Archive pour mai 2012
Pour quelques hectares de moins !
Ah ! La sieste ! ce prodige de gestion des rythmes et de technologie de l’horizontalité… Sans doute fallait-il être vigneron – vigneron associant – du pic Saint-Loup pour en affirmer les principes rigoureux au moment grave du printemps naissant…
Ainsi en est-il en tous cas d’une des perles du nouvel ouvrage de Christophe Beau qui, après La danse des ceps poursuit ses aventures vigneronnes collectives pour vivre la vigne et le vin en liberté… Une perle dans un « collier » qui nous conduit d’un petit village du nord-est héraultais jusqu’au Chili, dans le Minnesota ou en Thaïlande, dans la quête échevelée de nouveaux modes de propriété, de nouveaux liens avec les consommateurs, de nouvelles pratiques culturales et de nouvelles formes d’économie des ressources…
On y apprend aussi l’existence des vins de fruits qui conduisent nécessairement à comprendre que le raisin est le fruit élu des dieux pour faire du vin naturel…
Un ouvrage indispensable pour qui aime le vin et… sa poésie !
Le vin des poètes – épisode 30…

Un grand coup de vent sur nos certitudes, avec deux écrivains atypiques…
Joseph DELTEIL
Fils de charbonnier, vigneron du midi choisissant un jour « la vraie vie »,…, grand écrivain de la première moitié du 20ème siècle, auteur de livres à l’écriture somptueuse, charnelle, mais pour certains justement oubliés, Joseph Delteil ne pouvait être tenu à l’écart de ce livre.
Né au fin fond des Corbières, à Villard-en-Val, installé pendant 40 ans à Grabels, tout près de Montpellier, il nous a en effet donné quelques très belles pages sur le vin, telles ce « Chant du vin » extrait de « La Foire à Paris ».
VA AU VIN…
Le serpent, madame, qui tenta Eve, il avait, je le sens, la forme d’une bouteille de vin. Le vin est le plus antique compagnon de l’homme. Toujours il fut un peu là aux grandes dates de l’humanité. Quelque chose de mystérieux, de sacré même, est en lui…
Elever, créer le vin, quelle auguste fonction ! Il y faut les connaissances, les loisirs, les vertus les plus diverses et les plus rares. Car le vin est un être vivant qui, dans sa prison de verre, respire, mue, chante et peut-être pense…
Entre le vin et l’amour, de tout temps, les poètes ont pris soin de marquer l’alliance et la quasi-conjugaison. Le vin divin, le vin d’amour : voilà ses deux attributs, ses deux titres de gloire…
Toi qui te repais de songe et d’absolu, va au vin ; toi qui cherches le sens des choses, toi qui hèles la justice et la vérité, va au vin ; toi qui aimes la sagesse, va au vin !

Il y a réellement du mystère dans les choses du vin, vous savez, dans les choses de la vigne. Les gens de la ville ont toujours l’air de penser que le vin se fait tout seul. Moi, au contraire, chaque fois que nous vendangeons, je réfléchis, j’ai peur et je me dis : « Mais comment est-ce possible ? Peut-être que cette fois, ça ne va pas marcher du tout. » Je reste planté devant les tonneaux, j’écoute, mon cœur bat comme si, pour la première fois depuis que le monde est monde, j’assistais à la naissance du vin.
LA CUISINE PALEOLITHIQUE
Il s’agit de faire front, de retrouver terre, dans le grand affolement des cœurs et des âmes.
Grand ami du journaliste Frédéric-Jacques Temple, Joseph Delteil a participé à des dizaines d’interviews sur les ondes de la radio diffusion régionale dont Temple était le directeur. C’est au cours d’un de ces entretiens qu’il précisa :
Pour le vin il faut, je vous jure, une espèce d’amour. Et si vous y mettez un peu de foi, d’amitié , alors seulement il se crée entre le vin et vous une espèce de connivence. Oui, c’est le mot : une connivence !
Profitons-en pour saluer la belle connivence qui s’établit un jour entre le vigneron Joseph Delteil et son jeune voisin grabellois, à la Tuilerie de Massane, Jean-Paul Court, grand delteillien s’il en est.
Cette « Cuisine paléolithique » transposée par Jean-Paul Court d’après l’œuvre de Delteil en est un magnifique fruit.
A la source à la source Entre cent j’choisis mon pain
A la source à la source De mes pieds je foul’ mon vin.
