar
Une chanson authentique et bizarre
Dont le refrain est « Vive le pinard ! »

Refrain:
Un ! deux !
Le pinard c’est de la vinasse
Ça réchauffe là oùsque ça passe
Vas-y, Bidasse, remplis mon quart
Vive le pinard, vive le pinard !

 
Aimer sa sœur, sa tante, sa marraine
Jusqu’à la mort, aimer son étendard,
Aimer son frère, aimer son capitaine,
Ça n’empêche pas d’adorer le pinard

Fier inventeur de la pomme de terre
On a donné ton nom à des esquarres
Mais dis-nous donc alors, que faut-il faire
Pour honorer l’inventeur du pinard ?
Jeune marmot, bois le lait de ta mère
C’est ton devoir, mais songe que plus tard
Cette boisson te paraîtra z’amère,
Un vrai poilu ne boit que du pinard
Le vieux garçon, on s’éloigne à sa vue,
Le vieux laid’ron, on le met z’au rencard,
La vieille bouteille est toujours bienvenue,
Plus il est vieux, plus on aime le pinard

Cèpe des bois, nourriture bien digne
De parfumer le repas d’un Boyard,
Tu ne vaudras jamais le cep de la vigne,
Vu que c’est lui qui donne le pinard.
Dans le désert, on dit qu’le dromadaire
N’a jamais soif, mais c’est des racontars,
S’il ne boit pas, c’est qu’il n’a que d’l’eau claire,
Il boirait bien s’il avait du pinard

On tue les poux avec l’insecticide,
On tue les puces avecque du coaltar,
On tue les rats avecque des acides
Et le cafard en buvant du pinard 

On tend l’jarret pour avoir de l’allure,
On tend des pièges pour prendre le renard,
On tend son arc pour avoir la main sûre,
Moi j’tends mon quart pour avoir du pinard   
Si vous avez compris ma chansonnette
Je vous en prie, ne soyez pas flemmards,
Prouvez-moi-le en chantant z’à tue-tête
Le gai refrain de « Vive le pinard ! »

Tous en coeur !

au Refrain

 

GEORGIUS 

 

Georgius et Trémolo sont à l’oeuvre dans cette chanson datée de 1937… et qui raconte donc une mise en bouteille plutôt particulière dans un château bordelais. Sur une musique très alerte, dansante presque, Georgius est au meilleur de sa forme (c’est l’époque où il triomphe avec Au lycée Papillon ), juste grivois ce qu’il faut à l’heure où le Front Populaire est en train de perdre la rue et où, en Espagne, l’Histoire prépare quelques unes de ses pages les plus sombres.

[audio:http://www.actechanson.fr/wp-content/upload/Georgius-La-Mise-En-Bouteille.mp3|titles=Georgius – La Mise En Bouteille]

LA MISE EN BOUTEILLE AU CHATEAU

Où diable cours-tu si vite,
Jean le tonnelier ?
« Je m’en vais travailler
De mon beau métier
Au château de Bonne Cuite
Je vais mettre en train
Vingt barriques de vin
Livrées ce matin »

Y a d’ la mise en bouteille
Au château
Du bon jus de nos treilles
De Bordeaux
Pour respecter les tonneaux,
Faut avoir l’âme d’un héros
Y a d’l a mise en bouteille
Au château
Où vas-tu donc, père Gustave
Et Louis, le chauffeur,
Vous, soubrettes en fleur,
Et toi, le facteur ?
« Nous descendons à la cave
Jeter un regard
Et goûter le nectar
De ce vieux renard »
    
Y a d’ la mise en bouteille
Au château
Du bon jus de nos treilles
De Bordeaux
Mais l’bon vin, quand il fait chaud,
Fait bouillonner du chapeau
Y a d’ la mise en bouteille
Au château
V’là huit jours, c’est fantastique !
Qu’ils n’sont point r’montés
Dit l’châtelain, j’vais y aller
Voir c’ qui s’est passé…
Mais derrière mes barriques
Quels sont ces soupirs,
Ces baisers, ces gros rires ?
Qu’est-ce que ça veut dire ?
 
