Archive pour avril 2012
Le Vin des Poètes – Episode 26 : Le temps des chansons d’ici (2)
Marie-Hélène COURTIN
Si la parité est, de façon générale, assez bien respectée dans le monde du spectacle, rares par contre sont les femmes qui ont célébré le vin dans leurs œuvres (même si comme on l’a vu précédemment elles sont de plus en plus présentes).
… Sans doute a-t-il fallu à Marie-Hélène Courtin un père vigneron – au cœur de la Vaunage – pour nous donner ce très beau texte d’hommage au travail de la vigne, à cette sorte de combat solitaire, fondamental, avec la terre.
Auteur-compositeur-interprète, musicienne et comédienne, Marie-Hélène Courtin parcourt depuis près de 35 ans les scènes du Languedoc. Elle a cinq albums de chansons à son actif.
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TU
Tu as passé ta vie
A surveiller le ciel
A craindre trop de pluie
Le mildiou ou le gel
Tu t’en allais dès le chant des oiseaux
Au point du jour au pas lent des chevaux
Tu partais pour ta vigne
Seul comme en éclaireur
Guettant le moindre signe
De vent avant-coureur
Espoudasser en novembre
Gabeller les sarments
Sulfater au printemps
Tailler à carême ou cendres
Sous un mistral cinglant
Soufrer à la St-Jean
Labours par tous les temps
Tu as passé ta vie
A redouter la grêle
Oïdium ou cochylis
Entre bardane et prèle
Gourde et musette au fond d’un cageot
Ton vieux béret ta chemise à carreaux
Tu as passé ta vie
Assis sur ton tracteur
Brinquebalant fier et digne
Chariot enjambeur
Hottes comportes et seaux
Serpette ou sécateur
poissent dans la chaleur
Pastières et tombereaux
S’emplissent d’heure en heure
Sous les mains des coupeurs
Au pas lourd des porteurs
Tu as passé ta vie
Dans le froid dans le vent
Dans la boue sous la pluie
Sous un soleil brûlant
Tu as passé ta vie
A bichonner ton vin
De pressoir en demi-muid
A la St-Martin
Muscat œillade cabernet cinsault
Syrah grenache chardonay merlot
Marsanne roussane carignan aramon
Cabernet sauvignon
Tu as passé ta vie
Entre lavande et thym
Oliviers tamaris
Tramontane et marin
Tu finiras ta vie
un soir plein de douceur
quand la terre se résigne
à calme et torpeur
Lorsque l’automne incendie les coteaux
Et met au ciel gris des vols d’étourneaux
Quand octobre dans les vignes
Fait place aux grappilleurs
Aux pies aux poireaux de vigne
Perdrix rouges et chasseurs
Roquette pêches de vigne
Et merles moqueurs
Daniel BOURGUET
Qui dira les chemins divers qu’emprunte l’inspiration lorsqu’il s’agit d’écrire un poème ? Une chanson ? Tous les textes que nous citons dans ces pages parlent de vin, mais décidément ils le font sur tous les tons, mêmes les plus extrêmes…
Heureusement d’ailleurs que l’irrévérence se pratique encore un peu aujourd’hui, et que dans nos sociétés de plus en plus idéologiquement fermées, il est encore des artistes pour surprendre et interpeller.
Daniel Bourguet, militant engagé sur bien des fronts, est l’auteur d’une oeuvre chantée importante, essentiellement basée sur la fraternité et le rapprochement des peuples, auteur de la Méditerranée.