1- Sans un style à feu vif, comment parler cuisine ?
C’est pure allégria, joie du cœur, bel canto.
Avec un grain de sel sur la queue de l’oiseau
Le patois que je parle est proche des origines !
Ne croyez surtout pas aux recettes mirifiques,
Ne vous attendez pas à de grandes trouvailles.
J’ai voulu préserver quelques points de détail :
La cuisine de Dieu est paléolithique.
2- Janvier, le mois du porc, cochonnailles et fromages,
Février belles viandes, truffes et coquillages,
La salade de mars, cannetons et poissons,
Avril et ses agneaux, les veaux, les champignons !
Les asperges de mai, la fève, l’ortolan,
Juin : le temps des cerises et des adolescents.
Juillet avec la caille dans sa feuille de vigne,
Au mois d’août tous les fruits dans le verger s’alignent !
3- Septembre c’est la chasse, figues et champignons,
Octobre le grand mois, avec le vin nouveau,
Novembre le chapon et les marrons bien chauds,
Décembre encore la truffe et Seigneur Réveillon !…
Recette du lapin à la paléolithique :
Attraper un beau gros lapin de garenne en pleine course, par les oreilles ; l’attacher par les pattes arrières à un joli tronc d’arbre – si possible un résineux – au centre d’un bois de quelque vingt, vingt-cinq hectares ; sans plus de façons mettre le feu à toute la forêt ; Manger la bête sans sel, assis sur les roches encore chaudes et parmi les odeurs divines de cet incendie sylvestre.
Je veux vivre une vie comme les premiers hommes,
Une vie naturelle comme il y a cent mille ans,
J’ai inscrit au fronton de ma maison des champs :
Il faut vivre de peu ! A mort l’ère de l’atome !
Charles CROS
La chanson que nous donnons ici n’est peut-être pas le chef d’œuvre du Fabrezanais Charles Cros auteur dans le dernier quart du 19ème siècle de divers travaux scientifiques et d’une oeuvre poétique toute de symbolisme… Mais elle lui permettra – sans doute – lui qui mourut d’excès de toutes sortes (et notamment dans le domaine de la boisson) de gagner l’immortalité.
Mise en musique et harmonisée par Jean-Marc Boudet, musicien à l’Orchestre de Montpellier, compositeur, fondateur-animateur de la Guinguette à six sous,…, cette Chanson des Hydropathes était l’hymne du club du même nom, dans les années qui suivirent la Commune, à Paris.
LA CHANSON DES HYDROPATHES
Clip audio : Le lecteur Adobe Flash (version 9 ou plus) est nécessaire pour la lecture de ce clip audio. Téléchargez la dernière version ici. Vous devez aussi avoir JavaScript activé dans votre navigateur.
Le vin est un liquide rouge
Sauf le matin quand il est blanc
On en boit dix on boit vingt coups et vlan
Quand on en a trop bu tout bouge
Buvons donc le vin rigolo
Blanc le matin rouge à la brune
Qu’il fasse clair de soleil clair de lune
Nous souffrons de l’eau, nous souffrons de l’eau
Hy hy hy hy
hydropathes chantons en chœur
La noble chanson des liqueurs
hydropathes chantons en chœur
La noble chanson des liqueurs
Dorée de futures aurores
La bière est un liquide amer
Il nous en faudrait une mer
Pour rincer nos gosiers sonores
Les bocks font bien dans le tableau
Buvons la bière blonde ou brune
Qu’il fasse clair de soleil clair de lune
Nous souffrons de l’eau, nous souffrons de l’eau
Refrain
Le vermouth le bitter l’absinthe
Nous font des trous dans le gésier
On ne peut que s’extasier
Sur l’éclat de leur triple teinte
Rouge jeune vert triple flot
Diaprant la foule commune
Qu’il fasse clair de soleil clair de lune
Nous souffrons de l’eau, nous souffrons de l’eau
Refrain
Samedi 7 juillet de 10h à minuit : fête PCF de Grammont à Montpellier

Comme en 2011, l’Acte Chanson a été sollicitée pour assurer la programmation et la communication de la fête départementale du PCF héraultais… Une renaissance de la célèbre fête populaire d’Issanka encore dans les mémoires de beaucoup d’entre nous.
La fête aura lieu le 7 juillet 2012 au domaine municipal de Grammont à Montpellier.
