Cie de création et de diffusion de spectacles vivants – Montpellier

Le vin des poètes

Publication en une vingtaine d’épisodes – comme un véritable feuilleton donc – du livre-disque éponyme de Jacques Palliès

 Il y a toujours un bistrot avec un type et une guitare…                      

(Michel Trihoreau)                     

Le temps des chansons, qui est quand même un des principaux temps de ce livre, est enfin arrivé… Qu’on se le dise !

 GEORGES BRASSENS

A tout seigneur tout honneur ai-je envie de dire au moment de commencer ce premier chapitre chanson du « Vin des Poètes ». C’est avec Georges Brassens en effet que j’ai choisi d’ouvrir ces pages, et avec cette chanson qu’il me semble entendre depuis toujours : « Le Vin » ! Est-ce  à cause des racines familiales évoquées dans la chanson ? Plutôt de mes études d’œnologie ? A moins que ce ne soit mon goût pour le vin ?…

 Peu de viticulteurs pourtant du côté de Sète ; plutôt des négociants, à l’exception cependant des vignerons éleveurs de picpoul sur les bords de l’Etang de Thau. Le picpoul, un cépage qui donne un vin blanc sec idéal pour accompagner poissons et coquillages…

 

LE VIN

[audio:http://www.actechanson.fr/wp-content/upload/Le-vin-chanté-par-Jacques-Palliès.mp3|titles=Le vin – chanté par Jacques Palliès]

Avant de chanter Ma vi’, de fair’ des Harangues,

Dans ma gueul’ de bois J’ai tourné sept fois Ma langue…

J’suis issu de gens Qui’étaient pas du gen- re sobre…

On conte que j’eus La tétée au jus D’octobre…

 

Mes parents ont dû M’trouver au pied d’u-ne souche,

Et non dans un chou, Comm’ ces gens plus ou Moins louches…

En guise de sang, (O noblesse sans Pareille !)

Il coule en mon cœur La chaude liqueur D’la treille…

 

Quand on est un sa-ge, et qu’on a du sa-voir-boire,

On se garde à vue, En cas de soif, u-ne poire…

Une poire…ou deux, Mais en forme de Bonbonne,

Au ventre replet Rempli du bon lait D’l’automne…

 

Jadis, aux Enfers, Certe’, il a souffert, Tantale,

Quand l’eau refusa D’arroser ses a- mygdales…

Etre assoiffé d’eau, C’est triste, mais faut Bien dire

Que, l’être de vin, C’est encore vingt Fois pire…

 

Hélas ! il ne pleut Jamais du gros bleu Qui tache…

Qu’ell’s donnent du vin, J’irai traire enfin Les vaches…

Que vienne le temps Du vin coulant dans La Seine !

Les gens, par milliers, Courront y noyer Leur peine…

 

LE BISTROT

[audio:http://www.actechanson.fr/wp-content/upload/Georges-Brassens-le-bistrot.mp3|titles=Georges Brassens – le bistrot]

 

Dans un coin pourri

Du pauvre Paris

Sur un’ place

L’est un vieux bistro

Tenu par un gros

Dégueulasse

 

Si t’as le bec fin

S’il te faut du vin

D’premièr’ classe

Va boire à Passy

Le nectar d’ici

Te dépasse

 

Mais si t’as l’gosier

Qu’une armur’ d’acier

Matelasse

Goûte à ce velours

Ce petit bleu lourd

De menaces

 

Tu trouveras là

La fin’ fleur de la

Populace

Tous les marmiteux

Les calamiteux

De la place

 

Qui viennent en rang

Comme des harengs

Voir en face

La bell’ du bistro

La femme à ce gros

Dégueulasse

 

Que je boive à fond

L’eau de tout’s les fon-

tain’s Wallace

Si dès aujourd’hui

Tu n’es pas séduit

Par la grâce

 

De cett’ jolie fée

Qui d’un bouge a fait

Un palace

Avec ses appas

Du haut jusqu’en bas

Bien en place

 

Ces trésors exquis

Qui les embrass’ qui

Les enlace

Vraiment c’en est trop

Tout ça pour ce gros

Dégueulasse

 

C’est injuste et fou

Mais que voulez-vous

Qu’on y fasse

L’amour se fait vieux

Il n’a plus les yeux

Bien en face

 

Si tu fais ta cour

Tach’ que tes discours

Ne l’agacent

Sois poli mon gars

Pas de geste ou ga-

re à la casse

 

Car sa main qui claqu’

Punit d’un flic flac

Les audaces

Certes il n’est pas né

Qui mettra le nez

Dans sa tasse

 

Pas né le chanceux

Qui dégèl’ra ce

Bloc de glace

Qui fera dans l’dos

Les cornes à ce gros

Dégueulasse

 

Dans un coin pourri

Du pauvre Paris

Sur un’place

Une espèc’ de fée

D’un vieux bouge a fait

Un palace.