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LE VIN NOUVEAU
J’ai jamais obéi à un sergent
J’ai déjà fait les vendanges
J’ai jamais mis la main sur un fusil
J’ai déjà pris une cuite
Qui tue le plus entre un soldat et un patron de bar
J’veux pas l’savoir
Tant j’ai la peur des militaires
Des dictateurs et de la guerre
Refrain :
Le vin nouveau est arrivé
On va en vendre au monde entier
Ce serait beau Mr Dassault
Si on vendait au monde entier
Plus de pinard que d’armes (bis)
J’aimerais voir Netanyaou un peu saoul
Avec Arrafat danser le zouk
J’aimerais voir tous les salauds d’l’univers
A l’amitié lever leurs verres
Qui tue le plus entre un chauffard et un pilote de char
J’veux pas l’savoir
Tant j’ai la peur des militaires
Des dictateurs et de la guerre
Refrain
On m’avait dit qu’il fallait une armée
Pour notre sécurité
Mais c’est sur nous qu’ils sont venus cogner
Quand on criait liberté
Entre un flic et un verre de pinard qui tue le plus l’espoir
J’veux pas l’savoir
Tant j’ai la peur des militaires
Des dictateurs et de la guerre
Refrain :
Le vin nouveau est arrivé
On va en vendre au monde entier
Ce serait beau Mr Dassault
Si on vendait au monde entier
Plus de pinard que d’armes (bis)
Le vin nouveau est arrivé
On va en vendre au monde entier
Mais Mr Dassault n’est pas beau
Il n’a pas voulu m’écouter
Aussi je vais m’saouler (bis)
Christian MIRAILLES
Qui n’a pas connu Christian Mirailles ne sait sans doute pas combien les hommes peuvent aussi gaspiller leurs talents, les perdre dans de pauvres éclats illusoires dispensés par l’alcool.
Dans la brutalité de l’ivresse, rares sont ceux qui s’y voient du génie, et la peur du vide devient terrible alors pour celui qui finit par douter de tout et surtout de lui-même.
Notre ami Mirailles a un jour franchi les limites que la vie essaie (trop souvent en vain) de nous apprendre, et il s’en est allé… Il aurait eu pourtant beaucoup de choses encore à nous dire.
Auteur de cette « nonette » rendue à son humanité, Jean-Pierre Tabard était le parolier favori de Christian Mirailles.
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LA NONETTE
La nonette dansait dans la cave du cloître
Les jupes relevées sur ses genoux trop blancs
La nonette dansait et ses jambes d’albâtre
Faisaient des entrechats
Elle virevoltait légère hiératique
Un sourire d’extase sur ses lèvres d’enfant
Ses sandales glissaient sur les dalles rustiques
Et crissaient sous ses pas
Refrain :
Seigneur tu fis la vigne et le jus de raisin
Gloire soit à ton nom gloire soit de tes grappes
Maria veritas in vino carpe diem
Trois pater trois ave à celui qui m’attrape
La nonette chantait en tenant dans ses mains
Une coupe d’un vin au parfum enivrant
Le liquide tanguait à chaque tour de rein
A chaque pas de danse
Tout en se déhanchant elle portait coquine
A sa bouche ingénue le nectar gouleyant
Par petites gorgées l’insolente frangine
Se grisait en cadence
La nonette voguait entre les fûts de chêne
Goûtant de ci de là aux ambres veloutés
Sa langue clapotait et donnait à la scène
Un air de cabaret
Et la petite sœur emportée par les brumes
De l’alcool et du rythme paraissait envoutée
A gorge déployée légère comme une plume
La drôlesse riait
La nonette planait au dessus du couvent
Un pâtre doux et blond l’enlaçait à la taille
De jeunes angelots scandaient à tous les vents
Saint-Eloi n’est pas mort
La pauvrette en rêvant poussait de longs soupirs
Agitant ses mollets sous la bure en bataille
La poitrine oppressée du feu des élixirs
Qui lui brûlaient le corps
Lucifer jubilait et riait tant que presque
Il en était touchant sympathique ; pour sûr
L’ivresse de la none n’avait rien de dantesque
A peine purgative
L’enfer cré nom d’un diable avait d’autres valeurs
Ce n’était pas le lieu de vénielles encornures
Il supplia le ciel qu’on laisse à ses vapeurs
La cornette émotive
La nonette pleurait au fin fond du couvent
Un bol de vin de messe entre ses mains d’albâtre
Elle priait priait fort religieusement
Bacchus et Dionysos
Le tout-puissant là-haut n’en demandait pas tant
La nonette le vieux n’en avait rien à battre
Son verdict retentit sec laconiquement
Votre sœur c’est un os.
