Cie de création et de diffusion de spectacles vivants – Montpellier

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12- Allions-nous nous reconnaître ? Un peu plus de 35 ans après ?

Par la fenêtre de la grande pièce à vivre de sa maison de Puéchabon, en haut de la volée de marches intérieure qu’il a déjà montée et descendue plusieurs fois depuis notre arrivée, Maurice, que j’ai évidemment aussitôt reconnu, désigne les collines couvertes de garrigues, les dessine de la main comme les vagues d’un océan végétal. Les océans, ça le connaît, lui qui, depuis l’époque des Matelles, l’époque du Pet au diable, a plusieurs fois franchi les mers, avec sa femme pour seul matelot.

Les cheveux presque en brosse, comme avant, la moustache soigneusement circonscrite sous le nez, comme hier, Maurice Hamon, à 82 ans, n’a pas changé. Même s’il râle un peu qu’on le dérange, c’est avec un plaisir certain qu’il tire le fil des souvenirs.

« Tu aurais dit Jarry » m’a-t-il dit en ouvrant la porte, « j’aurais su aussitôt que c’était toi. » Ah ! Le poids des surnoms décernés en rigolant au bout d’une soirée un peu arrosée ! Parce que j’avais apporté le texte complet de La Chanson du décervelage j’étais devenu, pour quelques clients ébahis, le petit-fils d’Alfred Jarry, un breton pourtant auquel je ne ressemblais pas mais que très vite plusieurs, dont Maurice, me reconnurent pour grand-père. C’était un jeu, mais curieusement, il me valut bien du respect de la part des nouveaux venus…

Allons, oublions Jarry. Dans la troïka qui allait, à partir de 1966, présider aux grandes heures du Pet au diable, Maurice Hamon jouait en quelque sorte le rôle du « méchant », du « gendarme » dans un guignol où Jean-Pierre Lesigne aurait été Gnafron, éternel frondeur et bon vivant, et Jacqueline une sorte de princesse déclassée (à l’opposé de Madelon, femme de Guignol) offerte aux rêves des jeunes gens solitaires. « Une thérapie permanente à eux trois » dit le trompettiste Michel Marre. Mais écoutons Maurice.

 

Contrairement à la légende ce n’est pas au Pet au diable mais à Ventabrun que Jean-Pierre rencontra Charles Trenet

 « C’est à Ventabrun, chez un ami restaurateur, que j’ai rencontré Jean-Pierre Lesigne pour la première fois. » Après les quatre ou cinq premières années d’existence de l’auberge des Matelles, il semble en effet, ainsi qu’en témoigne également Micky, que Jean-Pierre avait pris un peu de recul et avait atterri au cœur de la Provence, non loin de Saint-Remy, où il animait la cave (encore une cave !) d’un restaurant de Ventabrun. Du jazz et de la poésie en échange de quelques bonnes bouteilles qu’il pouvait revendre à un bon prix, pour lui… tel était le marché. « Pourtant » poursuit Maurice, «  il n’y arrivait pas. Jean-Pierre jouait, chantait, servait à boire à ceux qui le réclamaient et offrait la tournée à ceux qui lui citaient François Villon, Rimbaud ou Victor Hugo, ceux qui lui parlaient de marées, d’alizés ou de gros temps… Ca ne pouvait pas marcher ! » conclut Maurice, évidemment rodé à la pratique de Jean-Pierre, même près de quarante ans après.

« Très vite j’ai su qu’il avait une auberge dans l’Hérault, qui ne demandait certes qu’à devenir légendaire, mais qui avait aussi connu quelques petits problèmes de gestion… » « Après le départ de Gilles » affirme Micky « Jean-Pierre avait impérativement besoin d’argent. Il s’était d’abord associé avec un certain Cerise, marchand de légumes au centre ville de Montpellier, puis avec son ami Pierre Lavallée dont le père, banquier, avait donné de l’argent, mais en échange des murs… »