 

GRAEME ALLWRIGHT

Lui nous vient de Nouvelle-Zélande, et toujours avec une guitare comme beaucoup en ces temps-là. On lui doit quelques chansons très oenophiles dont il a fait des classiques, de celles qu’on sait sans le savoir et qu’on reprend autour de la table, en famille ou entre amis. Il s’appelle Graeme Allwright… et il chante encore !

Mon pauvre ami tu vois pas clair, le vin t’a trop saoulé.

Ce n’est qu’une vieille casserole que grand-mère m’a donnée

Dans la vie j’ai vu pas mal de choses bizarres et saugrenues

Mais une vieille casserole en feutre ça je n’l’ai jamais vu.

… Ou bien encore cette célèbre « jolie bouteille » sur une musique de Tom Paxton.

[audio:http://www.actechanson.fr/wp-content/upload/Sacree_Bouteille.mp3|titles=Sacree_Bouteille]

 

JOLIE BOUTEILLE

Refrain :

Jolie bouteille, sacrée bouteille

Veux-tu me laisser tranquille

Je veux te quitter je veux m’en aller

Je veux recommencer ma vie

1-J’ai traîné dans tous les cafés

J’ai fait la manche bien des soirs

Les temps sont durs j’suis même pas sûr

De me payer un coup à boire 

Refrain 

2-J’ai mal à la tête et les punaises me guettent

Mais que faire dans un cas pareil

Je demande souvent aux passants

De me pater une bouteille

Refrain 

3-Dans la nuit j’écoute la pluie

Un journal autour des oreilles

Mon vieux complet est tout mouillé

Mais j’ai toujours ma bouteille 

Refrain 

4-Chacun fait ce qui lui plait

Tout l’monde veut sa place au soleil

Mais moi l’m’en fous j’n’ai rien du tout

Rien qu’une jolie bouteille 

Refrain 

 

LEO FERRE

 

Ce n’est certes pas la meilleure chanson de Léo Ferré; pourtant, dit-il : Quand j’vois rouge ça fait jaser… comme si l’artiste ne pouvait jamais oublier ce qu’il est, ni qui il est.

Et comment ne pas noter à propos de cette chanson que Léo Ferré fut aussi vigneron en Toscane et que l’on peut toujours boire le vin issu de ses vignes.

[audio:http://www.actechanson.fr/wp-content/upload/Lame_du_rouquin.mp3|titles=L’ame_du_rouquin]

L’AME DU ROUQUIN

A coups d’ roulis
A coups d’ rouquin
Il n’est pas dit
Qu’ ça fass’ très bien
Moi j’ m’enlumin’ le genre humain
Du tiers du quart
Tout m’est égal
Mais quand l’ cafard
Déball’ ses mall’s
Moi j’ me débin’ jamais trop tard

L’âme du rouquin
C’est comm’ Chopin
Ça gueule un peu
Dégueule en deux
Ça va ça vient
Ça fait coup double
Et l’on s’ dédouble
En deux copains
Ça fait qu’on n’est jamais tout seul
Quand on s’ technicolor’ la gueul’
L’âme du rouquin
C’est comm’ Chopin
Suffit d’en jouer
Pour s’y bercer

Qu’ j’y voye tout blanc
Ou bien rosé
Ça m’fait bon vent
Et bon gosier
Mais quand j’ vois roug’ ça fait jaser
Y’a du canon
Dans la contrée
Ah ! nom de nom !
Quel bien ça fait
Mais quand ça boug’ y’a plus d’ question

L’âme du rouquin
C’est comm’ le pain
Ça fait pousser
Les p’tits français
Ça va ça vient
Ça fait coup double
Et l’on s’ dédouble
En moins de rien
Paraît d’ailleurs qu’on s’rait les seuls
A s’technicolorer la gueul’
Nous on s’en fout
Buvons un coup
Que chante enfin
L’âme du rouquin

 

 (à suivre)

 

Ah ! Vinisud, mesures-tu ta chance de pouvoir écouter cette voix d’un autre temps qui chante le poète Norge et ce magnifique poème « Du temps » que Piermy mit en musique dans les années soixante alors qu’il était élève au Conservatoire national d’art dramatique de Paris…

Merci à Patrick Hannais d’avoir retrouvé dans ses archives cet enregistrement et de nous l’avoir adressé. Encore un peu de vin profond !

[audio:http://www.actechanson.fr/wp-content/upload/Piermy-Du-temps.mp3|titles=Piermy Du temps]

C’est une unité de poids : le gramme, le kilogramme, le…

 

LA DIVE BOUTEILLE

Ici maintenons que non rire mais boire est le propre de l’homme;

et je ne dis pas boire simplement et absolument, car aussi bien boivent les bêtes,

je dis boire vin bon et frais. 

Si j’en crois les spécialistes, le calligramme aurait été inventé au 4ème siècle par Simmias de Rhodes dont nous devons être un certain nombre à ignorer totalement l’existence et l’oeuvre. .. Bien entendu c’est Guillaume Apollinaire qui en est, en France, la référence, avec François Rabelais qui « inventa » avec cette technique la dive bouteille grâce à laquelle ce livre existe.