Gérard FRANCO
Dans les vagues de notes aigrelettes qui accompagnent les joutes dans le midi, parmi les cris des hautbois et les percussions des tambourins, du côté de Sète et de l’Etang de Thau, dans sa tenue blanche immaculée, vous apercevrez nécessairement Gérard Franco qui (au-delà de quelques chansons plutôt sympathiques comme « l’Esprit du Vin » que nous donnons ici) s’est essentiellement voué à cette musique populaire très codée qui retentit tous les étés au bord des canaux de nos villes côtières…
Il existe une version de cette chanson « revue et corrigée » par Hervé Tirefort. Heureux également ceux qui la connaissent !
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Vous entendez ?
« Gare aux papilles » au Théâtre Gérard Philipe

Durant 3 jours, du 10 au 12 mai 2012, au Théâtre Gérard Philipe (10 rue Pagès à Montpellier), 3 spectacles sont proposés par l’Acte Chanson pour célébrer le vin, la poésie et les chansons : « Le vin des poètes », « In vino veritas », « Vins ».
Depuis toujours le vin a inspiré les poètes et les auteurs de chansons. Les plus grands noms de la littérature y ont puisé leur inspiration comme beaucoup d’artistes inconnus y ont trouvé matière à sublimer leurs propres créations. « Dieu a créé l’eau, mais l’homme fit le vin » a écrit Victor Hugo. Les artistes ont toujours illustré cette remarque du grand poète, depuis la plus haute antiquité et dans le monde entier à quelques rares exceptions près, démontrant aussi que le vin a fait l’homme.
PROGRAMME :
J.10 – « Le vin des poètes » de et par Jacques Palliès
Un voyage dans l’univers du vin tel que les poètes et les chansonniers l’ont décrit dans leurs œuvres, depuis les premiers écrits de l’humanité jusqu’aux créations les plus récentes.
V.11 – « In vino veritas » de et par Hervé Tirefort
Un spectacle vieilli en fût de scène, cuisiné au piano qui présente des chansons connues, des poèmes mis en musique, des parodies avec imitations, des chansons à boire et des chansons de l’auteur… A déguster sans modération.
S.12 – « Vins » de et par Gilbert Maurin
A partir des chansons de son album « vins », c’est seul mais avec sa belle guitare dont il tire de superbes harmonies que Gilbert se présente au public pour décliner des aquarelles mentales, distribuer des conseils bachiques, partager la piquette d’Anselme ou partir pour de merveilleux voyages en ballon.
Gare aux papilles – Au Théâtre Gérard Philipe (10 rue Pagès à Montpellier) – les 10, 11 et 12 mai.
Les soirées débutent à 19h par des dégustations de vins régionaux – Spectacles à 21h – Entrée 10€ (8€ réduit)
Réservations : 04 67 58 71 96 et/ou 04 67 04 08 61
Après Beaucaire…

Un peu de poésie pour un lendemain d’élection présidentielle…
Ce très beau poème à Lou de Guillaume Appollinaire, écrit en janvier 1915 quand le poète était en garnison à Nîmes et mis en musique par Jean Ferrat. Un moment fort du spectacle Un Amour Cerise donné ce weekend au Boschet Neuf à Beaucaire, devant 2 salles combles.
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Chant et guitare : Jacques Palliès ; Accordéon : Cécile Veyrat
Le Vin des Poètes – épisode 25 : Le temps des chansons d’ici (1)
Comme dit le poète : y’a pas seulement à Paris ! Peut-être même qu’on pourrait faire un chapitre semblable… en Provence, en Bretagne ou du côté du Nord. En Pays de Loire ? Oui ! En Bourgogne ? Oui ! Partout je vous dis… D’ailleurs si ça tente quelqu’un je suis preneur.
Gilbert MAURIN
Ils sont évidemment nombreux les auteurs-compositeurs du Languedoc Roussillon qui ont traité du vin dans leurs oeuvres.