Le programme vient d’être bouclé et permet d’annoncer en tête d’affiche (à 21h sur la grande scène) le groupe HK et les Saltimbanks dont le titre « On lâche rien » a ponctué les grandes manifestations syndicales, depuis près d’un an, et la plupart des grands meetings politiques qui ont marqué les campagnes électorales récentes.
Avec HK, c’est l’occitan Joanda qui, en fin d’après-midi (18h), proposera, également sur la grande scène, son nouveau spectacle encore mieux adapté à de larges publics.
Avant lui, en tout début d’après-midi (15h), Julien Heurtebise, accompagné au piano par Cécile Veyrat, saluera la mémoire du grand Allain Leprest qui fut son premier complice en chansons.
Concentrée sur une seule date, la fête ouvrira ses portes à 10h. Toute la journée des groupes (Adentro, trio Lecho, Don Quijote Ukulélé Orchestra, chorale Lo Cocut) animeront les allées et les stands de la fête.
En fin de matinée (11h) la librairie accueillera Patrick Hannais et Jacques Palliès pour un hommage à Louis Aragon disparu il y a trente ans, en décembre 1982… et c’est au groupe Murphy que reviendra le plaisir de clôturer la fête (aux alentours de minuit) avec ses rythmes et ses chants d’origine irlandaise.
Un beau programme que l’Acte Chanson assume entièrement et que met en avant la superbe affiche conçue par le grand peintre montpelliérain Jean-Paul Bocaj.
Entrée : 10 € en prévente par l’achat d’une vignette diffusée par les militants communistes (15 € sur place)
Programme complet à suivre au jour le jour sur le site du PCF 34.
Vin des poètes : épisode 29
Jean-Paul BONFILS

Ah ! Comme il eut été dommage de laisser Jean-Paul Bonfils (scientifique français de la fin du vingtième siècle) sur le bord de notre route en compagnie des poètes… Son ambition désormais – son deuxième album l’affiche clairement – est de nous traduire la poésie. Enfin !
… Alors bienvenue Jean-Paul, tu peux venir avec ton cubi, tu es ici chez toi !
Clip audio : Le lecteur Adobe Flash (version 9 ou plus) est nécessaire pour la lecture de ce clip audio. Téléchargez la dernière version ici. Vous devez aussi avoir JavaScript activé dans votre navigateur.
VENUS
Ahhhh ! Ohhhh !
J’ai rencontré une déesse
tout droit sortie de la mytho-
logie beauté aveyronnaise
une vraie Vénus de Millau
j’ai croisé cette beauté fatale
un jour sur un chemin communal
elle venait d’acheter un kilo d’olives
et moi un cubi de rouge à la coopérative
Ahhhh ! Ohhhh !
En arrivant à sa hauteur
elle m’a souri ça m’a mis en sueur
Je me suis senti l’âme d’un poète
et je lui ai proposé de la ramener dans ma brouette
sur le chemin du retour
j’ai voulu lui composer une chanson d’amour
trouver de belles tirades magiques
qui de nos poètes couperaient la chique
un madrigal une rhapsodie un acrostiche
ou une élégie une pastourelle un verset
ou même un quatrain bien torché
qui tourne rond tout en alexandrins
Mais ce qui sort de mon encéphale
C’est aussi fin qu’une statue de Nicky de Saint-Phalle
j’aurais beau me frapper la tête contre un baobab
y’aurait pas moyen d’en sortir un dodécasyllabe
Bouhhhh ! Bouhhhh !
On allait bientôt arriver
Et je n’avais toujours rien tenté
Je me dis j’y vais franco On verra bien
Ça passe ou ça casse
C’est la loi du tout ou rien
Mon tenon cherche une mortaise
Lui dis-je assez mal à l’aise
Mais à l’énoncé de ma métaphore
Elle me saute au cou en criant « je t’adore ! »
Ahhhh ! Ohhhh !
Mais elle rajoute « toi t’es pas bégueule
Comme ces intellos qui jouent au scrabble
Ça tombe bien j’ai acheté des amuse-gueules
Viens avec ton cubi on va se beurrer la gueule »
Euh ! Ne contrôlant plus la situation
Je largue la gueuse au pied de sa maison
Pris de panique je fous le camp avec ma brouette
Et je rentre chez moi tout seul comme un anachorète
Jean-François HOMO
Avant tout comédien et metteur en scène, directeur artistique de la compagnie du Beau Parleur à Nîmes, Jean-François HOMO avoue aussi une véritable passion pour la chanson. Malgré les difficultés rencontrées par tous ceux qui se vouent ici (je veux dire en Languedoc) à cet art (certains parlent même d’une « terre de mission ») il propose plus ou moins régulièrement de découvrir ses propres compositions soit en concert, soit en CD. Parmi les titres auxquels j’ai pu ainsi avoir accès, j’ai retenu ce « Bistrot du port » que j’ai toujours beaucoup aimé et qu’il m’est même arrivé de chanter sur scène… Non, mais !