« Pourtant, je n’ai pas longtemps hésité » dit Maurice. De fait, à la fin de l’année 1966, le Pet au diable ouvre à nouveau ses portes. En costard, cravate, pour impressionner, Maurice fait le tour des commerçants, des « amis » qui ont prêté de l’argent et qui désespèrent de le récupérer… « Finalement tout le monde m’a fait confiance et nous avons redémarré. »  Jusques là pourtant, Maurice avait surtout travaillé dans l’imprimerie et la photogravure, à Paris, à Lyon et même en Algérie. « Je n’avais qu’une toute petite expérience en matière de restauration » tient-il à préciser. Très vite il recrute Jacqueline Levasseur pour assurer la partie service. « Rares sont ceux qui ne se souviennent pas d’elle avec émotion. Malgré son allure « classe » et réservée à la fois, son accent et son parler un peu recherché qui mettait toujours de la distance entre elle et les clients, tout le monde l’aimait… »

Jacqueline ? Qui ne se souvient de ses yeux, toujours très attentifs, brillants, et de son petit rire de gorge après une plaisanterie un peu osée. « Je ne sais pas comment elle était arrivée là… » (dans le triangle de garrigues qui va des Matelles à Saint-Gély-du-Fesc, puis de Saint-Gély à Viols-le-Fort) «… mais elle s’accrochait à son travail pour élever seule ses enfants » témoigne André Bertrand, un habitué de l’époque, qui venait régulièrement au volant d’une Spitfire et était devenu un ami pour Jacqueline…

L’équipe en tout cas est désormais au complet et va durer dix ans, quelques velléités de départ exprimées de temps en temps par l’un ou par l’autre. « Au bout d’un an et quelques, on avait remboursé les dettes et on a pris un peu de vacances. » conclut Maurice.

 Maurice et Jacqueline, à jamais

Après toutes ces années, je lui ai demandé s’il avait conscience d’avoir participé à une aventure unique, presque mythique ? En vérité pas vraiment, et même s’il en sourit encore, manifestement avec plaisir, il affirme : « Je m’en souviens surtout comme d’un travail intense, un vrai travail où on était sur le pont de 19h à 4h du matin, plus les comptes à faire dans la journée. »

Par la fenêtre, chênes verts et kermès ondulent doucement. L’ombre des nuages court sur la colline… Le grand navire de la vie s’est mis à la cape et attend.

[audio:http://www.actechanson.fr/wp-content/upload/01-JPLesigne-Marie-la-folle.mp3|titles=01-JPLesigne Marie la folle]

2 réponses à Les bonnes feuilles du Pet au diable (3)

  • Bonjour

    Je viens de découvrir ces textes et photos qui ont ravivé en moi quelques beaux mais hélas lointains,souvenirs .
    Etudiant j’ai fréquenté Le Pet au Diable dans les années 1966 à 71 .J’ai notamment souvenir d’une inoubliable soirée pluvieuse en 1967(?). N’ayant pu avoir de places pour un spectacle de Jacques BREL à Montpellier j’avais atterri avec 2 potes au Pet du Diable où nous étions venus nous consoler avec les grillades et bananes flambées de Maurice.Nous étions quasiment seuls. Minuit,la porte s’ouvre. Jacques BREL entre accompagné d’un homme et de 2 ou 3 très jolies femmes,s’installe devant la cheminée,et a passé toute la soirée avec Jean Pierre,Maurice …Nous avons bu ses paroles mais aussi à la fin le vin qu’il nous a offert. Soirée magique pour moi ,enivrante à tous les sens du terme. J’ai aussi en mémoire tant d’autres veillées (Paco Ibanez dans la salle en haut ,la main droite de l’extraordinaire guitariste virtuose Manitas de Plata à 50 cm de mes yeux, bref ,des instants de grace et une ambiance que je n’oublierai jamais.). Je me souviens de Jacqueline. C’est elle qui nous a suggéré le deuxième prénom de notre fille -Violaine- (car je crois que c’était aussi le sien).
    Merci de m’avoir donné l’occasion de renouer avec ces quelques moments de ma jeunesse .
    Cordialement

    Jean Claude

  • Salutation j’ai atterri sur ce forum par coïncidence je tenais a vous dire que c’est intéressant Ici 100 garantie proxies elites pas chers|VPN totalement sécurisés|solutions pour accéder à tous vos sites

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