Je me souviens encore de la première fois où j’ai rencontré Gilbert Maurin. C’était au « Chien qui fume » en Avignon et il chantait en s’accompagnant, lui le brillant guitariste, d’un synthé.
Sacré Gilbert. Depuis nous avons fait une longue route ensemble et j’espère qu’elle n’est pas près de s’arrêter !
Depuis une dizaine d’années nous partageons, Gilbert et moi, l’aventure du Cabaret du Vin qui, sans manager s’il vous plaît, sans plan de carrière, a quand même existé plus de 150 fois sur les scènes françaises. Certes nous ne sommes pas allés jouer à l’Olympia, ou au Zénith de Tourcoing, mais nous avons connu bien des bonheurs, bien des heures de franche fraternité comme seul le vin peut en promettre et en donner.
Pour qui daigne écouter (mais où sont les directeurs artistiques, les « critiques » d’antan ?), les chansons de Gilbert Maurin dessinent un univers qui, décidemment, n’appartient qu’à lui (Imaginez Souchon avec l’accent du midi). Au-delà de ses titres sur le vin, je vous souhaite de découvrir « Les filles de quatre ans », « Gratteur de guitare », ou « Sketchs familiaux »… Hum !
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LE VIN C’EST DIVIN
« Qu’importe le flacon Pourvu qu’on ait l’ivresse »
Mais quel est le vrai con L’auteur de mes fesses
Qui a sorti cette bourde ? Etait-il pompette
Au point que dans sa gourde Y’ait eu de la piquette ?
Refrain 1 :
Le vin c’est divin C’est le refrain Le vin c’est divin
Y’a d’abord tous ces mots Ces petits bijoux
Va donc parler de l’eau… Quel manque de goût,
Tu as juste un adjectif Pour construire un vers,
Tandis que là, au pif Tu en as plein ton verre
Refrain 2 :
Le vin c’est divin C’est le refrain Le vin c’est divin
Le couplet plus léger Subtil ou plus corsé Se chante le verre à la main !
La la la………….
Après y’a la géo, Le sol, les cailloux,
La pente du côteau, Les minimas d’août,
Les humeurs de la lune, Le souffle du vent,
La vigne qui s’enrhume Au mauvais moment.
Refrain 1 :
Au bout y’a le caveau Mais pas moribond,
Plutôt un peu poivrot, A moitié chiffon.
A mélanger les crus, A risquer la cuite
Et toute honte bue Attaquer la suite.
Refrain 2 :
Tous les chemins du vin Mènent à l’arôme.
Y’a le curé du coin Qui en connaît un psaume.
Chercher le fin du vin C’est pour l’honnête homme
Et siffler ce refrain, Boire c’est tout comme.
Refrain 1 :
Et maintenant On va siffler les bouteilles
Avec modération
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LA PIQUETTE D’ANSELME
Dans cette famille aucun vigneron
Pas le moindre hectare même de cépage aramon
Mais dans mon histoire mon petit bas de laine
Il y eut la piquette de mon grand-père Anselme
Juste un petit bout de treille
Qui donnait quelques bouteilles
En guise de pressoir
Un vieux baquet un entonnoir
Et une paire de bottes en caoutchouc
J’allais guilleret en culottes courtes
Mais dans mon enfance j’ai pas bu que du lait du yaourt
Mon grand-père Anselme il parlait comme ça
Un mot de français pour un mot de patois
Si es vengut per la festo podi beure la piquette
Alors j’y ai goûté
deux ou trois verres j’ai vidés
Avant bien sûr de rouler sous la table
Comme ça j’ai découvert pas trop tard
Ce que recouvrait l’expression il doit être ganarre
Car on disait ça de Dupont de Dupuis
Et j’ai su qu’on parlait pas de l’eau du puits
Ayant goûté ce breuvage
Je faisais enfin mon âge
J’entrais dans le monde des grands
Mon grand-père Anselme marchait devant
Et ça valait bien un bout de chanson.