C’est dans le 5ème livre, quand Pantagruel arrive au temple de la Dive Bouteille où un oracle doit lui être rendu, qu’il invoque cet oracle sous la forme du calligramme universellement reconnu.

 

 

 

CHARLES-FRANCOIS PANARD

Oui ! Encore lui ! Ne sont-ils pas magnifiques ces deux célèbres calligrammes dus à Charles-François Panard ? Manifestement il s’agit bien de cristal du 18ème siècle, n’est-ce pas ? Dans le recueil de ses poésies « fugitives », ils se font face et, dans les jours de canicule, c’est eux que l’on entend glouglouter dans la poche des marcheurs intrépides qui affrontent le soleil mais ne sortent jamais sans les oeuvres du poète. Ah ! Se désaltérer à larges gorgées de poésie !

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

FREDERIC-JACQUES TEMPLE

Enfin un calligramme contemporain ! L’oeuvre d’un grand poète et romancier montpelliérain, longtemps homme de radio, ami d’Henri Miller, de Lawrence Durrel et de Joseph Delteil : Frédéric-Jacques Temple qui dans son recueil La chasse infinie a relevé le défi du calligramme et de la dive bouteille.

On remarquera qu’après l’amphore moyen-âgeuse et le cristal du 18ème siècle, on est ici dans une bouteille bourguignonne et… dans un magnifique poème d’amour !

DU VIN ESTHETIQUE ?

Pour conclure ce chapître consacré aux calligrammes, voici un autre exemple de leur utilisation dans un domaine que l’on pourrait certes qualifier de non-poétique puisqu’il s’agit de publicité.

En fait certains spectateurs du Cabaret du Vin m’ont transmis quelques-uns de ces calligrammes démonstratifs (que l’on peut même parfois qualifier de réussite esthétique), telle cette réclame pour un vin mousseux de Saumur.

 

 

Tiens ! Un lipogramme…

[audio:http://www.actechanson.fr/wp-content/upload/Gilbert-Maurin-Chanson-sans-EAU.mp3|titles=Gilbert Maurin – Chanson sans EAU]

 

 

 

 

(à suivre)

Le froid et l’informatique étaient contre nous ces derniers jours, mais nous avons résisté. Il faut résister ! Et ça vaut pour cette nouvelle étape du Grand voyage en poésie qu’a entrepris le Vin des Poètes… Du passé à la modernité !

CHARLES-FRANCOIS PANARD 

Poète et auteur dramatique, chansonnier, Charles-François Panard fut un de ces innombrables poètes du 18ème siècle français, auteur de vaudevilles, d’opéra-comiques, de divertissements… Au total plus de cent pièces de théâtre et un nombre quasi incalculable d’oeuvres diverses : fables, allégories, épigrammes, madrigaux, énigmes et autres bouquets… qu’on appelait alors des « poésies fugitives ».

Né en 1694 en Eure et Loire, il aimait, nous dit-on, boire, chanter et rire. Et c’est ainsi qu’il vécut, modestement. On connait de lui quelques poèmes voués à la célébration du vin et surtout deux calligrammes – le verre et le flacon – qui en font un trait d’union inattendu entre Rabelais et Apollinaire (voir le prochain épisode). Mais écoutons aujourd’hui cette chanson « L’enfant de Cythère » qu’il y a bien longtems je me suis permis de mettre en musique.

[audio:http://www.actechanson.fr/wp-content/upload/03-L-enfant-du-Cythère1.mp3|titles=03-L enfant du Cythère]

L’ENFANT DE CYTHERE (Pièce anacréontique)

 

Un jour l’enfant de Cythère

Panier et serpette en mains

S’offrit à Bacchus pour faire

La cueillette du bon vin

 

Bacchus reconnut le traître : 

Ah ! C’est vous beau vendangeur !

Je vais vous faire connaître

Comme on traite un imposteur »

 

« Vite, vite, que l’on mette

Dans la hotte l’étourdi,

Qu’on le porte et qu’on le jette

Dans la cuve tout brandi ! »

 

La sentence s’exécute,

Et le pauvre Cupidon

Fut baigné dans la minute,

Des pieds jusques au menton.

 

Il fuit enfin, mais il reste

Dans le vin dont il sortit,

Certaine vapeur funeste

Qui fait que l’on s’attendrit.

 

Ah ! C’est de ce vin sans doute

Qu’Iris nous verse en ce jour ;

Je n’en ai bu qu’une goutte

Et mon cœur brûle d’amour.

