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LE VIN DES POETES – épisode 12 : Un grand voyage en poésie (2)

PAUL VALERY

 

Les hauteurs de Sète et les vieilles rues du centre historique de Montpellier le savent encore et le murmurent parfois à ceux qui savent écouter : Paul Valery a été lui aussi un jeune homme comme tous les jeunes hommes avant tout soucieux de vivre et d’être heureux… Qui peut s’en étonner ?

Ce toit tranquille où marchent des colombes,

entre les pins palpitent entre les tombes.

Midi le juste y compose de feux

la mer, la mer toujours recommencée…

Ô récompense après une pensée

qu’un long regard sur le calme des dieux.

 

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Le Vin perdu chanté par Jacques Palliès sur une musique de Gilbert Maurin

LE VIN PERDU

J’ai quelque jour, dans l’Océan

(Mais je ne sais plus sous quels cieux)

Jeté comme offrande au néant

Tout un peu de vin précieux…

 

Qui voulut ta perte, ô liqueur ?

J’obéis peut-être au devin ?

Peut-être au souci de mon cœur,

Songeant au sang, versant le vin ?

 

Sa transparence accoutumée

Après une rose fumée

Reprit aussi pure la mer…

 

Perdu ce vin, ivres les ondes !

J’ai vu bondir dans l’air amer

Les figures les plus profondes…

 

ROBERT DESNOS

 

Le cadavre exquis boira le vin nouveau est le premier « cadavre exquis » produit par les Surréalistes. Robert Desnos n’était pas encore du nombre, mais il s’est bien rattrapé par la suite, notamment dans les « vagues de rêves » que suscitèrent les jeux de ses amis d’alors : André Breton, Paul Eluard, Louis Aragon, tous ceux qui littéralement firent exploser la poésie française pour la faire entrer dans la modernité.

Je ne suis pas philosophe, je ne suis pas métaphysicien… Et j’aime le vin pur disait Robert Desnos. La preuve !

Inclus dans le disque du Vin des Poètes, le poème Couplet du verre de vin a été mis en musique pour la première fois par le pianiste Jean-Luc Michel et chanté par Michel Arbatz dans son très beau disque « Michel Arbatz chante Robert Desnos ».

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COUPLET DU VERRE DE VIN

Quand le train partira n’agite pas la main,

Ni ton mouchoir, ni ton ombrelle,

Mais emplis un verre de vin

Et lance vers le train dont chantent les ridelles 

La longue flamme du vin,

La sanglante flamme du vin pareille à ta langue

Et partageant avec elle

Le palais et la couche

De tes lèvres de ta bouche.

Le groupe surréaliste (ou Le rendez-vous des amis) d’après Max Ernst

LOUIS ARAGON

 

… Etrange dialogue que celui mené par Louis Aragon avec son ami Pablo Neruda.

C’était en septembre 1965 ; une fois encore un violent tremblement de terre avait ravagé le Chili et détruit la maison de Pablo Neruda, la Isla Negra, au bord du Pacifique.

Aragon, estimant que la terre les avait trahis, avait alors mêlé ses vers à ceux de son ami, parlant d’ une atroce vendange

Le Vin des Poètes est parfois chose étrange.

Le premier vin est vin rosé Il est doux comme un enfant tendre

Le second vin est robuste Comme la voix d’un marinier

Le troisième est une topaze Incendie et coquelicot  

Pablo Neruda

 

IL SE FAIT TOUT A COUP PAR LE CIEL… 

… Je parle de la terre une fois de plus qui nous a

Trahis… 

Terre du peuple où mes genoux s’appuient terre du peuple où je meurtris ce front d’orgueil terre du peuple sans pardon terre du peuple ma patrie

Sourde à mon chant sourde à mon cœur à ma parole ô bien-aimée ainsi que toute bien-aimée

Sourde à l’amour de toi qu’humblement je t’apporte 

Pablo donne-moi la main je me perds entre tous ces mots pareils et différents qui semblent fausses portes

Que disais-tu Pablo de ces pieds dans le vin

De ces pieds qui foulaient les raisins de l’automne 

Ce vin qui naît des pieds du peuple.

 

Ah ce n’est pas le vin qui naît des pieds du peuple

Mon ami mais c’est notre sang

Palpe la nuit palpe la pluie palpe tes pleurs

Nous sommes neige d’or naissant

Ô poésie

Nous sommes cette sorte atroce de vendange

Nous sommes le chant égorgé

Nous sommes cette fin du monde cette danse

De septembre

Ô pressoir ô tambour cruel ô pitié de mon ventre

Et pas un vers n’est autre chose que le cri…

 

(à suivre)

 

 

 

Une réponse à to “LE VIN DES POETES – épisode 12 : Un grand voyage en poésie (2)”

  • JcKi:

    Je pense à toi Desnos qui partis de Compiègne

    Debout sous un porche avec un cornet de frites,
    …il te manquais un verre de vin que j’aurais aimé trinquer avec toi…

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