Jean-Pierre LESIGNE
Qui dira un jour haut et fort ce que nous devons à Jean-Pierre Lesigne ?… Nous, les auteurs-compositeurs-interprètes du Languedoc attachés à la chanson « à texte », à cet événement majeur de 3 à 5 minutes qui peut tout dire et/ou bouleverser en quelques vers et quelques notes ?
… Jean-Pierre Lesigne qui vint un jour de sa Normandie natale et s’installa au soleil, au cœur d’une garrigue, à la marge du village des Matelles, dans une ancienne forge, et qui avec son luth et sa guitare, son trombone, nous embarqua avec lui dans un monde de jazz et de poésie, un monde de chansons proches…
Bien sûr, il y avait Brassens, Ferré, mais il y avait aussi Jean-Pierre, tout près, et tout devenait donc possible : écrire, chanter…
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Au chant : Jacques Palliès, à la guitare et aux percus : Gilbert Maurin
BOURGEOIS DORMEZ BIEN
Bourgeois dormez bien
Il est quatre heures et tout va mal
J’ai un peu sommeil un peu faim
L’on danse comme des pantins
Lorsque Satan conduit le bal
Gevrey Chambertain
Vous avouez que ne suis qu’un
Mot composé qui décompose
C’est encore à peine si j’ose
Compter les vingt doigts de mes mains
Tourbillon malin
La terre qui a le tournis
et qui tourne en sens opposé
à celui du millésimé
vin qui fait tourner les esprits
Esprit en déclin
Le cerveau battant à l’étroit
Endigué par de lourdes tempes
Il ronge s’immisce et rampe
Braquant les yeux crispant les doigts
Gevrey Chambertain
Saoul affalé perclus rendu
J’ai bu mon verre après la lie
J’ai vécu jusqu’après ma vie
Demain nous n’existerons plus
Dans une œuvre foisonnante de plus de 200 titres peut être Jean-Pierre Lesigne a beaucoup écrit sur le thème du vin,…, sur l’amour, le voyage, la vie, le temps aussi,…,
Pour lui le vin est une aventure intime qui se partage… et combien de fois nous l’avons en effet partagée cette aventure, jusqu’au petits matins souvent, pâlissant les collines couvertes de kermes, en attente d’un monde nouveau où nous serions enfin à notre place…
Il faut tout faire pour sauver l’œuvre de Jean-Pierre Lesigne !
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Au chant : Jacques Palliès; à la guitare et aux percus : Gilbert Maurin
L’ALCOOLIQUE
Quelquefois au début, j’étais un peu surpris
J’avais prévu mon vin pour toute une soirée
Le goulot est trop grand il a trop fort débit
Le flacon mauvais fond ma carafe est truquée
Je ne suis pas adroit mais mon verre je le tiens
Droit et si fermement que j’en perds pas trois gouttes
Mon chat n’est pas voleur il est sobre mon chien
Comme je vis seul chez moi il m’est venu des doutes
J’ignore ce qu’il se passe autour de mon sellier
Auprès de mon buffet et dedans mes bouteilles
La roulure de sa race le soiffard dévoyé
Qui pipe mon rosé m’échauffe les oreilles
Vous pensez méfiants hommes de peu de foi
Et pourtant sachez-le chez moi ça tient sa place
Sceptiques des valeurs et du respect des lois
Je crois ce que je bois si l’on boit dans ma tasse
On sait bien de quel bois je chauffe mon gosier
On sait les risques pris on sait les représailles
Je couperai la main qui vide mes casiers
Arracherai les yeux boufferai les entrailles
Qu’on ne me dise pas que ce sont les esprits
Ou les insectes noirs qui grimpent mes murailles
Qui me donnent la fièvre et attaquent mon lit
Ils ne boivent jamais toujours ils me bataillent
Je bois vite cul sec sans détourner les yeux
Et je garde à la main ma bouteille entamée
Il aspire puissant discret en moins de deux
Mon vin j’ai soif encore ma carafe est vidée
Il est noyau de pêche désert et crachat blanc
L’assoiffeur le bourreau mon camp de la mort lente
Vampire de mon bonheur naufrageur d’innocent
Sournois chacal serpent pourri dégonflé tante
Ose un peu te montrer ou laisse moi mon vin
Interdit de séjour ici allez la trique
Soiffard pochard ivrogne fais pas chier le marin
Ou t’auras des ennuis va donc Hé alcoolique
(à suivre)
Le Vin des Poètes – épisode 24 : le Temps des chansons (8)
Adèle, Corbier, Bourgeon… avant les chanteurs d’ici.