Y a d’ la mise en bouteille
Au château
Du bon jus de nos treilles
De Bordeaux
J’ crois qu’ les garçons du hameau
Ont dû s’tromper de goulot
Y a d’ la mise en bouteille
Au château
Tu n’as plus le pas rapide
Mais bien chancelant
D’où viens-tu, Père Jean
Au nez flamboyant ?
« Ça y est, mes tonneaux sont vides
Hélas, je ne puis
Dire qu’il en est ainsi
Des filles du pays »
 
Y a d’ la mise en bouteille
Au château
Du bon jus de nos treilles
De Bordeaux
Les soubrettes en prirent trop
Elles ont le ventre un peu gros
Y a d’ la mise en bouteille
Au château
Silence, Messieurs et Mesdames !
Le vieux médecin
Va nous donner, enfin,
Le mot de la fin
« Apprenez, c’ n’est pas un drame
Que depuis tantôt
Il y a au château
Douze petits jumeaux »
 
Y a d’ la mise en bouteille
Au château
Ils aimeront nos treilles
Et l’ bordeaux
Car ils ont tous des marmots
Déjà douze petits pipeaux
Y a d’ la mise en bouteille
Au château
 

(à suivre)

Heureuse initiative que celle du Musée fabre à Montpellier qui, une fois par mois, accueille gratuitement le public. Au menu de ce dimanche écoulé : la vigne et le vin dans les collections du Musée… Pensez si j’y ai couru! Pensez si j’ai été déçu!

7 tableaux en tout et pour tout, pour l’essentiel des 16ème, 17ème et 18ème siècles, des écoles hollandaise et flamande, c’est sans doute passionnant pour mieux comprendre les différences entre catholiques et protestants, pour mieux connaître aussi les standards de la Bible (les Noces de Cana ou les Filles de Loth…),… , mais pour le vin, faudra revenir une autre fois, quand la politique d’acquisition du Musée aura changé et se voudra aussi à l’écoute d’une région, d’une économie, d’une passion très largement présente dans l’art contemporain, comme le montre ce blog.

Et notamment cette magnifique « Femme au vin » signée Isabelle Marsala. Mais on pourrait également citer Bocaj, Di Rosa, Jacques Rech, Masri et tant d’autres…

Pierre PERRET

Auteur splendide de chansons populaires de grande qualité, avec un  nombre étonnant de « tubes », Pierre Perret a naturellement mis le vin à son répertoire. On est loin certes des Jolies colonies de vacances, de Tonton Cristobal ou de Lily, mais la chanson existe et mérite pleinement sa place ici.

[audio:http://www.actechanson.fr/wp-content/upload/04-Le-Vin.mp3|titles=04 Le Vin]

LE VIN

Si le bon Dieu nous a donné
Dans sa largesse un trou sous le nez
Pour baiser nos maîtresses
Pour compléter son souhait divin
Il voulut qu’on y verse
De temps en temps un verre de vin
Je cherche une fille en vain
Qui m’aime autant que j’aime le vin
Qui boira mon Bourgogne
Et mon Bordeaux mon Saint-Julien
Et leur violente sève
Coulera le feu dans nos reins

REFRAIN:
Claque ta langue
Fille de Bacchus
Contre la mienne
Et gloire à Vénus

Tandis qu’elle goûte à mon Latour
Au Chambertin au Saint-Amour
Sous sa robe vermeille
Elle m’offrira le fin bouquet
De sa divine treille
Au parfum d’ambre et de muguet
J’écouterai le doux babil
Qu’engendre le Mouton-Rothschild
Et ses fraîches papilles
Cajoleront le grand Pétrus
Qui fait jouer aux filles
L’amour sur un stradivarius

REFRAIN

Elle saura se méfier de l’eau
Le nez dans le clos de Vougeot
Ou fleurant la vanille
Dans le gracieux Château Giscours
J’aimerai qu’elle s’habille
De ce parfum pour nos amours
Sortant mes lettres de cachet
Avec le noble Montrachet
La belle peut me rendre
Et en caresses et en bécots
En accolements tendres
Cent fois le prix de son écot

REFRAIN

Qu’un jour nos académiciens
Boivent quelques gouttes de vin
Ils auront le courage
De définir ce mot abscons
Qui est tout à leur image
Il rime avec le frais Mâcon
Si le bon Dieu nous a donné
Dans sa largesse un trou sous le nez
Pour baiser nos maîtresses
Pour compléter son souhait divin
Il voulut qu’on y verse
De temps en temps un verre de vin

REFRAIN

 

Guy BEART

Scientifique diplômé de l’Ecole des Ponts et Chaissées, Guy Béart débute dans la chanson en 1954. Comme la plupart des artistes de l’époque, il se multiplie dans les cabarets parisiens et le succés vient finalement assez vite puisqu’il est Grand Prix du disque de l’Académie Charles Cros dès 1958.