Clip audio : Le lecteur Adobe Flash (version 9 ou plus) est nécessaire pour la lecture de ce clip audio. Téléchargez la dernière version ici. Vous devez aussi avoir JavaScript activé dans votre navigateur.
LE BISTROT DU PORT
Tu choisis un bistrot du port
Le seul qui soit encore humain
Ça fera mieux dans le décor
Si t’as la guitare à la main
Tout l’monde te branche
Bois donc un coup joue nous Johnny
Une fille s’approche
Dis : tu connais Jeux interdits ?
Jolie bouteille sacrée bouteille
Non ce n’était pas le radeau
A la Bastille on aime bien
Hisse et ho Santiano
Et dans la nuit le cœur
Des naufragés résonne
Quand tu reprends :
I can get no satisfaction
Le bistrot largue les amarres
C’est toi qui hisses la grand voile
C’est l’amitié qui prend le quart
Et qui hurle à la belle étoile
Tes routes te ramènent
Toujours dans la marge
C’est là qu’on entend le mieux
L’appel du grand large
Tu choisis un bistrot du port
Le seul qui soit encore humain
Ça fera mieux dans le décor
Si t’as la guitare à la main
GABRIELLE
Comme dans toutes les régions de France j’imagine, la chanson connaît depuis quelques années un regain de créativité important – ignoré pour l’essentiel par les industries culturelles – relayé par de nombreux jeunes artistes.
C’est vrai bien entendu en Languedoc Roussillon, et tout particulièrement à Montpellier où un grand nombre de jeunes créateurs, auteurs – compositeurs – musiciens – interprètes se sont révélés.
Parmi eux Gabrielle nous est apparue comme une des rares a traiter au moins de l’ivresse dans l’une de ses chansons… Le monde nouveau en train nécessairement de naître serait-il étranger à l’humanisme porté par les civilisations du vin ?
Clip audio : Le lecteur Adobe Flash (version 9 ou plus) est nécessaire pour la lecture de ce clip audio. Téléchargez la dernière version ici. Vous devez aussi avoir JavaScript activé dans votre navigateur.
IVRESSE
Qui es-tu pour me surprendre ainsi
Toi mon ivresse ?
Tu déboules dans ma vie
Sur les trottoirs nocturnes de Paris
Tu me prends dans ton tourbillon de lumière
Et fait valdinguer les frontières
Je sens le sol s’éloigner
Et ma tête chavirer
Tout me semble plus léger
D’où viens-tu pour me parler ainsi
Toi mon ivresse ?
Du monde des fous ou de celui des fées ?
Eloigne-moi de cette prudence qui nous paralyse
Remplis-moi de cette jouissance qui te caractérise
Je sens les mots s’envoler
Et mon corps s’embaumer
D’un parfum de liberté
Mais ne te transforme pas en vice
Toi mon ivresse
Je t’aime belle, heureuse et douce
(à suivre)
Intermède : Lilac wine

Clip audio : Le lecteur Adobe Flash (version 9 ou plus) est nécessaire pour la lecture de ce clip audio. Téléchargez la dernière version ici. Vous devez aussi avoir JavaScript activé dans votre navigateur.
Quelle magnifique interprétation que cette chanson de et par Jeff Buckley !