ADELE
C’était au temps d’Adèle et Léon… Adèle D. Le Corre écrivait et chantait déjà des chansons sur des thématiques qui faisaient d’elle un peu… l’exception qui confirme la règle.
Au milieu de ses jeunes collègues de la nouvelle scène française (il faut absolument écouter les disques d’Adèle chante ou la découvrir en concert) elle parlait certes d’amour, de nostalgie, du temps qui passe, mais aussi de vin, d’ivresse… Une exception je vous dis !
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JE BOIS DU VIN
Quand j’ai bu cinq à six bouteilles
Quand j’ai trucidé mes litrons
La vie c’est du même au pareil
Mais j’pousse encore un peu l’bouchon
Car pour l’ivresse des sommets
Faut pas lésiner sur la dose
Moi j’bois du vin et y’a pas d’mais
J’repeins en rouge ma vie morose
Refrain :
Moi j’bois du vin V’là ma rengaine
Vive le tanin Qui noie mes veines
Boit mon chagrin Et broie ma peine
Quand enfin je me sens bien grise
Les joues en feu et l’œil éteint
Quand enfin l’alcool me déguise
D’un masque de joyeux lutin
J’ouvre encore un dernier flacon
Faut pas lésiner sur la dose
Moi j’bois et j’demande pas d’pardon
J’la veux sanguine ma vie en rose
Refrain :
Et quand tous les poivrots seront morts
J’s'rai encore accrochée au bar
Même si ça tangue j’vir’rai pas d’bord
Le pied marin j’tiendrai la barre
Et j’boirai un dernier p’tit coup
Faut pas lésiner sur la dose
Et j’boirai pour donner du goût
A ma vie qui vaut pas grand chose
Refrain :
François CORBIER

Bien sûr on pourrait calculer le nombre de tartes à la crème reçues par François Corbier pendant la dizaine d’années qu’il a passé à la télévision française dans les émissions enfantines de Dorothée… et regretter leur incidence sur la carrière, l’œuvre d’un des meilleurs auteurs-compositeurs actuels de la chanson française porteuse de sens, elle-même portée par une sensibilité et un humour à la densité rarement atteinte. Oui ! N’en déplaise aux pâtissiers, François Corbier est un grand… Même dans ses pochades « familiales », comme la chanson que nous donnons ci-après, il a du talent !
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UN DEUX TROIS
J’avais une bouteille au fond de mon berceau,
J’en avais gardé le goût , j’y repense souvent.
Pourtant il a coulé du vin sous les tonneaux
Depuis que j’ai quitté le ventre de maman !
Refrain :
et j’dis un , et j’dis deux , et j’dis : un deux trois !
Patron nos verres sont vides, remettez nous ça !
C’est entre deux bouteilles , entre deux apéros
Que grand père et Mamée sur la carte des vins
M’ont enseigné les maths , la lecture , la géo,
Tandis que je dansais les flacons à la main .
J’allais pas à l’école pendant les jours en i
Dressé dans mes galoches et sous mon béret bleu
J’étais avec Mamée dans les épiceries,
Pour le vin le moins cher on courait les banlieues.
Quand l’épicier était plutôt grand , plutôt brun
S’il avait une réserve au fond du magasin,
Mamée en ressortait le corsage détruit
Minaudant : « l’épicier a de superbes fruits . »
Grand père était un rouge , il rêvait du grand soir,
Sans armée, sans curé, sans patron , sans douleur.
Il chassait l’oppresseur, accoudé au comptoir
Au rythme ordinaire de six verres de blanc à l’heure.