 

PIERRE DE RONSARD

Voilà quelques temps déjà que l’on sait que ce que nous avons appris scolairement de Ronsard est loin de refléter la vérité d’un homme de la Renaissance qui était finalement tout sauf mièvre (vous savez : Mignone allons voir si la rose… etc) et obséquieux (on disait « courtisan » à l’époque). Dans sa vie comme dans sa poésie, Ronsard fut même plutôt courageux. Il écrivait par exemple de lui-même : Je suis opiniâtre, indiscret, fantastique, Farouche, soupçonneux, triste et mélancolique, Content et non content, mal propre et mal courtois, Au reste craignant Dieu, les princes et les lois… Un homme de son temps !

De nombreux poèmes sur le thème du vin, dont ce Chant de folie à Bacchus, le démontrent amplement. N’écrivait-il pas :

Que saurais-je mieux faire en ce temps de vendanges,

Après avoir chanté d’un verre les louanges,

Sinon chanter Bacchus et ses fêtes, à fin

De célébrer le Dieu des verres et du vin ?

CHANT DE FOLIE A BACCHUS

 

Délaisse les peuples vaincus

Qui sont sous le lit de l’Aurore,

Et la ville qui, ô Bacchus,

Cérémonieuse t’adore.

 

De tes tigres tourne la bride

En France, où tu es invoqué,

Et par l’air ton chariot guide

Dessus en pompe collocqué

 

Que cette fête ne se fasse

Sans t’y trouver, Père joyeux,

C’est de ton nom la dédicace,

Et le jour où l’on rit le mieux.

 

Le voici, je le sens venir,

Et mon cœur étonné ne peut

Sa grande divinité tenir

Tant elle l’agite et l’émeut

 

Quels sont ces rochers où je vois,

Léger d’esprit, quel est ce fleuve

Quels sont ces antres et ces bois

Où seul égaré je me trouve

 

J’entends le bruit des cimbales

Et les champs sonner Evoe.

J’ai la rage des Bacchanales

Et le son du cor enroué.

 

Ici le chancellant Silène

Sur un tardif âne monté

Les inconstants satyres mène

Qui le soutiennent d’un côté

 

Qu’on boute du vin dans la tasse,

Sommelier, qu’on en verse tant

Qu’il se répande dans la place ;

Qu’on mange, qu’on boive d’autant

 

Amoureux, menez vos aimées,

Ballez et dansez sans séjour,

Que les torches soient allumées

Jusques à la pointe du jour.

 

Sus, sus ! mignons, sus confitures,

Le codignac vous semble bon,

Vous n’avez les dents assez dures

Pour faire peur à ce jambon.

 

Amis, à force de bien boire

Repoussez de vous le souci,

Que jamais plus n’en soit mémoire ;

Là donques, faites tous ainsi.

 

Hélas ! que c’est un doux tourment

Suivre ce Dieu qui environne

Son chef de vigne et de sarment,

En lieu de royale couronne.

 

DANS LA POESIE CONTEMPORAINE

Ayant considérablement élargi le champ poétique, voire la conception même de la poésie, aujourd’hui décelable partout – dans les figurations, les gestes, les sons… – la poésie contemporaine s’est largement offerte au vin, à l’ivresse, à leur célébration.

Comme nous le verrons, la chanson en fait désormais un grand usage… Mais écoutez quelques unes de ces voix réunies dans un « éloge des poètes par le vin » (Obsidiane 1998) 

La vigne est une harpe plantée sur la colline

Nous avons enfoncé dans le dos de la terre

Ces pieux alignés sous le ciel

Tendu le fil de fer

Maintenant c’est le vent qui joue avec les cordes

Francis Combes

 

Nous rangions dans le cellier les bouteilles et les cueillades de fruits frais Nous Nous allions à peine nés vers les demoiselles uniformes levant la jupe et dégrafant le corsage Nous avions hâte de saouleries et d’avaler le frais des gentes étendues jambes ouvertes

Hubert Juin

 

… L’écho le vin l’immensité

La blancheur de la nappe où dans le langage

Le dévalement ressemble à la mémoire

Bernard Vargaftig

 

Au fond de son cratère ou de son verre, le non-philosophe sait qu’il n’y a rien à voir. Seulement à boire.

 Francis Wybrands

[audio:http://www.actechanson.fr/wp-content/upload/05-Gilbert-Maurin-_-Aquarelles-mentales.mp3|titles=05-Gilbert Maurin _ Aquarelles mentales]

(à suivre)

 

 

… des Cévennes à la Belgique, de Colette à Alfred de Musset.

JEAN CEVENOL

C’est par un mystère que nous poursuivons notre voyage : qui se cache derrière le nom de Jean Cévenol ? Son poème Hymne au vin pur figure dans toutes les anthologies poétiques consacrées au vin, mais on ne sait rien d’autre et internet reste muet… Alors j’y vais de ma proposition personnelle : et si, derrière le masque, il y avait un Jean Carrière, ou un Jean-Pierre Chabrol ? J’avoue que je verrais bien L’épervier de Maheux à l’origine de ce très beau poème que j’ai mis en musique il y a déjà plusieurs années.