Lilac Wine (Vin Lilas)
I lost myself on a cool damp night
Je me suis perdu dans une nuit fraîche et humide
I gave myself in that misty light
Je me suis dirigé vers cette lumière brumeuse
I was hypnotized by a strange delight
J’étais hypnotisé par une grande joie étrange
Under a lilac tree
Sous un lilas
I made wine from the lilac tree
J’ai fais du vin à partir du lilas
Put my heart in its recipe
Mis mon coeur dans cette recette
It makes me see what I want to see
Cela m’a permis de voir ce que je veux voir
And be what I want to be
Et d’être ce que je veux être
When I think more than I want to think
Quand je pense plus que je ne veux penser
Do things I never should do
Je fais des choses que je ne devrais jamais faire
I drink much more that I ought to drink
Je bois beaucoup plus que je ne devrais boire
Because it brings me back you
Parce que ça me ramène près de toi
Lilac wine is sweet and heady,
Le vin lilas est doux et capiteux
Like my love
Comme mon amour
Lilac wine, I feel unsteady,
Vin lilas, je me sens instable
Like my love
Comme mon amour
Listen to me, I cannot see clearly
Ecoute-moi, je ne peux voir clairement
Isn’t that she, coming to me
N’est-ce pas elle, qui est en train de venir à moi
Nearly here
Près d’ici
Lilac wine is sweet and heady,
Le vin lilas est doux et capiteux
Where’s my love ?
Où est mon amour ?
Lilac wine, I feel unsteady,
Vin lilas, je me sens instable
Where’s my love ?
Où est mon amour ?
Listen to me, why is everything so hazy ?
Ecoute-moi, pourquoi tout est si brumeux ?
Isn’t that she, or am I just going crazy, dear
Est-ce elle, ou suis-je en train de devenir fou, chérie
Lilac wine, I feel unready for my love
Vin lilas, je ne me sens pas prêt pour mon amour
Feel unready for my love
Je ne me sens pas prêt pour mon amour
Merci Patricia !
Leprest note de coeur de printemps du rhinolophe

Ce disque d’Allain Leprest, introuvable depuis des années avait été financé essentiellement par ses copains d’Ivry et d’ailleurs.
Samarkand a eu la fière idée, la magnifique idée de ressortir ce joyau de la carrière d’Allain Leprest comme on l’aimait : simple et fier sur scène, dans un environnement musical qui le grandissait plutôt que de l’étouffer. Un Allain d’avant la maladie, d’avant les déceptions, d’avant…
Sans doute le plus bel album de Leprest, une fois encore en quantité extrêmement limitée et qui risque de disparaître aussi vite que la première édition ! Qu’on se le dise, le rhinolophe l’a à son catalogue.
Le vin des poètes – Episode 28… Toujours le temps des chansons d’ici !
Cinq épisodes encore et nous atteindrons le but… Vous l’avez mérité !
PATRIC

Dans une discographie presque entièrement vouée à la langue occitane, Patric, chanteur occitan sans doute le plus populaire de ces trente dernières années, a également donné quelques titres en français tel ce « Dieu me damne » véritable prière bachique dont après tout, il ne tient qu’à nous (et sans doute à une visite commentée des Coteaux du Languedoc) qu’elle atteigne à l’exhaustivité.
Né sur les bords de l’étang de Thau, après de nombreuses tournées dans le monde entier, notamment en Afrique, en Scandinavie et aux Etats-Unis, Patric est aujourd’hui à la tête d’une vingtaine de disques tous édités ou réédités par sa maison de production Aura.
DIEU ME DAMNE
1- Dès que le soleil se lève que j’entends le chant du coq
Je commence ma prière aux Coteaux du Languedoc
De St-Jean-de-la-Blaquière à St-Christol, St-Saturnin
De St-André, St-Georges d’Orques en passant par St-Guilhem
Dieu me damne ! Ora te pro nobis
Dieu me damne ! volem beùre al pais
2- Je veux me sauver des flammes en invoquant St-Chinian
Et chanter Dieu me damne parce que je suis fort croyant
Cette longue litanie me poursuit tard dans la nuit
Et ma journée se termine en priant St-Drézery
Dieu me damne ! Ora te pro nobis
Dieu me damne ! volem beùre al pais
3- St-Mathieu et St-Pargoire je vous implore tout haut
Et je chante votre gloire allongé sous le tonneau
Ste-Croix et St-Nazaire St-Bauzille et St-Guiraud
Ecoutez bien ma prière ma litanie des Coteaux
Dieu me damne ! Ora te pro nobis
Dieu me damne ! volem beùre al pais
4- Pour quelques fautes commises j’en implore St-Sériès
Le soir seul dans ma cuisine après quatre St-Genies
Et si la faute est trop grande trois St-Félix-de-Lodez
Et pour faire bonne amende quelques St-Gely-du-Fesc
Dieu me damne ! Ora te pro nobis
Dieu me damne ! volem beùre al pais
5- Entre Langlade et Faugères entre la Clape et Claret
Il y aurait de quoi refaire un nouveau calendrier
Que les Coteaux me pardonnent ceux que je n’ai pas cités
Mais leurs noms sur mes bonbonnes les ont bien canonisés
Dieu me damne ! Ora te pro nobis
Dieu me damne ! volem beùre al pais
6- Pardonne-moi grand St-Pierre si j’ai oublié ton nom
Tout au long de ma prière de mon humble procession
Et si tu me fermes ta porte pour le jugement final
Ne m’en veut pas si j’emporte avec moi un cardinal.