Un matin il m’a dit : « je te lègue mon verre
j’ai trois trucs à chanter au caviste d’en haut . »
Je l’ai vu s’en aller la casquette à l’envers
Depuis ce temps j’attends son retour au bistrot.
Patrice BOURGEON
Avec son spectacle « Amours de zinc » joué plus de 200 fois à travers le monde, Patrice Bourgeon a été un véritable ambassadeur de notre divin breuvage.
C’est en effet en compagnie de poèmes de Charles Baudelaire, en évoquant la si sensible Sapho qu’il mène son ambassade, et même si tout n’est pas à la hauteur, ne nous y trompons pas :
Faudrait surtout pas croire Qu’on est des sacs à vin
On a du savoir-boire De belles manières et le gosier fin.
… Heureusement !
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LE VIEUX CAFE A FERME
Le vieux café a fermé
Sur la place du marché
Où c’est qu’on va boire un coup
Va boire un coup
Le vieux café a fermé
Sur la place du marché
D’ailleurs y’a même plus d’marché
Y’a plus d’marché
On s’retrouvait jour de marché
Avec les potes du quartier
Y’avait le boucher le volailler
Ils étaient cons com’ des paniers
Mais putain qu’on s’ marrait
Mais putain qu’on s’marrait
Refrain
Et puis un jour ils ont rasé
Les vieilles baraques du quartier
A coups de bull à coups de pelle
C’était pas un quartier nickel
Mais putain qu’on vivait
Mais putain qu’on vivait
Refrain
Nous ont foutu à la place
Cet hypermarché dégueulasse
Et les p’tits vieux com’ des zombis
Se traînent derrière leur caddies
Mais j’ te jure que ces enfoirés
On va les leur faire bouffer bouffer
Leurs surgelés sans les dég’ler
Leurs surgelés sans les dég’ler
Le vieux café a fermé
Sur la place du marché
Où c’est qu’on va boire un coup
Va boire un coup
Le vieux café a fermé
Sur la place du marché
D’ailleurs y’a même plus d’marché
Y’a plus d’marché
Le vieux café a fermé
Sur la place du marché
Où c’est qu’on va boire un coup
Va boire un coup
Va boire un coup
Et maintenant Ferrat à Beaucaire !
Après la belle soirée du caveau de Trinque Fougasse, hier jeudi, pour fêter la sortie des trois nouveaux CD publiés par l’association ( à se procurer auprès de www.rhinolophe.com)… c’est un nouvel hommage au chanteur d’Antraygues-sur-Volane que les artistes de l’Acte Chanson s’apprètent à rendre, les 20 et 21 avril sur les hauts de Beaucaire, au Mas du Boschet Neuf. Cécile Veyrat, Julien Heurtebise et Jacques Palliès vont en effet y proposer deux soirs de suite leur spectacle « Un amour cerise » qui en quelques trente chansons parcourt et renouvelle l’oeuvre de Jean Ferrat.
Au fait : on peut encore réserver pour le vendredi soir au 04 66 74 56 55.
Vin des Poètes : intermède 21
Une oeuvre de notre ami le graveur cournonterralois Michel Puech à qui nous devions déjà notre affiche du Cabaret du Vin… Une oeuvre déjà ancienne dont il aime l’aspect torturé des souches mutilées par les blessures occasionnées par le poudaïre…

Et toujours sur les crêtes…
Pour tous ceux qui ont aimé Gino sur les crêtes de l’Hérault… vous aimerez Gino entre Causses et Cévennes.

L’Acte Chanson, note de coeur spéciale du Rhinolophe.
A l’occasion de la sortie de ses nouveaux CD, le Rhinolophe a donné à l’Acte Chanson sa note de coeur spéciale du mois d’avril 2012.
Tous les CD de l’Acte Chanson sont au catalogue de www.rhinolophe.com, et notamment les deux derniers titres : Bruant et le Chat Noir et Les Amis de Georges…
Pour en savoir davantage, rendez-vous donc sur www.rhinolophe.com