[audio:http://www.actechanson.fr/wp-content/upload/09-Hymne-au-vin-pur.mp3|titles=09-Hymne au vin pur] 

HYMNE AU VIN PUR

Bois du vin pur ! Du vin de feu ! Du vin qui rit !

Et qu’un cep merveilleux enlace ton esprit !

Car cette terre, d’où cette vigne s’élance,

Un jour t’engloutira dans l’éternel silence !

 

Bois du vin rouge ou blanc ! Sa vivante couleur

Te mettra dans le sang la magique chaleur

Qui fait monter l’amour à ton cœur solitaire !

Bois du vin pétillant qui fait bondir ton verre !

 

Bois le vin du bonheur, et le vin de l’oubli

Et quand l’automne d’or, sur le jardin pâli,

Tend son brocart divin où le ciel se prolonge,

Bois le vin du désir et bois le vin du songe !

 

Virgile, et Rabelais, et Ronsard, et Mistral,

Buvaient sans lésiner et sans penser à mal !

Et je songe à Laforgue, à Corbières, à Verlaine

Qui dans l’absinthe bleue, hélas, noyaient leur peine !

 

Bois le sang du soleil ! C’est le sang de l’amour !

C’est la pourpre du soir ou l’or tremblant du jour !

Une fille enivrante éclose au fond d’un rêve !

La blondeur d’une grappe, et Vénus qui se lève !

 

GEO NORGE

Geo Norge est un poète belge de la deuxième moitié du 20ème siècle aujourd’hui reconnu comme un poète majeur.

Pierre Seghers qui a contribué à la connaissance de son œuvre, disait de lui qu’il était : gouleyant, interférentiel, fricassant, ayant du punch et le faisant brûler, inquiétant bien sûr, comme tous les tendres qui sont d’affreux cruels (et vice-versa), maître es-langage de la composition au contrepoint, de la matière au boyau de chat sous l’archet, il invente, non pas en virtuose (ce qu’il est) mais en magicien. Ah ! On ne s’ennuie jamais avec Norge, qui pose cependant les questions les plus graves…

 

DU TEMPS… 

Dans l’eau du temps qui coule à petit bruit,

Dans l’air du temps qui souffle à petit vent,

Dans l’eau du temps qui parle à petits mots

Et sourdement touche l’herbe et le sable ;

Dans l’eau du temps qui traverse les marbres,

Usant au front le rêve des statues,

Dans  l’eau du temps qui muse au lourd jardin,

Le vent du temps qui fuse au lourd feuillage

Dans l’air du temps qui ruse aux quatre vents,

Et qui jamais ne pose son envol,

Dans l’air du temps qui pousse un hurlement

Puis va baiser les flores de la vague,

Dans l’eau du temps qui retourne à la mer,

Dans l’air du temps qui n’a point de maison,

Dans l’eau, dans l’air, dans la changeante humeur

Du temps, du temps sans heure et sans visage,

J’aurais vécu à profonde saveur,

Cherchant un peu de terre sous mes pieds,

J’aurais vécu à profondes gorgées,

Buvant le temps, buvant tout l’air du temps

Et tout le vin qui coule dans le temps.

Il faut également lire de Géo Norge le recueil Le Vin profond où le poète, en phrases amples, célèbre sa bien-aimée 

… Elle est ma grappe, elle est ma vigne, et dans le sommeil du cellier, elle est mon vin profond.

 

COLETTE

Les femmes occupent une place de plus en plus importante et assumée dans le domaine du vin : productrice, consommatrice, œnologue, communicante,.., elles sont aussi de plus en plus présentes dans la littérature du vin.

On nous permettra de saluer ici cette présence en rendant hommage à celle qui fut une des pionnières en la matière, Colette qui, de son propre aveu, découvrit le vin à l’âge de trois ans… pour ne plus jamais le quitter. C’était un vin mordoré : le muscat de Frontignan.

 

LE VIN DES FEMMES ?

Ecoutez la voix de Colette…

La vigne et le vin sont de grands mystères. Seule, dans le règne végétal, le vigne nous rend intelligible ce qu’est la véritable saveur de la terre.. Quelle fidélité dans la traduction ! Elle ressent, exprime par la grappe les secrets du sol. Le silex, par elle, nous fait connaître qu’il est vivant, fusible, nourricier. La craie ingrate pleure, en vin, des larmes d’or. Un plant de vigne, transporté par-delà les monts et les mers, lutte pour garder sa personnalité et parfois triomphe des puissantes chimies minérales. Récolté près d’Alger, un vin blanc se souvient ponctuellement, depuis des années, du noble greffon bordelais qui le sucra juste assez, l’allégea et le rendit gai. Et c’est Xérès lointaine qui colore, échauffe le vin liquoreux et sec qui mûrit à Château-Chalon, au faîte d’un étroit plateau rocheux.