Yves DAUNES
« Je suis entré dans la chanson par la petite porte et j’en sortirai sans laisser de trace… » écrivait Yves Daunès, le troubadour Yves Daunès, à l’ouverture de son livre « Par la petite porte » où déjà, il y a plus de trente ans, il faisait un premier bilan de son parcours d’artiste (et je n’ai volontairement pas utilisé le mot « carrière »).
… Sans laisser de trace ? Trente ans après il suffit d’écouter un CD, de retrouver un vieux vinyl d’Yves Daunès pour se rendre compte que les traces sont là et… qu’elles comptent !
LE VIN DU DIABLE
Par une nuit sans lune
J’ai pris la clé des champs
La roue de la fortune
Grinçait en ce temps-là
J’ai visité la foire
Des idées toutes faites
Les ai mises dans ma tête
Pour essayer d’y croire.
Refrain 1 :
J’écris ces quelques lignes en souvenir de moi
si je n’ai plus de vignes c’est depuis que je bois
la coupe que le diable me tendit sous la table
sur un rythme de valse s’en sont allées mes illusions
mais la vie s’en balance et tout finit par des chansons
Par une nuit d’ivresse
J’ai pris la clé des cœurs
Bondissant d’allégresse
Dans un verre de liqueur
Au fond de quelque rêve
J’ai rencontré l’amour
La rencontre fut brève
L’extase tourna court
Refrain 2 :
J’écris ces quelques lignes en souvenir de toi
si je n’ai plus de vignes c’est depuis que je bois
la coupe que le diable me tendit sous la table
sur un rythme de valse s’en sont allées nos illusions
mais la vie s’en balance et tout finit par des chansons
Par une nuit de chance
J’ai pris la clé des vents
Au pays d’oubliance
J’ai trouvé le néant
La rencontre fut bonne
J’avais trouvé ma voie
Je ne suis plus personne
Je ne suis plus que moi
Refrain 3 :
J’écris ces quelques lignes en souvenir de rien
si je n’ai plus de vignes c’est que, je m’en souviens
c’est que le vin du diable je l’ai bu sous la table
sur un rythme de valse s’en sont allées nos illusions
mais la vie s’en balanceet tout finit par des chansons
Par une nuit fantasque
J’ai pris la clé de sol
J’ai déposé le masque
Derrière un si bémol
J’ai courtisé les muses
Leur ai fait des enfants
Depuis je m’en excuse
Je modifie mon chant
Refrain 3 :
J’écris ces quelques lignes en souvenir de vous
si je n’ai plus de vignes depuis que je suis fou
c’est que le vin du diable je le bois sur la table
sur un air de guitare sont revenues mes illusions
mais la vie s’en balance et je retourne à mes chansons
Bernard POCHET
Dans un monde policé, de plus en plus voué à la pensée unique, on a oublié que le vin, notre vin, nos vignes, ont aussi suscité l’imprécation…
Venue du fond de l’Aude, solitaire, absolue, la voix de Bernard Pochet « chansonnier d’origine incontrôlée » nous le rappelle presque avec violence. C’était pourtant il y a trente cinq ans à peine !