C’est au tout début des années 60 qu’il se consacre à des chansons françaises traditionnelles qu’il adapte au goût du jour et fait chanter à des millions de Français. Ainsi la complainte de ce Brave marin revenu en son auberge et où le vin joue d’évidence un rôle primordial, comme souvent dabns les drames.

[audio:http://www.actechanson.fr/wp-content/upload/Brave-Marin1.mp3|titles=Brave Marin]

Magnifique interprétation par Les Frères Jacques

 

BRAVE MARIN

Brave marin revient de guerre, tout doux (bis)
Tout mal chaussé, tout mal vêtu,
Brave marin, d’où reviens-tu, tout doux.

Madame, je reviens de guerre, tout doux (bis)
Apportez vite du vin blanc,
Que le marin boive en passant, tout doux.

Brave marin se met à boire, tout doux (bis)
Se met à boire et à chanter,
la belle hôtesse soupirait tout doux.

Ah! Dites-moi, la belle hôtesse, tout doux (bis)
Regrettez-vous votre vin blanc
Que le marin boit en passant? tout doux.

C’n’est pas mon vin que je regrette, tout doux (bis)
Mais c’est la mort de mon mari,
Monsieur, vous ressemblez à lui, tout doux.

Ah! Dites-moi, la belle hôtesse, tout doux (bis)
Vous aviez de lui trois enfants,
Et j’en vois quatre maintenant, tout doux.

On m’a écrit de ses nouvelles, tout doux (bis)
Qu’il était mort et enterré,
Que je me suis remariée, tout doux.

Brave marin vide son verre, tout doux (bis)
Sans remercier, tout en pleurant,
S’en retourne à son bâtiment, tout doux.

 

Jacques BREL 

Naturellement plutôt porté sur la bière comme tous les gens du Nord, Jacques Brel a su apprécier le vin et le dire dans ses chansons. Le vin est chez lui un accompagnement indispensable de la fête mais aussi l’exutoire des plus sombres destins; comme dans ce funèbre Dernier repas.

[audio:http://www.actechanson.fr/wp-content/upload/Jacques-Brel-Le-dernier-repas.mp3|titles=Jacques Brel – Le dernier repas]

 Jacques Brel accueilli dans les années 60 par Jean-Pierre Lesigne 

à l’Auberge du Pet au diable, près de Montpellier

 

A mon dernier repas

Je veux voir  mes frères

Et mes chiens et mes chats

Et le bord de la mer

A mon dernier repas

Je veux voir mes voisins

Et puis quelques Chinois

En guise de cousins

Et je veux qu’on y boive

En plus du vin de messe

De ce vin si joli

Qu’on buvait en Arbois

Je veux qu’on y dévore

Après quelques soutanes

Une poule faisane

Venue du Périgord

Puis je veux qu’on m’emmène

En haut de ma colline

Voir les arbres dormir

En refermant leurs bras

Et puis je veux encore

Lancer des pierres au ciel

En criant Dieu est mort

Une dernière fois

 

A mon dernier repas

Je veux voir mon âne

Mes poules et mes oies

Mes vaches et mes femmes

A mon dernier repas

Je veux voir ces drôlesses

Dont je fus maître et roi

Ou qui furent mes maîtresses

Quand j’aurai dans la panse

De quoi noyer la terre

Je briserai mon verre

Pour faire le silence

Et chanterai à tue-tête

A la mort qui s’avance

Les paillardes romances

Qui font peur aux nonnettes

Puis je veux qu’on m’emmène

En haut de ma colline

Voir le soir qui chemine

Lentement vers la plaine

Et là debout encore

J’insulterai les bourgeois

Sans crainte et sans remords

Une dernière fois

 