De la grappe brandie par le cep tourmenté, lourde d’agate transparente, ou bleue et poudrée d’argent, l’œil remonte jusqu ‘au bois dénudé, serpent ligneux coincé entre deux rocs : de quoi donc s’alimente, par exemple, ce plant méridional qui ignore la pluie, qu’un chanvre de racines retient seul suspendu ? La rosée des nuits, le soleil des jours y suffisent – le feu d’un astre, la sueur essentielle d’un autre astre – merveilles… 

 

ALFRED DE MUSSET

On connaît le propos de Musset : Qu’importe la maîtresse Qu’importe le flacon, pourvu qu’on ait l’ivresse. Bien sûr, ce n’est pas de vin qu’il est ici question, mais d' »amour »… et on peut en effet penser que le grand poète romantique a heureusement écrit bien d’autres choses à propos des femmes.

Des femmes et… du vin par exemple. Ecoutez, dans l’acte II des  Caprices de Marianne, Marianne donnant la leçon à Octave. C’est d’un Lacrima Christi qu’il est ici question.

 

LE VIN ROMANTIQUE ?

Je croyais qu’il en était du vin comme des femmes. Une femme n’est-elle pas aussi un vase précieux, scellé comme ce flacon de cristal ? Ne renferme-t-elle pas une ivresse grossière ou divine, selon sa force et sa valeur ? Et n’y-a-t-il pas parmi elles le vin du peuple et les larmes du Christ ? Quel misérable cœur est-ce donc que le vôtre, pour que vos lèvres lui fassent la leçon ? Vous ne boiriez pas le vin que boit le peuple ; vous aimez les femmes qu’il aime ; l’esprit généreux et poétique de ce flacon doré, ces sucs merveilleux que la lave du Vésuve a cuvés sous son ardent soleil, vous conduiront chancelant et sans force dans les bras d’une fille de joie ; vous rougiriez de boire un vin grossier ; votre gorge se soulèverait. Ah ! vos lèvres sont délicates, mais votre cœur s’enivre à bon marché… 

 (à suivre)

 

… et nous voilà arrivés chez les poètes francs buveurs.

Un homme qui ne boit que de l’eau a un secret à cacher à ses semblables disait encore Baudelaire qui s’y connaissait beaucoup dans la psychologie des adonnés aux paradis artificiels…

Blaise Pascal dont la réputation de parieur était plus affirmée que celle de buveur disait lui les buveurs d’eau ont mauvais caractère…

Est-il besoin de préciser que les poètes dont il va être à présent question n’avaient pas mauvais caractère, qu’ils étaient même de francs buveurs et qu’il n’y aura donc aucun secret honteux dans les pages qui suivent ?

GASTON COUTE

 

Né sur les bords de Loire au sud de la Beauce, Gaston Couté fut de ces poètes qui tentèrent, dans les premières années du 20ème siècle, de gagner leur vie avec leurs poèmes, dans les cabarets parisiens. Certes, à peu près à la même époque, Bruant fit fortune sur les mêmes chemins, Rictus en vécut bourgeoisement… Couté lui, disparut en 1911 dans la plus extrême misère.

[audio:http://www.actechanson.fr/wp-content/upload/10-Feu-de-vigne.mp3|titles=10-Feu de vigne]

Sur une musique de Jacques Florencie

FEU DE VIGNE

Ils avaient de très belles vignes

Dont le vin loyal et rosé

Etait couleur de leurs baisers ;

Leurs vingt ans furent doux et dignes ;

Puis champ par champ, pièce par pièce,

Dans le sol de pierres à fusil

La vigne est morte de vieillesse

Et le beau temps est mort aussi.

Refrain :

Y’a plus de vin dans le cellier !

Y’a plus d’amour sous l’oreiller !

Mais (jette une souche la vieille !)

Une flamme rose ensoleille

Leur âtre et leur cœur de janvier

 

L’esprit du bon vin qu’ils révèrent

S’en vient pour eux flamber encor

Parmi le feu de sarments morts

Comme il a flambé dans leurs verres.

Leur passé, sur leurs lèvres blêmes,

Brûle à ne pouvoir préciser

Si ce qui s’envole d’eux-mêmes

Est un mot ou bien un baiser.

Refrain

Devant la flamme enchanteresse

Le vieux buveur qui ne boit plus

Sent, parmi ses membres perclus,

Couler les douceurs de l’ivresse ;

Et la vieille dont la pensée

S’échauffe au feu du souvenir

Sent battre en sa poitrine usée

L’amour qui ne veut pas mourir.

Refrain

Ils avaient de très belles vignes

Dont le vin loyal et rosé

Etait couleur de leurs baisers ;

Leurs vingt ans furent doux et dignes ;

Et dans l’attente de l’épreuve

Qui doit faire passer un jour

Leur âme en quelque vigne neuve

Au vin clair comme un peu d’amour…

 

RAOUL PONCHON

Sans le savoir la plupart du temps, tout le monde connaît Raoul Ponchon, ce doux poète natif (1848) de La Roche-sur-Yon, qui lui aussi tenta de vivre de sa poésie, par exemple en commentant l’actualité en vers dans les journaux ou les revues de son époque… Consommateur verlainien de toutes sortes de breuvages, il nous a laissé une oeuvre poétique toute entière vouée au vin, à l’ivresse, dans des livres aux titres très évocateurs : La muse gaillarde, La muse au cabaret.