SUPPLIQUE AUX VIGNERONS DU LANGUEDOC
Le vin c’est sain mais c’est pas fait par des p’tits saints
On sulfate la vigne que veux-tu Minervois Var Corbières Hérault
Mais où donc est la joie de vivre des vignerons du Languedoc
Tu vends ton vin au mandataire coopérative interposée
Tu t’fais couillonner en beauté par Préfontaines et Nicolas
Les vins qui craquent l’estomac quelle publicité de choix
Quand Corbières ou quand Minervois est en vente au supermarché
De Paris ou de Levallois Il est trafiqué dégueulasse
C’est plus du vin c’est d’la vinasse Tous les promoteurs viticoles
Tous les traficotteurs d’alcool Et pour un prix bien dérisoire
Vide ton vin d’son p’tit goût d’terroir C’est comme si t’envoyais tes filles
Se prostituer rue Saint-Denis Ton vin c’est tout ton horizon
Et tu le donnes pour un quignon Aux profiteurs et aux voleurs
Ne chiales donc plus sur les Cathares Sur l’Occitanie francisée
Pense plutôt qu’avec ton pinard Et si tu te démerdes bien
Sur le marché européen Tu vendras tes pots de vin
Mieux que Dassault donne les siens La France premier pays marchand d’canons
Des canons d’ rouge bien entendu De vin-purée pas corrosifs
Du genre laxatifs explosifs Mais un p’tit vin bien de chez nous
Que Montaigne, Rabelais, Ronsard Ont vanté jusque dans leur art
Fait qu’ ton p’tit vin d’gouttière D’Hérault du Var ou de Corbières
Ne soit pas pris dans le chaos D’la production outrancière
Car si in vino veritas La vérité est dans le vin
Elle peut se cacher dans le puits Et si le puits est asséché
Tu ne pourras plus arroser Ta vigne ta vigne.
(Ouf ! A suivre… j’espère)
Rappel : GARE AUX PAPILLES, ça commence jeudi !
Nous vous attendons pendant les trois jours du festival dès 19h pour des dégustations de vins régionaux concoctées par les someliers de Trinque Fougasse. Des animations surprises seront proposées en même temps… Et les concerts auront lieu à 21h.
Nous vous attendons !
Le vin des poètes :Episode 27…
Hervé TIREFORT
Né dans les Corbières et… pharmacien diplômé, Hervé Tirefort est un des dignes descendants des grands chansonniers français passant l’actualité à leur moulinette verbale sans pitié.
Il cultive aussi avec bonheur la grande flamme fantaisiste et poétique allumée par Charles Trenet…
Avec un immense respect et d’étonnantes capacités mélodiques, il se met aussi régulièrement au service des poètes : Charles Cros, Germain Nouveau, Joseph Delteil et bien d’autres.
Le titre de la chanson que nous donnons ici est également le titre d’un spectacle qu’Hervé a entièrement consacré à la vigne et au vin.
Clip audio : Le lecteur Adobe Flash (version 9 ou plus) est nécessaire pour la lecture de ce clip audio. Téléchargez la dernière version ici. Vous devez aussi avoir JavaScript activé dans votre navigateur.
IN VINO VERITAS
C’est un message d’amitié Qui nous vient de l’Antiquité.
C’est la sueur du journalier Sous le soleil, exténué.
C’est le chant de la moussaigne, La transsubstantiation
C’est le fromage et la châtaigne. C’est l’alchimie des relations.
C’est la révolte des ouvriers Un Chat Noir et théâtral
La table ronde du gibier Orphée Faust ou Parsifal
C’est boire mieux plutôt que trop C’est AOC VDQS
C’est le chabrol du gaspacho Et c’est plus
In vino veritas
Si tu bois dans mon verre de vin l’ami Jusqu’à la lie, d’un trait
Je saurai te dire qui tu es Bon ou mauvais
Père Noe j’ai le cafard Il m’faut un vin à câliner
Apporte-nous un bon Pommard Que je le fasse dodeliner
A chaque verre de vin convient un âge Et vu ton goût pour le célibat
Celui qu’je garde pour ton mariage Sera bien vieux quoiqu’il en soit
Refrain
C’est l’œuvre d’art de l’œnologue C’est l’écritoire des copieuses
C’est l’elixir du cardiologue Et le sanglot des variqueuses
C’est l’Eau-de-vie du bolchevik Et le gosier de la bécasse
Le nectar du Mont Alaric Et c’est plus in vino veritas
Refrain
MEGOTS D’AMOUR
Décidemment ce « Vin des poètes » ne recule devant aucun sacrifice. Voilà que, pour le même prix chers amis lecteurs, vous avez l’occasion de vérifier vos connaissances dans le domaine de la philosophie grecque grâce à ces « Conseils bachiques » d’un auteur anonyme du 18ème siècle mis en musique par Tonio Gemème…
En plus le conseil est avisé !
Pilier du duo « Mégots d’amour » Tonio Gemème, né pourtant à Perpignan, a beaucoup travaillé dans les cabarets parisiens. Ami du regretté Marc Robine, il a ainsi beaucoup enregistré pour l’anthologie « Poètes et Chansons » chez EMI.