Après mon dernier repas

Je veux que l’on s’en aille

Qu’on finisse ripaille

Ailleurs que sous mon toit

Après mon dernier repas

Je veux que l’on m’installe

Assis seul comme un roi

Accueillant ses vestales

Dans ma pipe je brûlerai

Mes souvenirs d’enfance

Mes rêves inachevés

Mes restes d’espérance

Et je ne garderai

Pour habiller mon âme

Que l’idée d’un rosier

Et qu’un prénom de femme

Puis je regarderai

Le haut de ma colline

Qui danse qui se devine

Qui finit par sombrer

Et dans l’odeur des fleurs

Qui bientôt s’éteindra

Je sais que j’aurai peur

Une dernière fois.

 

MON ONCLE BENJAMIN

 Ayant abandonné la scène des music-halls, Jacques Brel choisit un jour de s’exprimer au cinéma. Comme acteur certes, mais aussi comme réalisateur (les succès du premier ne présageant pas d’ailleurs des difficultés du second).

Brel acteur ? Sur scène il était déjà le comédien-chanteur par excellence, vivant ses chansons comme personne. A l’écran il se révéla immense dans des rôles certes taillés sur mesure pour lui, mais auxquels il conféra une immédiate et pleine vérité… Ainsi cet Oncle Benjamin que le modeste écrivain Claude Tillier semble avoir écrit spécialement pour lui. Un siècle et demi plus tôt !

Ma foi c’est un triste soldat

Que celui qui ne sait pas boire

 Mon oncle Benjamin, au dire de tous ceux qui l’ont connu, était l’homme le plus gai, le plus drôle, le plus spirituel du pays…

Toutefois mon oncle Benjamin n’était pas ce que vous appelez trivialement un ivrogne, gardez-vous de le croire. C’était un épicurien qui poussait la philosophie jusqu’à l’ivresse et voilà tout. Il avait un estomac plein d’élévation et de noblesse. Il aimait le vin, non pour lui-même, mais pour cette folie de quelques heures qu’il procure, folie qui déraisonne chez l’homme d’esprit d’une manière si naïve, si piquante, si originale, qu’on voudrait toujours raisonner ainsi. S’il eut pu s’enivrer en lisant la messe, il eut lu la messe tous les jours. Mon oncle Benjamin avait des principes : il prétendait qu’un homme à jeun était un homme encore endormi ; que l’ivresse eut été un des plus grands bienfaits du Créateur, si elle n’eût fait mal à la tête, et que la seule chose qui donnât à l’homme la supériorité sur la brute, c’était la faculté de s’enivrer.

 Boire et manger sont deux êtres qui se ressemblent ; au premier aspect, vous les prendriez pour deux cousins germains. Mais boire est autant au-dessus de manger, que l’aigle qui s’abat sur la pointe des rochers est au-dessus du corbeau qui perche sur la cime des arbres. manger est un besoin de l’estomac ; boire est un besoin de l’âme. Manger n’est qu’un vulgaire artisan, tandis que boire est un artiste. Boire inspire de riantes idées aux poètes, de nobles pensées aux philosophes, des sons mélodieux aux musiciens ; manger ne leur donne que des indigestions…

 

(à suivre)

Permettre aux artistes du Languedoc-Roussillon de montrer dans leurs oeuvres le lien (affectif ? esthétique ? gustatif ? émerveillé ?…) qu’ils ont avec le vin, tel est le pari un peu fou lancé par Gérard Bru, le patron du domaine Puech Haut à Saint-Drézery dans l’Hérault. De ce pari sont nés en effet les Bib’Arts, petits tonnelets métalliques dont les surfaces courbes sont devenues les supports d’oeuvres d’art vouées au vin, à la vigne, aux personnages, aux gestes, aux outils, paysages, formes, traits, couleurs qui font notre région…

Un beau projet qui recense aujourd’hui des dizaines d’artistes parmi lesquels, pour la cuvée la plus récente, Bocaj, Lorenzi, Farina, Guyot, Canova, Cosset, Marcor, Zutter… et tant d’autres.

Au fait, qu’on se le dise sans crainte de se tromper : le contenu vaut très bien le contenant !

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