Raoul Ponchon le premier écrivit : Quand mon verre est plein, je le vide. Quand mon verre est vide je le plains… Presque une philisophie !

[audio:http://www.actechanson.fr/wp-content/upload/05-Si-j-etais-roi.mp3|titles=05-Si j etais roi]

SI J’ETAIS ROI

 

Dessin de Martin Ziegler

BERNARD DIMEY

 

Nul ne s’étonnera à présent de trouver parmi ces poètes francs buveurs le nom de Bernard Dimey. Outre d’avoir laissé au coeur du vingtième siècle quelques-unes de ses plus belles chansons (Syracuse créée sur un coin de table avec Henri Salvador, mais aussi Mon truc en plumes cher à Zizi Jammaire, ou encore Mémère  immortalisée par Michel Simon) il fut aussi l’auteur d’une oeuvre poétique toute d’émotion et toute entière vouée à la nostalgie et à l’ivrognerie, montrant qu’au coeur de toute chose il y a l’homme et la vie.

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IVROGNE

Ivrogne, c’est un mot qui nous vient de province

Et qui ne veut rien dire à Tulle ou Châteauroux

Mais au cœur de Paris je connais quelques princes

Qui sont selon les heures archange ou loup-garou

L’ivresse n’est jamais qu’un bonheur de rencontre

Ça dure une heure ou deux ça vaut ce que ça vaut

Qu’il soit minuit passé ou cinq heures à ma montre

Je ne sais plus monter que sur mes grands chevaux

 

Ivrogne ça veut dire un peu de ma jeunesse

Un peu de mes trente ans pour une île au trésor

Et c’est entre Pigalle et la rue des Abbesses

Que je ressuscitais quand j’étais ivre mort

J’avais dans le regard des feux inexplicables

Et je disais des mots cent fois plus grands que moi

Je pouvais bien finir ma soirée sous la table

Ce naufrage après tout ne concernait que moi

 

Ivrogne c’est un mot que ni les dictionnaires

Ni les intellectuels ni les gens du gratin

Ne comprendront jamais… c’est un mot de misère

Qui ressemble à de l’or à cinq heures du matin

Ivrogne… et pourquoi pas ? Je connais cent fois pire

Ceux qui ne boivent pas qui baisent par hasard

Qui sont moches en troupeau et qui n’ont rien à dire

Venez boire avec moi… On s’ennuiera plus tard.

 

LA TAMISE

 

Voici bientôt vingt ans que je me beaujolise

Dans tous les mauvais lieux ouverts après minuit.

Je commence à pencher comme la Tour de Pise,

Je m’accoude au Pont Neuf… La Seine va sans bruit

Et je dis au clochard : « Tu vois… C’est la Tamise… ! »

 

Alors on va s’asseoir, on fouille un peu ses poches,

On parle d’Henri IV et d’un certain troquet

Qui reste ouvert la nuit et qui n’est pas trop moche

A cinq ou six cents mètres par là sur les quais,

Et l’on a le cœur pur comme un cristal de roche.

 

Le désir impérieux de raconter sa vie,

Son servic’ militaire, ses embarras d’argent,

Son besoin d’amitié, la jeunesse… partie…

La connerie surtout de la plupart des gens,

Le rouquin renversé et que la manche essuie…

 

Alors on se relève, on longe des murailles,

On s’en va jusqu’au Louvre et jusqu’à l’Opéra,

On a la jambe molle et la voix qui s’éraille…

On va retourner boire !… Lequel des deux paiera ?

On a l’œil un peu vague et le sang qui se caille…

 

A sept heur’s du matin, au métro Pyramides

Un loufiat mal luné met ses tables dehors.

On dit n’importe quoi… J’ai les yeux tout humides,

Mon copain de la nuit a l’air d’être ivre-mort ;

Je le laisse tout seul achever son suicide…

 

Voici bientôt vingt ans, peut être davantage,

Que je fais le guignol à n’importe quel prix

Entre le délirium, la sagesse et la rage.

Revenez donc me voir quand vous aurez compris

Et ne condamnez rien avant d’avoir mon âge.

Beaucoup se vantent d’avoir connu Bernard Dimey et d’avoir partagé avec lui quelques-unes de ses longues plongées au fin fond de l’ivresse où il trouvait nécessairement la source de ses inspirations… On me permettra de douter d’une telle nécessité. L’oeuvre il est vrai y puise une sorte de noblesse un peu perverse, mais elle n’avait décidément pas besoin de ça.

(à suivre)

 

A l’occasion du salon du vin bio de Montpellier, deux oeuvres magnifiques du peintre de Montferrier Albert Masri, maître du pastel, du dessin et de la couleur, qualités qu’il a promenées partout dans le monde, et bien sûr au coeur des vignes de notre région. De la belle ouvrage, non ?