Clip audio : Le lecteur Adobe Flash (version 9 ou plus) est nécessaire pour la lecture de ce clip audio. Téléchargez la dernière version ici. Vous devez aussi avoir JavaScript activé dans votre navigateur.
chanson chantée par Gilbert Maurin
CONSEILS BACHIQUES
Le cynique Diogène
Ce philosophe d’Athènes
Dormait au fond d’un tonneau
Ce choix-là nous signifie
Que jamais philosophie
Ne s’apprit le bec dans l’eau
Platon cet illustre ivrogne
Qui s’enluminait la trogne
A la table de Denis
Ne puisait que dans la tonne
Tout le feu qui nous étonne
Dans ses immortels écrits
De ce nectar délicieux
Buvons buvons à qui mieux mieux
C’est un secret merveilleux
Pour être toujours joyeux
Aristote fit de même
Il fournit plus d’un dilemme
Puisé dans ce jeu charmant
Et chaque jour sa logique
Cherchait dans une barrique
Le fin nœud d’un argument
Voluptueux Epicure
Tu n’as connu la nature
Que dans ce jus si divin
Aussi ton noble génie
Met-il sa philosophie
Dans l’amour et dans le vin
Refrain
On nous compte qu’Alcibiade
Dévorait force grillades
Le soir dans les cabarets
Et qu’avec le grand Socrate
Il buvait à pleines jattes
Le vin blanc et le clairet
Chers partisans de la coupe
Sachons imiter la troupe
De ces modèles divins
Que chacun dans cette vie
Mette sa philosophie
A bien sabler tous les vins.
Refrain
RENE BALDELLON

Avec quelques autres, trop oubliés, (Jean-René Baïocco ou Angel Gironès par exemple), René Baldellon a été pendant plusieurs années un des jalons nécessaires ayant permis la survivance de la chanson française de proximité dans notre région.
Portant les grands auteurs jusques dans les plus petits villages, auprès des plus petites associations, il a aussi donné une œuvre personnelle attachante largement inspirée par les thèmes qui ont marqué notre histoire récente : le Larzac (superbe chanson) par exemple, mais aussi la vigne et le vin bien sûr, avec cette chanson qui évoque le drame de Montredon.
Clip audio : Le lecteur Adobe Flash (version 9 ou plus) est nécessaire pour la lecture de ce clip audio. Téléchargez la dernière version ici. Vous devez aussi avoir JavaScript activé dans votre navigateur.
MIDI VIN
Il était grand il était brun il sentait pas le sable chaud
Mais il savait depuis longtemps que le travailleur se lève tôt
Quand aux petits matins d’été ils se croisaient avec la lune
Puis qu’il s’en allait travailler avant la fin de la nuit brune
Ficelé à son bout de terre comme un naufragé à sa planche
Il a trimé la vie entière et la semaine et le dimanche
Et vous voudriez maintenant peut-être qu’aujourd’hui il lâche le manche
Mais qu’il est dur de se soumettre qu’il est dur de quitter sa branche
C’était cela mon vigneron celui que j’ai connu naguère
Qui tous les ans vendait son vin et par là même gagnait son pain
Mais aujourd’hui les temps sont durs il n’est plus sûr de son destin
Il ressent comme une blessure de n’être plus sûr de ses lendemains
Je ne sais pas vous qui passez si vous connaissez bien l’histoire
De ce vin qui vous fait chanter quand dehors il peut bien pleuvoir
Ce n’est pas du tout par hasard si sa couleur est rouge sang
Car des hommes ont versé le leur pour l’amour de quelques arpents
Y’en a même un qui est tombé tout près du pont de Montredon
Et la balle qui l’a fauché n’a pas osé dire son nom
C’est pour cela que ma région terre d’échange et de passage
Où la vigne était religion aujourd’hui pourtant tourne la page
Des Faugères jusqu’au Minervois et du picpoul à l’Estabel
Quelques bouteilles que tu bois te rendraient la vie bien plus belle
A toi qui passes à toi touriste laisse-toi griser pour un soir
Car chez nous y’a pas de chimiste qui embouteille le terroir
S’il est des imbéciles heureux qui sont issus de quelque part
On revendique comme on peut l’origine de son terroir
Moi je ne renierai jamais cette terre qui m’a vu naître
Que l’on convoite désormais que vous aimez déjà peut-être