Pour en découvrir plus : http://albert-masri.com/

PAUL VALERY

 

Les hauteurs de Sète et les vieilles rues du centre historique de Montpellier le savent encore et le murmurent parfois à ceux qui savent écouter : Paul Valery a été lui aussi un jeune homme comme tous les jeunes hommes avant tout soucieux de vivre et d’être heureux… Qui peut s’en étonner ?

Ce toit tranquille où marchent des colombes,

entre les pins palpitent entre les tombes.

Midi le juste y compose de feux

la mer, la mer toujours recommencée…

Ô récompense après une pensée

qu’un long regard sur le calme des dieux.

 

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Le Vin perdu chanté par Jacques Palliès sur une musique de Gilbert Maurin

LE VIN PERDU

J’ai quelque jour, dans l’Océan

(Mais je ne sais plus sous quels cieux)

Jeté comme offrande au néant

Tout un peu de vin précieux…

 

Qui voulut ta perte, ô liqueur ?

J’obéis peut-être au devin ?

Peut-être au souci de mon cœur,

Songeant au sang, versant le vin ?

 

Sa transparence accoutumée

Après une rose fumée

Reprit aussi pure la mer…

 

Perdu ce vin, ivres les ondes !

J’ai vu bondir dans l’air amer

Les figures les plus profondes…

 

ROBERT DESNOS

 

Le cadavre exquis boira le vin nouveau est le premier « cadavre exquis » produit par les Surréalistes. Robert Desnos n’était pas encore du nombre, mais il s’est bien rattrapé par la suite, notamment dans les « vagues de rêves » que suscitèrent les jeux de ses amis d’alors : André Breton, Paul Eluard, Louis Aragon, tous ceux qui littéralement firent exploser la poésie française pour la faire entrer dans la modernité.

Je ne suis pas philosophe, je ne suis pas métaphysicien… Et j’aime le vin pur disait Robert Desnos. La preuve !

Inclus dans le disque du Vin des Poètes, le poème Couplet du verre de vin a été mis en musique pour la première fois par le pianiste Jean-Luc Michel et chanté par Michel Arbatz dans son très beau disque « Michel Arbatz chante Robert Desnos ».

[audio:http://www.actechanson.fr/wp-content/upload/Michel-Arbatz-Couplet-du-verre-de-vin.mp3|titles=Michel Arbatz – Couplet du verre de vin]

COUPLET DU VERRE DE VIN

Quand le train partira n’agite pas la main,

Ni ton mouchoir, ni ton ombrelle,

Mais emplis un verre de vin

Et lance vers le train dont chantent les ridelles 

La longue flamme du vin,

La sanglante flamme du vin pareille à ta langue

Et partageant avec elle

Le palais et la couche

De tes lèvres de ta bouche.

Le groupe surréaliste (ou Le rendez-vous des amis) d’après Max Ernst

LOUIS ARAGON

 

… Etrange dialogue que celui mené par Louis Aragon avec son ami Pablo Neruda.

C’était en septembre 1965 ; une fois encore un violent tremblement de terre avait ravagé le Chili et détruit la maison de Pablo Neruda, la Isla Negra, au bord du Pacifique.

Aragon, estimant que la terre les avait trahis, avait alors mêlé ses vers à ceux de son ami, parlant d’ une atroce vendange

Le Vin des Poètes est parfois chose étrange.

Le premier vin est vin rosé Il est doux comme un enfant tendre

Le second vin est robuste Comme la voix d’un marinier

Le troisième est une topaze Incendie et coquelicot  

Pablo Neruda

 

IL SE FAIT TOUT A COUP PAR LE CIEL… 

… Je parle de la terre une fois de plus qui nous a

Trahis… 

Terre du peuple où mes genoux s’appuient terre du peuple où je meurtris ce front d’orgueil terre du peuple sans pardon terre du peuple ma patrie

Sourde à mon chant sourde à mon cœur à ma parole ô bien-aimée ainsi que toute bien-aimée

Sourde à l’amour de toi qu’humblement je t’apporte 

Pablo donne-moi la main je me perds entre tous ces mots pareils et différents qui semblent fausses portes

Que disais-tu Pablo de ces pieds dans le vin

De ces pieds qui foulaient les raisins de l’automne 

Ce vin qui naît des pieds du peuple.

 

Ah ce n’est pas le vin qui naît des pieds du peuple

Mon ami mais c’est notre sang

Palpe la nuit palpe la pluie palpe tes pleurs

Nous sommes neige d’or naissant

Ô poésie

Nous sommes cette sorte atroce de vendange

Nous sommes le chant égorgé

Nous sommes cette fin du monde cette danse

De septembre

Ô pressoir ô tambour cruel ô pitié de mon ventre

Et pas un vers n’est autre chose que le cri…

 

(à suivre)

 

 

 

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